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Addiction : l’enfer des drogues synthétiques

Consommation de drogues synthétiques – Le Dr Anil Jhugroo : «Le nombre de patients hospitalisés en 2017 s’élevait à 840»

Le prix « abordable » des drogues synthétiques ouvre un libre accès aux mineurs, expliquent les médecins invités lors de l’émission Allô Docteur de Radio Plus, le mardi 26 juin. De plus, cela a une grande incidence sur le nombre d’admissions dans les hôpitaux. « La solution réside non dans la punition mais dans un encadrement adéquat. »

L’équipe d’Allô Docteur sur le plateau de Radio Plus.

Descente aux enfers. C’est ce qu’attendent les consommateurs de drogues, affirme le Dr Anil Jhugroo, responsable de la Harm Reduction Unit au ministère de la Santé. Selon lui, le plaisir n’est que de courte durée. La suite c’est carrément l’enfer.

La situation est préoccupante à Maurice, juge le Dr Jhugroo. La plupart des 1 300 personnes arrêtées pour des délits de drogue depuis le début de l’année concerne l’usage de drogues synthétiques. Par ricochet, l’intoxication due aux drogues de synthèse provoque une augmentation considérable par rapport au nombre d’admissions dans les hôpitaux.

En trois ans, le nombre d’admission est passé de « 160 à 840 patients hospitalisés en 2014 et 2017 respectivement », a affirmé le Dr Jhugroo, lors de l’émission Allô Docteur de Radio Plus. « Sans compter qu’il y a aussi des patients qui se présentent à l’hôpital, même s’ils ne ressentent pas les effets toxiques des drogues de synthèse. Ils viennent en raison des effets chroniques : perte de mémoire, hallucination », a-t-il ajouté.

Le Dr Siddick Maudarbocus, responsable de Les Mariannes Wellness Clinic, s’associe au Dr Anil Jhugroo pour dire qu’il y a de plus en plus de mineurs qui consomment de la drogue synthétique. Ce qui n’était pas le cas il y a quelques années. Cette situation s’explique par la grande accessibilité à ce type de drogue, étant donné que le prix est « abordable » comparativement à d’autres produits prohibés.

Selon le Dr Jhugroo, il est facile pour un groupe d’amis de cotiser pour se procurer une dose de drogue synthétique qu’ils vont fumer en groupe. « Les drogues synthétiques sont dans toutes les sphères de la société. Elles ne concernent pas uniquement les jeunes issus de milieux défavorisés. Les jeunes de tous les milieux y sont touchés », fait remarquer le Dr Jhugroo.

Tentations

Les motivations de ces jeunes sont diverses, affirme-t-il. « Cela varie de la curiosité à la pression sociale en passant par des problèmes émotionnels. » En tant que psychiatre, le Dr Jhugroo explique que le cerveau fonctionne selon un système de récompense. Mais, la drogue interfère avec ce système à travers la dopamine (un neurotransmetteur, c’est-à-dire une molécule qui transmet des informations entre les neurones).

Ce qui donne de fausses motivations aux patients. Et de poursuivre « qu’au départ, la plupart des usagers de drogues prennent une substance pour des fins récréatives ou encore à la suite de tentations. D’autres le font, car ils ont des problèmes sociaux ou émotionnels ».

Le Dr Maudarbocus, médecin généraliste, a abondé dans le même sens. « À cause d’une accessibilité facile, les drogues synthétiques ont malheureusement pris une grande ampleur chez les jeunes à Maurice. » Le médecin tire la sonnette d’alarme sur le danger de ces produits en raison de sa composition douteuse avec un mélange qui se fait au petit bonheur. « Des fabricants composent ce mélange à partir de n’importe quoi. Conséquences : certains ont des problèmes médicaux graves. »

La consommation de drogues synthétiques peut causer divers problèmes : trouble de mémoire, hallucination, trouble du système cardiovasculaire, augmentation de la tension artérielle, attaque cérébro-vasculaire, trouble du système rénal. Autant de maladies qui peuvent entraîner dans le pire des cas le décès du patient, a précisé le Dr Jhugroo.

Selon lui, les dégâts causés au cerveau ne sont pas à 100 % réversibles, même avec l’utilisation de vitamines et de stimulants pour le cerveau.

