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RM Club de Grand-Baie – Jeremy Nobels : « Un club bien géré peut avoir un impact réel sur la cohésion d’une communauté »

Les attentes des pratiquants évoluent. Aujourd’hui, les clubs sportifs ne se limitent plus aux équipements et aux entraînements. Ils cherchent aussi à favoriser les rencontres, le bien-être et le sentiment d’appartenance. Jeremy Nobels, Member Success Manager du RM Club de Grand Baie, analyse cette transformation et les défis qu’elle soulève.

Originaire de Belgique et installé à Maurice depuis un an, Jeremy Nobels met à profit son expérience dans l’événementiel, l’hôtellerie et le sport pour réfléchir à l’évolution des attentes des membres des clubs sportifs.

Vous avez travaillé dans l’événementiel, l’hôtellerie et le sport. Quelles leçons de ces secteurs peuvent être appliquées à la gestion d’un club sportif aujourd’hui ?

La leçon la plus importante est que les gens ne viennent pas pour le produit, ils viennent pour l’expérience qu’on leur propose. J’ai géré sept restaurants en Belgique pendant près de vingt ans. Ce qui faisait revenir un client, ce n’était pas forcément la meilleure assiette de la ville, c’était l’ambiance, la reconnaissance, le sentiment d’être attendu. Un club sportif, c’est exactement pareil. Le tapis de course, le court de padel, la piscine, tout cela a certes son importance, mais l’essentiel est ailleurs.

Ce que le membre achète réellement, c’est un sentiment d’appartenance, une version améliorée de lui-même. L’événementiel m’a appris à penser en expériences, pas en prestations. Et l’hôtellerie m’a inculqué une obsession du détail et du service personnalisé. Lorsque l’on parvient à combiner tout ça dans un club sportif, on transforme un regroupement d’abonnés en véritable communauté.

Qu’est-ce qui vous a motivé à venir vous installer à Maurice ?

Honnêtement ? Un peu de folie, beaucoup de conviction, et une grande confiance en ma femme Marie, qui n’a pas hésité à dire oui à cette aventure. Après avoir vendu tout mon portefeuille belge suite à la pandémie de Covid (restaurants, traiteur, événementiel), j’avais envie de remettre les compteurs à zéro dans un endroit qui nous ressemble. Maurice s’est imposée naturellement : une île dynamique, multiculturelle, avec un vrai potentiel de développement. Et puis, franchement, troquer les hivers belges contre le lagon, ce n’était pas difficile. Même mes deux enfants ont voté pour !

Observez-vous une évolution dans les attentes des personnes qui fréquentent les clubs sportifs ?

Oui, et c’est fascinant à observer. Il y a quelques années, un bon club, c’était une salle propre avec des machines qui fonctionnent. Aujourd’hui, les membres arrivent avec des attentes dignes d’un hôtel cinq étoiles, et ils ont raison d’avoir ces attentes. Ils veulent de la flexibilité, de la digitalisation, des réponses rapides, et surtout du sens. Ils ne veulent pas juste transpirer, ils veulent que ça s’inscrive dans un projet de vie. La santé mentale, le bien-être, la communauté, tout ça a pris une place énorme depuis le Covid. Le rôle d’un club en 2026, c’est d’être un ancrage dans la vie des gens, pas un simple équipement qu’on utilise une fois par semaine par culpabilité.

Les membres recherchent-ils uniquement des infrastructures sportives ou également une expérience sociale ?

Les deux sont désormais indissociables. J’ai des membres qui viennent au club sans forcément faire de sport ce jour-là. Ils prennent un café, ils croisent des gens, ils se ressourcent. Ce n’est pas un problème, c’est une force. Ça veut dire que le club est devenu un tiers-lieu dans leur vie, entre la maison et le boulot. Au RM Club, on a une offre sportive très large : padel, tennis, squash, badminton, piscine, gym, mur d’escalade, kids club… Mais ce qui crée la fidélité de nos membres, c’est la chaleur humaine qui entoure tout ça. L’infrastructure ouvre la porte, l’expérience sociale fait rester.

Quels sont aujourd’hui les principaux critères qui poussent une personne à rester fidèle à un club ?

Trois choses. D’abord, la reconnaissance : être connu par son prénom, sentir que son absence se remarque. Ensuite, la progression : si un membre ne sent pas qu’il évolue, qu’il s’améliore, qu’il atteint quelque chose, il part. Et enfin, la communauté : les amitiés qui se créent, les tournois, les événements, tout ce qui fait que l’on s’approprie un club. Le tarif, contrairement à ce qu’on pourrait croire, arrive loin derrière. Un membre qui se sent chez lui ne cherche pas une offre moins chère ailleurs.

Dans quelle mesure le sport peut-il contribuer à améliorer la santé mentale et le bien-être social ?

Je peux témoigner de ça de façon très personnelle. En 2025, j’avais perdu 21 kilos en trois mois grâce au sport quotidien et à une hygiène de vie repensée. La différence sur le mental était spectaculaire : clarté, énergie, confiance. Le sport est le meilleur antidépresseur sans ordonnance qui existe. Socialement, c’est aussi un formidable égalisateur : sur un court de padel, le médecin et le comptable jouent ensemble, transpirent ensemble, rigolent ensemble. Ce genre d’interactions crée des liens que peu d’autres contextes permettent. C’est pour ça qu’un club bien géré peut avoir un impact réel sur la cohésion d’une communauté entière.

