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L’hépatite C est en hausse à Maurice : 15 000 à 20 000 personnes atteintes

Il y a un manque de sensibilisation autour de l’hépatite C. Tel est le constat du Dr Zaid Heetun, gastroentérologue à l’hôpital Dr A G. Jeetoo et Dr Prithiviputh Rittoo de l’organisation non gouvernementale Hep Support. Ils étaient les invités de l’émission Allô docteur de Radio Plus.

Il y aurait entre 15 000 et 20 000 personnes atteintes de l’hépatite C à Maurice. Une étude menée entre 2013 et 2017 indique que 5 300 personnes ont été officiellement dépistées dans le service public. La plupart sont des patients des hôpitaux Dr A. G. Jeetoo (Port-Louis) et Victoria (Candos) et la tendance est à la hausse, selon les observations.

Il s’avère que les tests de dépistage effectués par les Organisations non gouvernementales ne sont pas pris en considération dans la comptabilisation des chiffres. C’est ce que déplorent les Drs Zaid Heetun, gastroentérologue à l’hôpital Dr A. G. Jeetoo, et Prithiviputh Rittoo membre fondateur de l’ONG Hep Support. Selon Pooven Venkasamy, infirmier chez l’ONG Pils, 303 nouveaux cas positifs d’hépatite C ont été dépistés chez les injecteurs de drogue, la population la plus affectée par cette maladie, de janvier à août 2018. 471 personnes ont été testées durant cette période.

Maurice a un urgent besoin de mener des campagnes de sensibilisation sur cette maladie afin de briser les tabous et stigmatisation autour de l’hépatite C. Pour les deux invités de l’émission « Allô docteur » de Radio Plus, il importe que la population soit consciente de la gravité de cette maladie sournoise qui peut entrainer des complications comme la cirrhose ou le cancer du foie ou mener au décès du patient. L’hépatite C, comme la plupart des maladies du foie, est silencieuse. Les premiers symptômes ne se manifestent qu’à un stade avancé de la maladie.

L’hépatite C est un virus qui affecte le foie. Il existe plusieurs types d’hépatite : A, B, C, D, E et G. S’il existe un vaccin qui marche très bien pour les hépatites A et B, tel n’est pas le cas pour les autres hépatites. L’hépatite C est le type le plus commun à Maurice. Il touche dans 90 % des cas les personnes qui s’injectent de la drogue. Grâce au vaccin contre l’hépatite B, effectué dès la naissance, la prévalence de cette maladie a diminué considérablement, affirme le Dr Heetun. « Plus tôt est fait le vaccin, le mieux l’enfant et l’adulte sont protégés» a-t-il expliqué.

L’hépatite C se transmet principalement par le sang contaminé à travers une seringue souillée ou tout instrument en contact avec le sang : aiguilles pour le tatouage ou lame de rasoir. Si des cas de contamination ont été notés lors de transfusions sanguines dans le passé, de gros efforts ont été faits au laboratoire central de Candos pour la prévenir.

Selon le Dr Heetun, grâce aux mesures mises en place, le laboratoire fait partie des plus performants sur le continent africain, avec un risque de 0 % lors de la transfusion sanguine. Toutefois, l’hépatite C se transmet aussi par voie sexuelle et lors des rapports sexuels entre hommes. D’où les mesures urgentes à mettre en place, insistent les Drs Heetun et Rittoo.

Un protocole bientôt mis en place

Maurice aura les moyens d’éliminer l’hépatite C d’ici 2030 et respecter ainsi l’échéance de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Tel est l’avis du Dr Sulleman Moreea, consultant en gastroentérologie et hépatologue mauricien exerçant en Grande-Bretagne. Cela, en s’inspirant de l’expertise et l’expérience de certains pays comme l’Égypte. Un protocole de traitement est en préparation et sera soumis au ministère de la Santé. Le programme devrait être opérationnel dès juin 2019, indique le Dr Moreea.

« Nous souhaitons éliminer l’hépatite C d’ici 2025. Pour ce faire, nous comptons réduire par 90 % le nombre de nouveaux cas jusqu’à 2030 ; réduire de 65 % le nombre de personnes qui meurent d’hépatite C et traiter 80 % des patients avant 2030 », a-t-il expliqué. Sur le nombre de patients dépistés officiellement, seuls 200 cas sont traités, car les médicaments coûtent cher.

Suite aux retombés de la conférence sur l’hépatite C, tenue à Maurice les 15 et 16 octobre derniers, Maurice bénéficiera de plusieurs facilités pour mettre en place un nouveau programme de traitement et obtenir à un prix plus abordable les médicaments nécessaires pour guérir les patients en trois mois. « Nous allons trouver le moyen d’avoir les produits à meilleur marché, grâce à la pression exercée par l’OMS sur les fabricants de médicaments pour que d’autres pays producteurs puissent produire des génériques » explique le Dr Moreea.

Hep Support

Pour toute information complémentaire sur l’hépatite C, vous pouvez aussi vous adresser à l’ONG Hep Support, à Vacoas. Les membres répondront à vos questions et vous inviteront à vous présenter au centre de l’association pour des consultations ou test de dépistage. Ils auront aussi des conseils sur les précautions à prendre et sur la nutrition. L’Association dispose d’une hotline qui opère 24/h, le 57 24 79 24.

Maladie silencieuse

L’hépatite C est une maladie silencieuse. Ses premiers symptômes peuvent se manifester en moyenne entre 10 à 15 ans après l’infection. « Ce n’est que quand le foie est complètement affecté que les problèmes surgissent », explique le Dr Heetun. D’où l’importance du dépistage précoce.

« Le test de l’hépatite devrait être systématique, comme pour le test du VIH effectué chez toutes les femmes enceintes. Comme dans le cas du diabète, le test du dépistage de l’hépatite C devrait s’imposer petit à petit. Pour atteindre l’objectif d’éliminer l’hépatite C, plusieurs mesures doivent être mises en place, comme des tests de dépistage rapide au niveau de la population», fait ressortir le Dr Heetun. *Une fois la maladie diagnostiquée, un test de génotypage et de charge virale est effectué chez le patient pour déterminer le type de traitement dont il va bénéficier.

Conférence pour sensibiliser

  • La conférence sur l’hépatite C qui s’est tenue à Maurice les 15 et 16 octobre avait pour but de conscientiser la population et les patients afin de démarrer le traitement contre l’hépatite C. L’accès aux traitements était limité dans le service public. La conférence avait aussi pour objectif de trouver les moyens d’offrir ce traitement au plus grand nombre de patients.
  • Selon les données, le nombre de personnes infectées est en hausse depuis ces cinq dernières années et la maladie touche plus les hommes que les femmes. Le problème, c’est que l’hépatite C n’affecte pas les personnes immédiatement : elle se manifeste au bout de dix à quinze ans et parfois un peu plus tard.
  • À Maurice, l’hépatite C concerne particulièrement les injecteurs de drogue, mais pas seulement cette catégorie de la population. Nombreux sont ceux qui ne sont plus utilisateurs de drogue et ont fondé une famille et contribuent au développement de la société. « Si on ne traite pas rapidement les cas, cela peut engendrer d’autres problèmes », fait ressortir le Dr Heetun.
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