Punir un consommateur de drogues synthétiques n’est pas la solution, souligne le Dr Maudarbocus. Ce dernier préconise plutôt un encadrement adéquat qui commence d’abord au sein de la famille. « Les parents devraient être proches de leurs enfants et les faire sentir qu’ils sont aimés. »

Pour conclure, les deux invités de l’émission Allô Docteur ont préconisé l’éducation comme moyen de prévention. Selon eux, il ne faut non seulement mettre l’emphase sur les méfaits du tabac et de l’alcool, mais il faut aussi axer les campagnes de prévention sur les dangers et conséquences de la consommation des drogues.

Drogues synthétiques

La drogue synthétique est un produit fabriqué en laboratoire. Elle contraste avec la drogue naturelle. Le gandia, par exemple, est une drogue naturelle qui contient une substance psychoactive, le THC (tétrahydrocannabinol). Les fabricants de drogues synthétiques ont voulu recréer cette substance psychoactive en aspergeant des produits chimiques, qui leur passent sous la main, sur, par exemple, des feuilles de thé.

Dans le gandia, il y a beaucoup de substances, les unes plus puissantes que les autres. Mais, en ce qu’il s’agit des drogues synthétiques, c’est la substance la plus puissante qui est concentrée pour être arrosée sur les feuilles. Cette aspersion est aléatoire.

Ce qui explique que, dans certains cas, le consommateur peut ne pas avoir des conséquences graves mais cependant peut être subitement intoxiqué. C’est là où ces drogues synthétiques deviennent dangereuses, ont expliqué les deux médecins qui préfèrent de loin traiter un patient ayant consommé du gandia plutôt que de la drogue synthétique.

Il existe un antidote pour le produit naturel. Le traitement est symptomatique. Si le patient a du mal à dormir, on lui administre des somnifères. S’il est agité, on lui donne des tranquillisants ou des antidouleurs. C’est une phase où il faut maîtriser les symptômes et faire que la phase de sevrage soit le plus confortable possible, ont fait ressortir les Dr Jhugroo et Maudarbocus.

« Bref, les deux types de drogues, cannabinoïdes et opiacés, ont des effets et symptômes différents qu’il faut savoir distinguer. Mais, la plupart des drogues synthétiques à Maurice contiennent des cannabinoïdes et sont comme un dérivé du gandia, causant des troubles psychotiques qui font que le consommateur a du mal à faire la distinction entre ce qui est réel et ce qui ne l’est pas », concluent les médecins.

Traitement

La Harm Reduction Unit du ministère de la Santé procède à l’admission des patients pour un meilleur traitement et encadrement. Les patients sont d’abord examinés dans un hôpital régional (SSRN, Dr A. G. Jeetoo, Victoria, Flacq et Jawaharlal Nehru). L’admission se fait à l’hôpital de Mahébourg où une salle a été aménagée.

L’établissement compte un personnel formé et dédié à ce type de service. « Il nous faut un personnel qui connaît et comprend ce qu’est la drogue synthétique », a expliqué le Dr Anil Jhugroo. Ils ont reçu une formation de facilitateurs de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et savent quel type de thérapie mettre en application.
Selon les deux médecins, les usagers de drogues synthétiques sont souvent dans le déni.

Lors de l’encadrement qui leur est proposé, ils apprennent à prendre conscience qu’ils ont un problème et qu’ils doivent se ressaisir afin de pouvoir se reprendre en main. « Nous essayons de les renforcer afin qu’ils puissent faire face à la situation pour ne pas rechuter », a expliqué le Dr Maudarbocus.

En sus d’un encadrement psychosocial, l’accompagnement proposé est un traitement médicamenteux. La prise en charge doit être rapide afin d’éviter les complications.

Signes

Tout parent qui remarque un changement d’attitude chez son enfant devrait se poser des questions, ont expliqué les Drs Jhugroo et Maudarbocus. Le changement opéré chez l’enfant peut être le repli sur soi, la solitude, les sorties nocturnes, la réclamation de l’argent, voire l’agressivité. La confrontation est à éviter, souligne le Dr Maudarbocus. « À la place, choisissez le dialogue. Il ne faut pas non plus hésiter à chercher de l’aide en cas de besoin. »

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