Comment un club peut-il encourager des personnes peu sportives à adopter un mode de vie plus actif ?

En arrêtant de leur faire peur. La gym avec des bodybuilders et des miroirs partout, les cours collectifs ultra-intensifs affichés en vitrine, tout ça intimide les débutants. La clé, c’est de créer des points d’entrée doux : un cours d’initiation padel sur une heure un dimanche matin, un défi marche entre membres, un atelier bien-être. On ne cherche pas à transformer quelqu’un du jour au lendemain, on cherche à lui donner une première expérience positive. Une fois que le premier sourire après l’effort est là, le reste suit naturellement. Et puis, il faut que le staff soit formé pour accueillir, pas pour impressionner.

Quel rôle jouent les événements et les activités communautaires dans la motivation des membres ?

Un rôle central. Un événement réussi peut ressouder une communauté en une soirée, créer des souvenirs qui font qu’on parle du club pendant des semaines. C’est quelque chose que je suis en train de reconstruire concrètement ici, avec un calendrier événementiel sur toute l’année qui ancre le club dans les fêtes locales, les saisons, les grandes occasions. Chaque moment devient un prétexte pour créer du lien. Sans ça, un club est juste une série d’équipements. Avec ça, c’est un endroit où des choses se passent, et où les gens ont envie d’être.

Comment percevez-vous la culture sportive mauricienne après une année passée dans le pays ?

Elle est en pleine mutation, et c’est vraiment excitant à observer. Il y a une vraie passion du sport ici : le rugby, le football sont dans l’ADN de l’île, l’athlétisme aussi. Cependant, la culture du club lifestyle, du sport loisir régulier, est encore un terrain à défricher. Les Mauriciens sont attachés au lien social avant tout, donc quand le sport se conjugue avec la convivialité, ça prend très vite. J’observe aussi une jeune génération très connectée, influencée par les tendances mondiales comme le padel, le crossfit, le wellness… Les jeunes veulent vivre ces expériences ici, sans avoir à prendre l’avion pour Paris ou Dubaï.

Voyez-vous des différences entre Maurice et l’Europe dans la manière dont les gens pratiquent le sport et les loisirs ?

En Europe, et je parle principalement de la Belgique que je connais bien, le sport est souvent une discipline solitaire ou très structurée, même si c’est en train de changer. On va courir seul, on s’abonne à une salle avec un objectif précis. À Maurice, le sport reste beaucoup plus collectif et spontané. On joue en famille, entre voisins, le dimanche après-midi. L’informel y a une vraie place. Ce que j’essaie de faire au RM Club, c’est de capturer ce meilleur des deux mondes : la qualité et la rigueur des standards européens, dans un esprit mauricien chaleureux et inclusif.

Quels sports observez-vous comme étant en forte progression à Maurice ?

Le padel, est sans le moindre doute la discipline qui explose le plus vite. Et pas seulement à Maurice, c’est une vague mondiale. C’est un sport facile à apprendre, très social et multigénérationnel. Il coche toutes les cases. Au-delà du padel, je vois une vraie montée en puissance du fitness fonctionnel, du yoga et du pilates, et plus globalement de tout ce qui touche au bien-être holistique. De nos jours, la santé est tout autant physique que mentale.

Quels sont les défis auxquels font face les clubs sportifs aujourd’hui pour attirer et retenir leurs membres ?

La concurrence s’intensifie, les attentes montent, et les budgets des ménages se scrutent de plus près. Dans ce contexte, la différenciation par la valeur ajoutée devient vitale. Ce n’est plus suffisant d’avoir de beaux équipements, il faut une promesse claire, une identité forte, et une exécution irréprochable au quotidien. Le défi interne concerne aussi la qualité des équipes : former des collaborateurs qui incarnent vraiment la culture du club, qui traitent chaque membre comme un invité VIP. C’est sur cela que je travaille en priorité, avec mes équipes de managers, de Member Success Coordinators et d’Officers.

Comment les clubs peuvent-ils contribuer à lutter contre la sédentarité ?

En allant chercher les gens là où ils sont, et non en attendant qu’ils franchissent la porte. Des partenariats avec les entreprises locales, des programmes pour les familles, des initiations dans les quartiers, tout ça crée des connexions qui, à terme, amène de nouveaux publics. Il faut aussi lever la barrière symbolique du « je ne suis pas sportif ». Un club inclusif est un club où tout le monde se sent légitime, à n’importe quel niveau. C’est finalement le même défi qu’avait la restauration il y a vingt ans avec la gastronomie : le grand challenge était de la rendre accessible sans la dénaturer.

Jeremy Nobels en deux mots

Originaire de Belgique, Jeremy Nobels est installé à Maurice depuis un an. Entrepreneur de longue date, il a évolué dans les secteurs de l’événementiel, de la restauration et du sport. Il a notamment créé une société d’événementiel sportif en Belgique avant de développer à Maurice une entreprise spécialisée dans l’organisation de séjours autour du padel. Passionné de sport, il pratique notamment le padel, le fitness, la course à pied, la natation et le golf. Il occupe aujourd’hui le poste de Member Success Manager au RM Club de Grand-Baie.

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