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Lutte contre le sida : les soins adaptés plébiscités

L’Île Maurice a fait d’énormes progrès en ce qu’il s’agit du traitement des personnes vivant avec le VIH. Mais elle a encore des efforts à faire en ce qui concerne la prise en charge global des patients. C’est ce qu’ont concédé le Dr (Mme) Malika Mohabeer et le Dr Deven Ponnoosamy, responsables de l’Aids Unit au ministère de la Santé.

Des modèles de soins adaptés devraient être mis en place pour mieux traiter et accompagner les patients atteints du VIH/sida. C’est ce qu’a plaidé le Dr (Mme) Malika Mohabeer, spécialiste en médicine du VIH et santé sexuelle chez Pils. Cela afin d’atteindre la vision de l’ONUSIDA : Zéro nouvelle infection au VIH, Zéro discrimination, Zéro décès lié au sida.

Mais pour le Dr Deven Ponnoosamy, responsable de l’Aids Unit au ministère de la Santé le pays est sur la bonne voie avec les différentes molécules de nouvelles générations disponibles à Maurice. Il a soutenu que les soins sont gratuits et que c’est aux patients et aux ONG qui les accompagnent de faire en sorte qu’ils adhèrent au traitement. C’est ce qu’il a fait ressortir lors de l’émission Allô docteur de Radio Plus.

« Nous avons déjà implémenté les paramètres de l’ONUSIDA. Une fois dépisté une personne bénéficie immédiatement de traitement, s’il est séropositif » a affirmé le Dr Ponnoosamy. Selon lui, Maurice est en avance par rapport à certains pays africains. « Nous avons une quinzaine de molécules alors qu’ils ont cinq », a-t-il expliqué.

« Ces molécules ont moins d’effets secondaires. Une personne qui suit son traitement régulièrement peut avoir une charge virale indétectable au bout de six mois à un an ce qui fait qu’il y a risque de transmission du virus du sida à une autre personne », a précisé le médecin. Il a toutefois concédé qu’il est parfois difficile de se procurer certains médicaments du fait que Maurice est un petit marché.

« Ce qui n’est pas acceptable en 2018 », a soutenu le Dr Mohabeer. « Ce problème a été soulevé lors du 17ème colloque VIH océan Indien qui s’est tenu à Maurice du 20 au 22 novembre », a ajouté la spécialiste. « Une décision a été prise pour créer un fond commun auquel chaque pays va contribuer afin de remédier à cette situation », a fait ressortir le Dr Ponnoosamy.

Les deux invités de l’émission sont cependant d’accord que le traitement des patients fait face à un autre problème : la stigmatisation et la discrimination qui sont encore tenace en dépit des campagnes de sensibilisation à ce sujet. « Cela freine l’accès aux soins », a expliqué le Dr Mohabeer. Pour elle, il ne suffit pas de dire que les soins sont disponibles et qu’un service de proximité est offert.

Dans certains cas la confidentialité n’est pas respecté ce qui est une situation intenable pour les patients en raison des préjugés qui existent à leur égard. « Un patient atteint du VIH est une personne. Il devrait avoir la même considération que tout autre patient souffrant du diabète ou d’une autre maladie », a martelé le Dr Mohabeer. Pour elle, le ministère de la Santé doit consolider cet aspect afin d’encourager les patients à faire leur traitement.

Le Dr Ponnoosamy a reconnu que la discrimination est un gros problème à Maurice mais qu’il n’est pas exclusif au pays. « Nous avons pris des mesures pour changer cela même s’il reste beaucoup à faire à ce sujet », a-t-il dit. Parmi, il y a la formation du personnel afin de les expliquer ce qu’est le sida. Les membres du personnel sont aussi sensibilisés concernant la stigmatisation et discrimination. « Petit à petit les choses vont changer », a expliqué le Dr Ponnoosamy.

Selon le Dr Mohabeer, la stigmatisation et la discrimination témoigne d’un manque de connaissance concernant le VIH/sida ce qui engendre la méfiance et peur des personnes qui en sont atteintes. « Pour combattre cela il faut mieux informer la population, » a-t-elle fait ressortir Elle a aussi rappelé que le VIH ne s’attrape pas en serrant la main d’un patient ou en vivant sous le même toit que lui. « Le VIH se transmet par le sang contaminé, par voie sexuelle, de mère à enfant pendant la grossesse, pendant l’accouchement ou à travers l’allaitement maternel », a-t-elle souligné.

Meilleure coopération entre les îles de l’océan Indien

Le 17ème colloque VIH océan Indien qui s’est tenu à Maurice a été positif à plus d’un titre, selon les docteurs Mohabeer et Ponnoosamy. Comme chaque année, il a réuni les acteurs de la lutte contre le VIH et des experts qui sont venus de l’étranger. À travers les différents partages et expériences, les forces et les faiblesses de chacun ont pu être examinées et des solutions trouvées en vue d’améliorer la qualité de vie des personnes vivant avec le VIH.

En tant que petit marché, il a été noté que Maurice a des difficultés parfois pour avoir des médicaments. Un fonds de solidarité sera ainsi créé et auquel tous les pays vont contribuer afin de régler ce problème.
Les patients ont aussi pu exprimer leur histoire, ce qui a mis en évidence des points similaires dans chaque pays de la région sur lesquels les différents acteurs peuvent travailler.

Le décès des patients en raison d’infection opportuniste a été souligné et des mesures vont être prises afin de remédier à la situation. « L’île de la Réunion ne connaît pas ce problème, » selon le Dr Mohabeer, « contrairement à Maurice où une trentaine de patients connus sont décédé depuis le début de l’année.

Centre et unités de traitement

Tous les hôpitaux ont une unité de l’AIDS Unit pour le suivi des patients. Trois sessions sont disponibles à l’hôpital SSRNH de Pamplemousses, quatre à celui de Victoria et deux au Jawaharlal Nehru. Les hôpitaux de Mahebourg, Souillac et Yves Cantin offrent chacun une session. Le service est disponible tous les jours de 9h à 16h du lundi au vendredi et de 9h à midi, le samedi au National Day Care Centre for the Immuno-suppressed à Port-Louis.

Charge virale indétectable

La charge virale indétectable est la quantité de virus par millilitre de sang dans une personne. Quand une personne suit son traitement, cela peut prendre trois à six mois pour que le médicament antirétroviral agisse sur le virus et l’empêche de se multiplier. Une personne a une charge virale indétectable quand l’appareil qui va faire le test n’arrive pas à détecter le virus car le pourcentage est trop bas.

Mais le virus demeure présent car il n’y a pas encore de guérison pour le sida. Avoir une charge viral indétectable est une indication que le traitement est un succès selon le Dr Mohabeer. Pour en arriver là le patient doit suivre son traitement régulièrement, a fait ressortir le Dr Ponnoosamy. Une personne qui suit son traitement régulièrement peut mener une vie normale et vit bien plus longtemps, ont fait ressortir les médecins.

Prévalence de 0,8 %

La prévalence du VIH est de 0,8% à Maurice ce qui représente 8 200.
De janvier à juin de cette année, 32 nouveaux cas de VIH ont été enregistrés en moyenne
chaque mois. À noter que la Journée mondiale de lutte contre le sida est observée en ce 1er décembre avec pour thème « Connais ton statut » qui vise à inciter les différentes populations à aller vers le dépistage.

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