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Syndrome de glissement : les personnes très âgées sont les plus touchées

Concept gériatrique, le syndrome de glissement se manifeste par un état de grande déstabilisation physique et psychique. Marqué par l’anorexie, la dénutrition, un comportement de repli et d’opposition, il survient typiquement chez les personnes très âgées. Quid des causes, symptômes et de la prise en charge médicale ? Le point avec Dr Khadija Taujoo, médecin généraliste.

Dr Khadija Taujoo, médecin généraliste.
Dr Khadija Taujoo, médecin généraliste.

Qu’est-ce que le syndrome de glissement ?

Ce terme a été évoqué pour la première fois par le gériatre Jean Carrié. Il a décrit les caractéristiques du syndrome de glissement comme « un processus d’involution et de sénescence porté à son état le plus complet ». Le terme de glissement fait référence à une dégradation de l’état du patient qui se sent « glisser » peu à peu. Il arrive parfois qu’on le qualifie de « suicide inconscient ».

L’évolution du syndrome de glissement est très souvent fatale avec 80 % des cas en moins d’un mois. Cependant, les personnes qui le surmontent peuvent atteindre une bonne rémission et recommencer à s’alimenter, à communiquer et à aller mieux. C’est ce qu’explique Khadija Taujoo, médecin généraliste pour la compagnie Médecin à domicile, basée à Ébène.

Selon la professionnelle de santé, les personnes très âgées avec des antécédents médicaux chargés qui en sont les plus touchées. À savoir ceux souffrant de diabète, de troubles cardiaques et respiratoires ou ayant des antécédents neuromusculaires. Quant à la moyenne d’âge, elle dira que c’est de 78 ans pour les hommes et de 85 ans pour les femmes.

En ce qu’il s’agit des symptômes, la doctoresse explique qu’ils peuvent parfois passer inaperçus ou encore se cacher derrière les apparences d’une dépression et d’autres syndromes liés à l’âge ainsi qu’à la dépendance. « On retrouve souvent une association de troubles physiques. Parmi la perte de l’appétit, une sensation de soif, la dénutrition, la déshydratation, la rétention urinaire et la constipation. Tandis que les signes psychiques sont le repli, le mutisme, la réduction de l’activité ainsi que le refus alimentaire et des soins ». Elle ajoute que bien que le patient soit parfois agressif, il est le plus souvent passif. « Dans le peu de paroles qu’il échange, il demande qu’on le laisse tranquille et peut exprimer le souhait de mourir. D’après les aidants, la personne semble refuser de vivre », indique la doctoresse.

Comment faut-il réagir face au syndrome de glissement ?

Il est très important de reconnaître les signes et de consulter un professionnel de santé, car ce syndrome évolue rapidement de façon gravissime avec des complications. Parmi, on retrouve l’état grabataire, la déshydratation surtout en été, les infections urinaires et pulmonaires. « S’il n’est pas détecté à temps, il aboutit à la mort de la personne âgée dans 80 à 90 % des cas, et ce malgré la prise en charge médicale.  Donc, une réaction rapide augmente les chances de guérison », fait ressortir Dr Khadija Taujoo. Le syndrome de glissement, est-ce comme un suicide inconscient ? À cette question, elle indique que la personne qui en est affectée perd souvent le goût de vivre. « Elle refuse d’exécuter les gestes essentiels du quotidien, comme manger, se laver ou se lever. Pourtant, elle était capable de le faire avant l’apparition du syndrome de glissement ».

Par rapport à la prise en charge, elle soutient que l’efficacité du traitement repose sur une coordination pluridisciplinaire et également de la cohésion des actions médicales et paramédicales. « Une équipe de professionnels font un accompagnement psychologique, veille a la prévention des escarres, la rénutrition, la réhydratation progressive, la prescription des médicaments appropriés et le traitement de certaines complications. Cependant, c’est surtout la relation avec la personne âgée qui est importante. Nos ainées ont besoin à ce moment-là de soutien, d’empathie, d’accompagnement et d’écoute. C’est à travers le dialogue et les soins corporels qu’ils peuvent retrouver un sentiment de sécurité », conclut Dr Khadija Taujoo.

Citation : « En cas de doute ou en constatant le moindre changement de comportement chez un proche âgé, il ne faut pas hésiter à consulter son médecin traitant ou même à appeler les secours si ce dernier n’est pas disponible ». Dr Khadija Taujoo.

Les causes

En ce qu’il s’agit des causes, Dr Khadija Taujoo explique que le syndrome de glissement survient après un choc physique ou psychique. «Très souvent il y a un intervalle libre de quelques jours à un mois entre l’événement déclenchant et la survenue du syndrome », dit-elle.

  • La perte d’un proche voire le conjoint.
  • Une maladie aigüe telle comme un AVC ou un infarctus.
  • Une intervention chirurgicale.
  • Une hospitalisation.
  • Une entrée en maison de retraite mal préparée qui est vécue comme un abandon.
  • Un accident.
  • Une fracture ou une chute

La prévention

La prévention est fondamentale, car elle reste la manière la plus efficace de protéger la personne. Tout épisode difficile, physique ou psychologique que la personne âgée traverse doit être accompagné d’une attention et d’une vigilance particulière, affirme Dr Khadija Taujoo. De plus, elle ajoute que la convalescence représente une étape cruciale durant laquelle le syndrome de glissement peut survenir. « La personne doit être ainsi entourée, aidée et soutenue physiquement et psychologiquement », dit-elle.

Quel impératif de bien préparer une entrée en maison de retraite ?

Quelle que soit la raison qui mène à l’entrée d’une personne âgée en maison de retraite, cette étape cruciale doit être bien vécue par l’intéressé, notamment en l’intégrant à la décision. « En lui témoignant beaucoup d’affection et en maximisant les conditions d’une bonne intégration, on évitera qu’elle se sente abandonnée », soutient le Dr Khadija Taujoo.

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