
Le syndrome des ovaires polykystiques, désormais appelé PMOS (Polyendocrine Metabolic Ovarian Syndrome), ne touche pas uniquement les hormones et la fertilité. L’alimentation joue également un rôle important dans sa prise en charge. La diététicienne Lavanya Sunassy-Pather explique comment certains choix alimentaires peuvent contribuer à mieux gérer les symptômes.

Vous avez récemment organisé un atelier autour du PCOS/PMOS. Pourquoi avez-vous estimé important d’aborder ce sujet aujourd’hui, notamment avec le récent changement de nom du syndrome ?
Dans ma pratique, je rencontre quotidiennement des femmes confrontées à des déséquilibres hormonaux, dont le plus fréquent est aujourd’hui désigné sous le nom de PMOS (Polyendocrine Metabolic Ovarian Syndrome), anciennement connu sous l’acronyme PCOS.
Ce changement de nom est récent et porteur de sens. En mai 2026, la revue The Lancet a officialisé cette nouvelle appellation à l’issue d’un processus de consensus mondial ayant mobilisé plus de cinquante organisations scientifiques, médicales et associatives sur plus d’une décennie. Il ne s’agit pas d’un simple ajustement sémantique. Pendant des années, le terme « polykystique » a induit en erreur : il laissait croire à la présence de kystes pathologiques sur les ovaires, alors qu’il s’agit en réalité de follicules bloqués dans leur développement, une réalité bien différente. Ce malentendu a contribué à retarder des diagnostics et à fragmenter la prise en charge de millions de femmes à travers le monde. Le nouveau nom reflète enfin ce que le syndrome est réellement: un trouble à la fois hormonal et métabolique, touchant plusieurs systèmes de l’organisme simultanément. Les deux termes, PCOS et PMOS, coexisteront pendant une période de transition de trois ans, le temps que la communauté médicale et le grand public s’approprient la nouvelle nomenclature.
Ce qui me préoccupe davantage sur le terrain, c’est l’ampleur silencieuse du phénomène. Je rencontre de plus en plus de jeunes filles, parfois âgées de seulement quinze ans, qui présentent déjà une résistance à l’insuline, de l’obésité et des signes cliniques de PMOS. Car le PMOS n’affecte pas uniquement la santé physique : il peut peser sur la confiance en soi, l’équilibre émotionnel, les niveaux d’énergie et la qualité de vie dans son ensemble. Les habitudes de vie modernes, notamment une alimentation déséquilibrée, le stress chronique, le manque de sommeil et la sédentarité, y contribuent fortement.
Pourtant, le message essentiel que je transmets à chacune de mes patientes est celui-ci : le PMOS peut être géré et stabilisé. Avec une alimentation adaptée, des changements de mode de vie et un accompagnement approprié, les améliorations sont réelles et durables.
C’est dans cet esprit que j’ai animé le 24 mai, à Wellthy Hub à Curepire, le premier atelier de la série Wellbeing Now, un cycle de sessions expertes organisées sur une base de contribution volontaire, précisément pour que cet espace reste accessible à toutes.
Le PMOS est souvent associé aux hormones et à la fertilité, mais on parle désormais davantage de son aspect métabolique. Quel rôle joue l’alimentation dans la prise en charge de cette condition ?
Le PMOS est souvent présenté à travers le seul prisme de la fertilité, ce qui est profondément réducteur. En réalité, c’est un trouble hormonal et métabolique complexe qui peut se manifester de nombreuses façons : cycles menstruels irréguliers, prise de poids, acné persistante, pilosité excessive, fatigue chronique, infertilité, inflammation de bas grade, ou encore risque accru de diabète de type 2.
Au cœur du syndrome se trouve bien souvent un mécanisme clé : la résistance à l’insuline. Lorsque les cellules de l’organisme répondent moins efficacement à l’insuline, le pancréas en produit davantage pour compenser. Ces taux élevés d’insuline vont alors stimuler les ovaires à sécréter un excès d’androgènes, les hormones dites masculines, aggravant ainsi l’ensemble des symptômes. C’est ce cercle vicieux qu’il faut apprendre à interrompre.
