
Longtemps considéré comme une maladie liée au vieillissement, le cancer colorectal touche désormais des patients de plus en plus jeunes. Cette évolution inquiète les spécialistes, qui appellent à une meilleure sensibilisation et à un dépistage plus précoce. Dans l’émission Allô Docteur, le Dr Shaheel Sahebally, chirurgien général et colorectal à la clinique Premium Care, a fait le point.
- Formé et qualifié en Irlande, le Dr Shaheel Sahebally a également bénéficié d’une formation complémentaire en Australie, où il a effectué une fellowship en chirurgie mini-invasive. Cette expertise lui permet de proposer des techniques modernes, moins invasives, favorisant une récupération plus rapide pour les patients.
Depuis quelques temps, le corps médical constate une hausse inquiétante du cancer colorectal. Et le Dr Shaheel Sahebally a rappelé que le cancer colorectal faisait partie des cancers les plus fréquents dans le monde. Il a souligné qu’une tendance préoccupante se dessinait depuis plusieurs années : un rajeunissement des cas. « Traditionnellement, le cancer est associé au vieillissement, souvent à partir de 60 ou 70 ans », a-t-il expliqué.
Cependant, il a indiqué que de plus en plus de patients âgés de moins de 50 ans étaient aujourd’hui diagnostiqués. Ce phénomène, appelé « early-onset colorectal cancer », est observé à l’échelle mondiale. Le spécialiste a illustré cette tendance en évoquant la situation en Australie, où il a exercé. « Entre 2000 et 2024, il y a eu une augmentation de 173 % des cas chez les moins de 50 ans », a-t-il précisé.
À Maurice également, les données montrent une progression significative. Le Dr Sahebally a indiqué que le nombre de cas avait triplé entre 2010 et 2023, selon le registre national du cancer. Si cette hausse est bien documentée, ses causes exactes restent encore partiellement inconnues. Le chirurgien a toutefois évoqué plusieurs hypothèses.
Il a d’abord rappelé les facteurs classiques, tels que les antécédents familiaux ou certaines maladies inflammatoires chroniques de l’intestin. « Si un parent proche est atteint, le risque est automatiquement plus élevé », a-t-il indiqué. Mais ces facteurs ne suffisent pas à expliquer l’augmentation des cas chez les jeunes. Le Dr Sahebally a évoqué le rôle possible de facteurs environnementaux. « Les analyses montrent des signatures génétiques différentes chez les patients jeunes, ce qui suggère une exposition à des éléments extérieurs », a-t-il expliqué.
Parmi ces facteurs, il a mentionné la présence croissante de microplastiques dans l’environnement. « Nous sommes exposés au plastique au quotidien, que ce soit à travers l’eau, l’alimentation ou les contenants », a-t-il souligné. Selon lui, ces substances pourraient altérer la barrière protectrice du côlon et favoriser une inflammation chronique, terrain propice au développement du cancer.
Alimentation et mode de vie
L’alimentation moderne joue également un rôle majeur. Le spécialiste a mis en cause la consommation accrue de produits ultra-transformés. « Ces aliments contiennent des additifs qui peuvent perturber le microbiome intestinal », a-t-il expliqué en insistant sur l’importance des fibres, souvent insuffisantes dans l’alimentation actuelle.
Les fibres permettent de nourrir les bonnes bactéries intestinales et de réduire le temps de transit des déchets dans le côlon. « Un manque de fibres prolonge l’exposition des cellules intestinales à des substances potentiellement toxiques », a-t-il précisé. Le Dr Sahebally a également souligné l’impact de la sédentarité, du tabagisme et de la consommation d’alcool, qui restent des facteurs de risque bien établis.
Le cancer colorectal peut se manifester par différents symptômes, qui varient selon la localisation de la tumeur. Le spécialiste a indiqué que les signes les plus fréquents incluaient les saignements au niveau de l’anus, les douleurs abdominales ou encore des changements dans les habitudes intestinales.
« Un changement soudain dans la fréquence ou l’aspect des selles doit alerter », a-t-il expliqué. Il a également mentionné d’autres symptômes comme une fatigue persistante liée à une anémie, une perte de poids inexpliquée ou encore des selles plus fines. Dans certains cas, la maladie peut rester silencieuse pendant longtemps. « Une polype peut évoluer pendant 10 à 20 ans sans provoquer de symptômes », a-t-il précisé.
Et face à cette réalité, le dépistage joue un rôle essentiel. Le Dr Sahebally a insisté sur le fait qu’il ne fallait plus considérer certains patients comme « trop jeunes » pour être concernés. « Si une personne présente des symptômes, l’âge ne doit pas être un obstacle à l’investigation », a-t-il affirmé.
La colonoscopie reste l’examen de référence. Elle permet non seulement de visualiser l’intérieur du côlon, mais aussi de retirer les polypes avant qu’ils ne deviennent cancéreux. « En retirant une polype, on peut empêcher le développement du cancer. On remet le compteur à zéro », a-t-il expliqué. Pour les personnes sans facteurs de risque, certains pays recommandent désormais un dépistage dès 45 ans, contre 55 ans auparavant selon lui.
Diagnostic et prise en charge
Lorsque la colonoscopie révèle une anomalie, une biopsie est réalisée afin de confirmer le diagnostic. Le traitement dépend ensuite du stade de la maladie. Si le cancer est localisé, une intervention chirurgicale peut permettre de retirer la partie atteinte du côlon. « Si la tumeur n’est pas propagée, la chirurgie peut être curative », a indiqué le spécialiste.
Dans certains cas, une chimiothérapie est recommandée après l’opération afin de réduire le risque de récidive. Lorsque le cancer est plus avancé et s’est propagé à d’autres organes, le traitement repose davantage sur la chimiothérapie. Le Dr Shaheel Sahebally a également mis en avant les progrès réalisés en chirurgie, notamment avec les techniques mini-invasives.
« Cette approche permet de réduire la taille des incisions et donc le traumatisme pour le patient », a-t-il expliqué. Les bénéfices sont multiples : moins de douleur, un séjour hospitalier plus court et une récupération plus rapide. « Les patients reprennent leurs activités plus rapidement et présentent moins de complications », a-t-il ajouté. Cette technique nécessite toutefois une expertise spécifique et n’est pas encore disponible partout.
Et finalement, le spécialiste a insisté sur la nécessité de lever les tabous autour du cancer colorectal et de la colonoscopie. « La colonoscopie est un examen sûr et essentiel, à la fois diagnostique et préventif », a-t-il rappelé en encourageant les Mauriciens à consulter en cas de symptômes et à adopter de meilleures habitudes de vie.




