MaladiesPrécautions à prendreSlider

Ménopause : une transition naturelle encore entourée de tabous

Souvent associée au vieillissement ou à la fin de la féminité, la ménopause reste entourée de nombreux tabous. Pourtant, il s’agit d’une étape naturelle de la vie des femmes. La gynécologue-obstétricienne Dr Ashika Saulick explique les changements physiologiques, les symptômes possibles et l’importance d’un accompagnement médical.

La gynécologue-obstétricienne Dr Ashika Saulick.

La ménopause est une phase normale et naturelle de la vie. Il ne s’agit pas d’une maladie, mais d’un état physiologique caractérisé par l’arrêt définitif des cycles menstruels pendant au moins douze mois consécutifs, en raison de la cessation de la production des hormones reproductives par les ovaires. Le diagnostic est généralement posé rétrospectivement, après une année sans règles.

Malgré l’augmentation significative de l’espérance de vie des femmes, qui atteint aujourd’hui environ 78 ans, l’âge moyen de la ménopause reste relativement stable. En moyenne, elle survient autour de 51 ans. « À Maurice, environ 18 à 22 % des femmes sont âgées de 45 ans et plus, ce qui signifie que plus de 100 000 Mauriciennes se trouvent actuellement en périménopause, en ménopause ou en post-ménopause », explique le Dr Ashika Saulick.

Une période de transition qui peut durer plusieurs années

Avant la ménopause, certaines femmes traversent une phase appelée périménopause. Durant cette période, les menstruations ne cessent pas immédiatement, mais deviennent irrégulières et parfois moins abondantes. Cette phase peut durer environ quatre ans, mais chez certaines femmes elle peut s’étendre jusqu’à dix ans selon la gynécologue-obstétricienne.

« Les symptômes de la périménopause sont principalement liés aux fluctuations du taux d’œstrogènes. Ils apparaissent souvent à partir de la quarantaine. Les plus fréquents sont les bouffées de chaleur, les sueurs nocturnes, l’insomnie et les changements d’humeur », souligne-t-elle.

Certaines femmes peuvent également ressentir d’autres symptômes tels que la sécheresse vaginale, une baisse de la libido, une fatigue persistante, une prise de poids ou encore des troubles cognitifs parfois décrits comme un « brouillard mental ».

Des facteurs qui peuvent influencer l’âge de la ménopause

L’âge auquel survient la ménopause semble être en grande partie déterminé par des facteurs génétiques et n’est généralement pas influencé par la race ou le statut socio-économique. Cependant, certains éléments peuvent accélérer ce processus.

Par exemple, le tabagisme est considéré comme toxique pour les ovaires et peut entraîner une ménopause plus précoce selon elle. De même, certaines interventions chirurgicales gynécologiques majeures, comme l’ablation de l’utérus avec ou sans retrait des ovaires, peuvent provoquer une ménopause anticipée.

« Il existe également une situation plus rare appelée insuffisance ovarienne prématurée. Environ 1 % des femmes cessent d’avoir leurs règles avant l’âge de 40 ans », indique Dr Saulick.

Au niveau biologique, la ménopause correspond à l’épuisement progressif des follicules ovariens, probablement lié à un processus de mort cellulaire programmée. Les ovaires ne répondent alors plus aux hormones produites par l’hypophyse, notamment la FSH et la LH, ce qui entraîne l’arrêt de la production d’œstrogènes et de progestérone.

Des effets physiques et émotionnels variables

« La ménopause ne se manifeste pas de la même manière chez toutes les femmes. Certaines ressentent des symptômes légers, tandis que d’autres peuvent vivre des changements physiques et émotionnels plus marqués », fait-elle ressortir.

Parmi les symptômes physiques les plus fréquents figurent les bouffées de chaleur, les sueurs nocturnes, les règles irrégulières, la sécheresse vaginale, les troubles du sommeil, les douleurs musculaires et articulaires, une prise de poids souvent localisée au niveau de l’abdomen, ainsi qu’un amincissement des cheveux.

Sur le plan émotionnel et cognitif, certaines femmes peuvent ressentir des sautes d’humeur, de l’anxiété, de l’irritabilité, une légère dépression, une sensation de confusion mentale ou une baisse de la concentration.

Et dans un climat tropical comme celui de Maurice, la gynécologue-obstétricienne souligne que les bouffées de chaleur peuvent être particulièrement inconfortables en raison de la chaleur et de l’humidité.

Des risques de santé à surveiller

Après la ménopause, la diminution des niveaux d’œstrogènes peut augmenter certains risques pour la santé. « Parmi les principales préoccupations figurent l’ostéoporose, caractérisée par une fragilisation des os, ainsi qu’une augmentation du risque de maladies cardiovasculaires », précise-t-elle.

Une élévation du taux de cholestérol et un risque accru de diabète de type 2 peuvent également être observés. C’est pourquoi le dépistage précoce et la prévention jouent un rôle essentiel dans la santé des femmes après la ménopause selon elle.

Plusieurs examens sont recommandés, notamment la mesure de la densité minérale osseuse, le contrôle du taux de calcium et de vitamine D dans le sang, ainsi que des analyses régulières du cholestérol et de la glycémie.

L’importance de la prévention et de l’hygiène de vie

Une alimentation équilibrée riche en calcium et en vitamine D est fortement conseillée pour maintenir la santé osseuse. L’activité physique régulière, comme la marche, le yoga ou la natation, est également bénéfique.

La gestion du stress joue un rôle important dans le bien-être mental des femmes pendant cette période de transition. De même, un sommeil suffisant et de bonne qualité constitue un élément essentiel pour préserver la santé globale.

« Dans certains cas, des médicaments peuvent être prescrits pour prévenir ou traiter l’ostéoporose. Ces traitements visent à réduire la perte osseuse et à stimuler la formation de nouveaux tissus osseux », indique Dr Saulick.

L’hormonothérapie peut également être envisagée dans certaines situations pour prévenir ou traiter l’ostéoporose, mais elle doit toujours être discutée avec un gynécologue afin d’évaluer les bénéfices et les risques.

Briser le silence autour de la ménopause

Dans de nombreuses familles mauriciennes, la ménopause reste un sujet privé. Beaucoup de femmes hésitent à parler de leurs symptômes, pensant qu’elles doivent simplement « supporter » cette étape de la vie.

Certaines personnes associent également la ménopause au vieillissement ou à une perte de féminité, ce qui peut affecter l’estime de soi. Pour le Dr Ashika Saulick, il est important de changer ce regard. Elle appelle notamment à plus d’empathie et de compréhension face à cette étape de la vie des femmes.

« Il faut éviter les plaisanteries déplacées sur la ménopause ou les symptômes comme les bouffées de chaleur ou les troubles de la mémoire, que ce soit au travail ou à la maison. Apportons davantage d’empathie dans notre société », souligne-t-elle.

Vos Commentaires

Défi Santé

Une publication du Le Défi Media Group 4B, Rue Labourdonnais, Port-Louis Tél : +230 207 06 66

Articles Liés

Back to top button