C’est là que l’alimentation entre en jeu de manière déterminante. Une approche nutritionnelle ciblée peut améliorer la sensibilité à l’insuline, contribuer à réguler les hormones, réduire l’inflammation, soutenir la gestion du poids et améliorer le bien-être général. La nutrition n’est pas un traitement médical au sens strict, mais elle constitue l’un des leviers les plus puissants dans la prise en charge du PMOS. En agissant sur l’alimentation, le sommeil, la gestion du stress et l’activité physique, on agit directement sur les mécanismes sous-jacents du syndrome.
Beaucoup de femmes vivant avec le PMOS évoquent des difficultés liées au poids, à l’insulinorésistance ou aux fringales. Comment la nutrition peut-elle aider à mieux gérer ces symptômes au quotidien ?
Les données scientifiques sont encourageantes sur ce point. Chez les femmes en surpoids, une perte de poids modérée, de l’ordre de 5 à 10 % du poids corporel, peut déjà engendrer des améliorations significatives : régularité des cycles menstruels, réduction de la résistance à l’insuline, diminution des niveaux d’androgènes, amélioration de la fertilité et réduction du risque de diabète de type 2.
Mais l’objectif n’est pas un régime restrictif. Les régimes draconiens peuvent aggraver les déséquilibres hormonaux et entretenir un rapport difficile à l’alimentation. Ce que je préconise, ce sont des changements durables du mode de vie.
Concrètement, cela commence par le petit-déjeuner, trop souvent négligé alors qu’il est fondamental. Un petit-déjeuner riche en protéines et en fibres stabilise la glycémie dès le matin et réduit les fringales en cours de journée. J’encourage également l’intégration de graines oléagineuses comme le lin, la courge et le sésame, connues pour leurs effets bénéfiques sur l’équilibre hormonal.
Les repas doivent être riches en fibres et en protéines de qualité, et l’on veillera à réduire significativement les boissons sucrées et les aliments ultra-transformés, qui amplifient la résistance à l’insuline. L’activité physique, et plus particulièrement les exercices de renforcement musculaire, est également un allié précieux, car elle améliore directement la sensibilité à l’insuline.
Ce point est fondamental : chaque femme atteinte de PMOS est différente. Il n’existe pas d’approche universelle. C’est pourquoi je recommande systématiquement un accompagnement individualisé avec une diététicienne qui connaît bien cette condition.
Existe-t-il certains aliments ou habitudes alimentaires qui peuvent aggraver les symptômes du PMOS ? À l’inverse, quelles approches nutritionnelles sont généralement recommandées ?
Plusieurs facteurs alimentaires peuvent aggraver les symptômes du PMOS, et ils sont souvent méconnus. La question du gluten revient fréquemment en consultation.
Toutes les femmes atteintes de PMOS ne sont pas intolérantes au gluten, mais plusieurs études suggèrent qu’une réduction de sa consommation peut, chez certaines, diminuer l’inflammation, améliorer la santé digestive, réduire les ballonnements et stabiliser la glycémie, notamment en éliminant les produits raffinés à base de blé. Ce n’est pas une règle absolue, mais une piste qui mérite d’être explorée avec l’accompagnement d’un professionnel.
Les produits laitiers méritent également attention. Certaines femmes atteintes de PMOS observent une aggravation de l’acné, des inconforts digestifs ou une augmentation de l’inflammation après leur consommation. Certains produits laitiers ont par ailleurs la capacité d’élever les taux d’insuline, ce qui est particulièrement problématique dans ce contexte. La tolérance est individuelle, mais le sujet vaut la peine d’être évalué.
De manière générale, les aliments ultra-transformés et à fort potentiel inflammatoire sont à éviter, car ils entretiennent la résistance à l’insuline et perturbent l’équilibre hormonal. Une consommation excessive de café et de thé mérite également attention, car elle peut affecter les niveaux de cortisol et interférer avec la qualité du sommeil, deux facteurs directement impliqués dans la gestion du PMOS.
