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Escarres : quelles en sont les causes et pourquoi les plaies font si mal ?

Appelée bed sore en anglais, l’escarre est une plaie de pression qui survient quand les tissus cellulaires sont trop longtemps comprimés entre un plan dur (lit ou un fauteuil) et une saillie osseuse. Comment se forme l’escarre ? Que faire pour la prévenir et la traiter ? Quels sont ses stades ? Faisons le point avec Dr Khadija Bushra-Taujoo de la plateforme www.medecin.mu qui est un service de médecin à domicile 24/7 destiné aux personnes de tous les âges à Maurice et bientôt à Rodrigues.

Dr Khadija Bushra-Taujoo
Dr Khadija Bushra-Taujoo

Les escarres concernent principalement les personnes âgées, les personnes en fauteuil roulant et les personnes alitées. « Quand la peau et les tissus mous sont comprimés de manière constante, la pression écrase les vaisseaux sanguins en profondeur et la circulation est alors coupée. Les tissus se retrouvent ainsi à court d’oxygène. C’est ce qu’on appelle l’hypoxie tissulaire », indique Dr Khadija Bushra-Taujoo. Quand il n’y a pas de changement de position, une mort tissulaire, dit nécrose survient et l’escarre, qui commence par une rougeur, fait son apparition.

« Si elle ne s’efface pas lorsqu’on appuie sur la peau, elle peut évoluer en une plaie allant jusqu’à l’os. L’escarre apparaît souvent sur les zones de pression comme les talons, le bas du dos ou la hanche. À savoir aussi que son origine est multifactorielle. Cependant, le rôle de la compression des tissus associée à une perte de mobilité et à la dénutrition est prédominant », renchérit la professionnelle de santé.

Selon Dr Khadija Bushra-Taujoo, une escarre est décrite en trois types. Accidentelle, l’escarre est liée à un trouble temporaire de la mobilité ou de la conscience. Neurologique, elle est la conséquence d’une pathologie chronique motrice ou sensitive et plurifactorielle, du sujet poly pathologique, lorsqu’une personne est confinée au lit ou sur un fauteuil. En ce qu’il s’agit des facteurs de risques d’escarres locaux, elle indique qu’elles surviennent en cas de pression constante, friction, cisaillement et macération. Tandis qu’en termes généraux, elles sont causées par l’immobilité, un mauvais état nutritionnel, l’incontinence urinaire et fécale, l’état de la peau, la neuropathie, l’état psychologique, l’âge, l’antécédent d’escarres, la déshydratation, les maladies aiguës et les pathologies chroniques graves.

Comment nuit-elle à la qualité de vie ?

L’escarre entraîne principalement douleurs et infections qui sont gênantes, voire invalidantes. « L’escarre peut aussi générer chez le patient un sentiment d’humiliation, des troubles psychologiques et une désocialisation. Le traitement d’escarre est aussi responsable d’une consommation accrue de soins et de ressources, d’où l’importance de la prévention », souligne-t-elle.

Comment les prévenir ?

Il est très important de repérer immédiatement une lésion dès le premier stade, car l’évolution de l’escarre est très rapide. « Lorsque la peau se creuse, les dégâts subis au niveau des muscles et des os sont déjà très importants. C’est pour cela que la prévention est essentielle », soutient Dr Khadija Bushra-Taujoo.

  • Identification des facteurs de risque d’escarre (immobilité, dénutrition, déshydratation, âge) et traiter ce qui est traitable.
  • Mobilisation pour éviter des points d’appui prolongés (mise au fauteuil (à 90 degrés) / lever précoce). Toutes les deux à trois heures, des changements de position doivent être planifiés. Au lit : décubitus latéral à 30 degrés. Utilisation d’oreiller.
  • Supports adaptés de redistribution des pressions égalent à matelas anti-escarres.
  • Hygiène cutanée locale et nursing / éviter macération et humidité.
  • Assurer des apports nutritionnels et hydriques suffisants.
  • Éducation du patient et de son entourage (auto-surveillance).
  • Surveillance clinique cutanée régulière et exhaustive (pluriquotidienne).

Comment traiter l’escarre ?

Le traitement de l’escarre est à la fois local et général en prenant en compte la personne et la plaie. Le succès du traitement est conditionné par une prise en charge pluridisciplinaire, soutient Dr Khadija Bushra-Taujoo.

  • Le traitement de la rougeur

La pression est supprimée en changeant de positions toutes les deux à trois heures. Les massages, frictions, applications de glaçons et d’air chaud sont déconseillés.

  • Les principes de nettoyage de la plaie

Du sérum physiologique est utilisé. Il n’y a pas d’indication à l’utilisation d’antiseptiques. La plaie ne doit pas être asséchée.

  • Le traitement de la phlyctène (cloque)

Le contenu est évacué en maintenant le toit de la phlyctène, un pansement hydro colloïde ou un pansement gras est utilisé pour recouvrir l’escarre.

  • Le traitement de l’escarre constituée

La détersion est nécessaire sur les plaies nécrotiques ou fibrineuses. Elle peut être mécanique ou aidée par un pansement tel que l’hydrogel.

  • Le traitement chirurgical

La chirurgie est nécessaire en cas d’escarres chroniques résistantes à un traitement médical bien conduit.

Quels sont les stades ?

Le stade 0 : Peau intacte, mais risque d’escarre.

Le stade I : Le premier stade est une altération observable d’une peau intacte et se manifeste par une modification d’une ou de plusieurs des caractéristiques suivantes : température de la peau (chaleur ou froideur), consistance du tissu (ferme ou molle) et sensibilité (douleur, démangeaisons).

Chez les personnes à la peau claire, l’escarre apparaît comme une rougeur persistante localisée, alors que chez les personnes à la peau pigmentée, l’escarre peut être d’une teinte rouge, bleue ou violacée persistante.

Le stade II : Perte d’une partie de l’épaisseur de la peau. Cette perte touche l’épiderme, le derme ou les deux. L’escarre est superficielle et se présente cliniquement comme une abrasion, une phlyctène (cloque) ou une ulcération peu profonde.

Le stade III : Perte de toute l’épaisseur de la peau avec altération ou nécrose (mort) du tissu sous-cutané. L’escarre se présente cliniquement comme une ulcération profonde.

Le stade IV : Perte de toute l’épaisseur de la peau avec destruction importante des tissus  ou atteinte des muscles, des os, ou des structures de soutien (par exemple des tendons, des articulations).

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