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[Allô Docteur] Une grossesse précoce peut avoir de multiples conséquences

309 cas de grossesses précoces ont été rapportés au Drop in Centre de la Mauritius Family Planning and Welfare Association (MFPWA). De gros risques sont associés à ce type de grossesse, selon le Dr Himla Bhoma, gynécologue et obstétricienne. Elle était l’une des invitées de l’émission Allô docteur de Radio Plus.

Les grossesses précoces sont légion. Mais les jeunes semblent ne pas être suffisamment conscients des risques qu’ils encourent en étant actifs sexuellement à un trop jeune âge. C’est ce qu’ont fait ressortir les participantes à l’émission Allô docteur de Radio Plus le Dr Himla Bhoma, gynécologue obstétricienne à l’hôpital Dr A. G. Jeetoo, Mélanie Vigier de Latour-Bérenger, psychosociologue et membre du Kolektif Drwa Zanfan Morisien, et Vidya Charan, directrice exécutive de la Mauritius Family Planning and Welfare Association (MFPWA). Elles étaient au micro de Caroline et Jean-Marie.

Plusieurs complications peuvent survenir lors d’une grossesse précoce, c’est-à-dire chez une jeune fille de moins de 18 ans, a expliqué le Dr Bhoma. Ces complications peuvent être à court, moyen ou long termes. À court terme, la jeune fille peut avoir des infections telles que le VIH/Sida ou encore la syphilis qui est actuellement en hausse, selon elle : « Dans de nombreux cas il y a eu des jeunes qui, lors de leur première relation sexuelle, ont contracté la syphilis », a-t-elle dit. Et dans certains cas, soit ils ne sont pas traités correctement soit ils contractent une nouvelle infection de leur partenaire. « Ce qui devient un gros problème en ce moment, c’est que les jeunes ont de multiples partenaires, ce qui fait que l’infection se transmet de l’un à l’autre », a-t-elle soutenu.

Problèmes médicaux

Parmi les autres conséquences, il y a les problèmes médicaux que la jeune fille peut encourir, car son corps n’est pas encore prêt à entamer une grossesse. « Avec les problèmes médicaux auxquels ils peuvent faire face : hypertension, diabète ou toute autre infection, elles peuvent faire un accouchement prématuré », a fait ressortir la gynécologue. Dans la plupart des cas, un accouchement prématuré se fait par césarienne afin de protéger le bébé à naître. Ce qui fait que certaines jeunes filles de 12 à 13 ans sont déjà confrontées à une telle intervention chirurgicale. Parfois, quelques-unes en arrivent à leur troisième césarienne vers l’âge de 16 à 17 ans.

S’il y a une dizaine d’années, il n’était pas commun de demander à une jeune fille qui a un retard dans ses règles si elle a eu des relations sexuelles, c’est devenu une routine désormais de poser la question. C’est ce qu’a aussi affirmé le Dr Bhoma : « Auparavant, on ne faisait pas de test de grossesse chez les jeunes filles, maintenant nous le faisons régulièrement ».

Les cas de grossesse précoce sont bien plus nombreux que ceux qui sont rapportés, a ajouté la directrice exécutive de la Mauritius Family Planning and Welfare Association (MFPWA), Vidya Charan. Selon elle, les jeunes sexuellement actifs ne vont pas forcément aller vers les services de santé et organismes qui peuvent leur proposer des méthodes de contraception : elles savent que cela va à l’encontre des normes de la société et qu’il y a encore trop de tabous qui entourent ce sujet. Selon les chiffres de 2019, 309 cas ont été rapportés au Drop in Centre de la MFPWA. En 2018, ils étaient 297.

Briser le tabou

Pour le Dr Himla Bhoma, les cas connus concernent les personnes qui ont pu mener leur grossesse à terme. « Il y a aussi les cas de celles qui ont fait de fausses couches et qui ne sont pas rapportés », a fait ressortir la gynécologue. Celles qui se dirigent vers les services de santé publique, une prise en charge médicale est offerte et les jeunes filles sont par la suite référées à la MFPWA, aux social workers ou à la Child Development Unit (CDU), a-t-elle ajouté. Selon elle, la grossesse précoce ne concerne pas une couche sociale de la société. Tout le monde est concerné, a-t-elle affirmé.

« Nombre de ces filles sont de milieux aisés et fréquentent des collèges prestigieux », selon la spécialiste. Le tabou est dans la tête, il est temps de le briser et d’en parler ouvertement. Il faudrait arrêter de stigmatiser certains groupes de la société, dit-elle. Elle a soutenu enfin qu’à la grossesse précoce s’ajoutent de nombreux cas de Polycystic Ovarian Syndrome (PCOS) ou le syndrome des ovaires polykystiques, une maladie qui affecte nos jeunes en raison de la restauration rapide, leur façon de manger et le manque d’activités physiques.

Cela a pour conséquence que certaines jeunes filles, malgré leur jeune âge, ont une forte corpulence : « C’est un problème de débalancement hormonal assez conséquent où la personne peut ne pas avoir ses règles ou bien les a de manière irrégulière. Ce qui augmente leur risque d’être enceinte si elles sont sexuellement actives ». Selon la gynécologue, auparavant ce problème concernait une fille sur 10 mais, à présent, ce sont six à huit filles sur 10 qui sont touchées.

Education sexuelle

« Les jeunes sont au courant qu’une fille peut se retrouver enceinte à la suite d’une relation sexuelle. Mais ils se disent que cela ne va pas leur arriver et ne songent qu’à vivre une expérience sexuelle, ce qui fait qu’ils ne se protègent pas ». Propos de Vidya Charan, directrice exécutive à la MFPWA. Selon elle, le phénomène important et grave du moment, c’est l’émergence des rapports sexuels consentants entre mineurs. Ces jeunes ne réalisent pas que, pour s’engager dans des activités sexuelles, il faut avant tout connaître le fonctionnement de son corps.

L’éducation à la sexualité doit impérativement être portée à la connaissance des jeunes et ne pas se contenter d’être menés à travers un cours de biologie pour expliquer l’anatomie. Il faut que ce soit bien défini et accessible dans tous les établissements scolaires. Les parents ont aussi un rôle à jouer dans l’éducation sexuelle de leurs enfants : « Il faut les guider afin qu’ils puissent prendre des décisions éclairées et responsables et ainsi forger le caractère pour être forts dans leur vie personnelle et émotionnelle ».

Revoir les lois sur l’accès à la contraception

Les enfants n’ont pas les informations nécessaires pour comprendre la puberté et les changements physique, physiologique et psychologique que cela implique. Ce qui leur porte préjudice, selon Mélanie Vigier de Latour-Bérenger. Pour elle, il est aberrant qu’en 2020, on ne donne pas les informations correctes.

Selon elle, parler de la sexualité et de la santé reproductive ne donne aucunement des idées aux jeunes pour qu’ils passent à l’acte mais leur apprend au contraire à connaître les risques des relations sexuelles précoces et de leurs conséquences afin d’être plus responsables et de se protéger. Pour la psychosociologue et membre du Kolektif Drwa Zafan Morisien, il faudrait revoir les lois sur l’accès à la contraception.

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