Sur la question des rythmes alimentaires, deux recommandations se dégagent. La première : ne jamais sauter le petit-déjeuner. Commencer la journée à jeun aggrave la résistance à l’insuline et intensifie les envies alimentaires compulsives en cours de journée. La seconde : laisser environ douze heures entre le dîner et le petit-déjeuner, ce qu’on appelle le jeûne nocturne, peut améliorer la sensibilité à l’insuline, favoriser le métabolisme et réduire le grignotage. Cette fenêtre est généralement bien tolérée. En revanche, les jeûnes prolongés ou restrictifs ne sont pas adaptés aux femmes atteintes de PMOS : ils risquent d’accentuer la fatigue, les déséquilibres hormonaux et les comportements alimentaires compulsifs.
Sur les réseaux sociaux, on retrouve énormément de conseils, régimes et compléments alimentaires autour du PMOS. Quels sont selon vous les plus grands mythes ou erreurs à éviter ?
Le premier écueil est de traiter le PMOS comme une condition uniforme, alors qu’il en existe différents profils cliniques. Certaines femmes souffrent principalement de prise de poids et de résistance à l’insuline ; d’autres présentent des cycles irréguliers, de l’acné, une fatigue chronique ou une importante chute de cheveux. La même approche ne peut pas convenir à toutes.
Or, ce que j’observe de plus en plus, c’est que des femmes suivent des régimes drastiques ou des protocoles diffusés par des influenceurs sans formation médicale ni nutritionnelle. Les conséquences peuvent être sérieuses : chute des cheveux, perte de masse musculaire, carences nutritionnelles, fatigue profonde, aggravation des déséquilibres hormonaux. Ce qu’elles pensaient être une solution devient parfois un problème supplémentaire.
La même prudence s’impose vis-à-vis des compléments alimentaires. Ils peuvent effectivement jouer un rôle dans la prise en charge du PMOS, mais leur nature et leurs dosages doivent être déterminés par un professionnel compétent et non par une tendance sur les réseaux sociaux.
Mon conseil est clair : consultez une diététicienne qualifiée, disposant d’une expertise spécifique en santé hormonale et en prise en charge du PMOS. À Maurice, assurez-vous que la personne soit enregistrée auprès de l’Allied Health Professionals Council, garantie d’un suivi professionnel, éthique et responsable.
De nombreuses femmes vivant avec un PMOS se sentent parfois incomprises ou perdues face à leurs symptômes. Quel message souhaitez-vous leur transmettre ?
Ce que je souhaite transmettre avant tout, c’est que ces femmes ne sont pas seules. C’est ce que j’ai aussi voulu faire ressortir lors de l’atelier du dimanche dernier qui a réuni une quinzaine de participantes.
Trop souvent, le PMOS est vécu dans l’isolement : isolement face à des symptômes mal compris, face à un parcours de soins qui ne prend pas toujours le temps d’expliquer, face à des choix alimentaires et de mode de vie qui semblent impossibles à démêler sans aide. Cet isolement a un coût réel, sur la santé comme sur la confiance en soi.
L’atelier du 24 mai, qui s’inscrit dans la série Wellbeing Now à Wellthy Hub, a précisément eu pour vocation de briser cet isolement. C’était un espace d’échange, d’apprentissage et de soutien, dans un lieu pensé pour que le bien-être soit une démarche concrète et accessible.
Le message que je veux porter est un message d’espoir et de résilience. Avoir le PMOS n’est pas une fatalité. Avec un accompagnement adapté, des ajustements nutritionnels progressifs et des changements de mode de vie durables, il est possible d’améliorer significativement les symptômes, de soutenir la fertilité et de retrouver une vraie qualité de vie : de l’énergie, de la clarté mentale, de l’équilibre émotionnel.




