Coupe du monde et nuits écourtées : quand le manque de sommeil met l’organisme à rude épreuve

Entre les matchs qui débutent à minuit, à 2 heures ou encore plus tard dans la nuit, la Coupe du monde bouscule le sommeil de nombreux Mauriciens. Chez les seniors, ces nuits écourtées à répétition ne sont pas anodines. Cœur, tension artérielle, équilibre et vigilance peuvent en subir les conséquences.
Le ballon roule en Amérique du Nord, mais à Maurice, les supporters doivent souvent lutter contre le sommeil. En raison du décalage horaire, plusieurs rencontres de la Coupe du monde se jouent, pour le public mauricien, tard dans la soirée ou en pleine nuit. Alors que la compétition entre dans sa dernière ligne droite avant la finale du dimanche 19 juillet, la tentation est grande de multiplier les veillées devant l’écran.
Un match à minuit, un autre à 2 heures du matin, puis un réveil à l’heure habituelle : en quelques jours, la fatigue peut s’accumuler. Pour un jeune adulte, la récupération peut déjà être difficile. Pour une personne âgée, dont le sommeil est souvent plus léger et plus fragmenté, les conséquences peuvent être davantage ressenties.

Le sommeil n’est pas simplement une période pendant laquelle le corps « s’arrête ». Durant la nuit, l’organisme poursuit un important travail de régulation. « Le cerveau consolide certaines fonctions liées à la mémoire et aux apprentissages, tandis que plusieurs mécanismes hormonaux, métaboliques et cardiovasculaires suivent leur rythme naturel », explique le Dr Yanish Purmah, cardiologue. Les recommandations couramment retenues pour les adultes se situent généralement autour de sept à neuf heures de sommeil, même si les besoins peuvent varier d’une personne à l’autre.
Le cœur n’aime pas les nuits blanches à répétition
Le premier effet d’une nuit trop courte est bien connu : fatigue, somnolence, difficultés à se concentrer et irritabilité. Mais les conséquences du manque de sommeil ne s’arrêtent pas à la sensation d’être fatigué le lendemain.
Le sommeil joue aussi un rôle dans la santé cardiovasculaire. « Une durée de sommeil régulièrement insuffisante est associée à plusieurs problèmes de santé, notamment l’hypertension artérielle, les maladies cardiovasculaires et les accidents vasculaires cérébraux », fait ressortir le cardiologue tout en expliquant que le manque de sommeil peut également perturber la régulation du glucose et de l’appétit.
Pour les seniors qui vivent déjà avec une hypertension, un diabète ou une maladie cardiovasculaire, l’enjeu est donc de ne pas transformer quelques soirées de football en plusieurs semaines de privation chronique de sommeil. Une soirée exceptionnelle n’a évidemment pas les mêmes conséquences qu’un rythme désorganisé qui se prolonge nuit après nuit.
Le problème vient surtout de l’accumulation. Se coucher à 3 heures du matin et se lever à 7 heures ne signifie pas que l’organisme s’habituera automatiquement à quatre heures de sommeil. Lorsque les nuits écourtées se répètent, une dette de sommeil peut progressivement s’installer selon le médecin.
« Cette fatigue accumulée peut se traduire par une baisse de la vigilance, des difficultés de concentration, une irritabilité ou une somnolence pendant la journée », ajoute-t-il. Chez une personne âgée, il faut aussi tenir compte du risque de chute selon lui.
Chez les seniors, un sommeil déjà plus fragile
Avec l’âge, le sommeil évolue. Beaucoup de personnes âgées constatent qu’elles dorment moins, se réveillent plus tôt ou connaissent davantage de réveils nocturnes. Le sommeil peut devenir plus léger et plus fragmenté. Cela ne signifie pas que le besoin de sommeil disparaît.
C’est précisément pour cette raison qu’une nuit de football peut être plus difficile à compenser. Après un match terminé très tard, certaines personnes ne parviennent pas nécessairement à dormir jusqu’à la fin de la matinée. Leur horloge biologique les réveille à l’heure habituelle, même si elles se sont couchées plusieurs heures plus tard.
À cela peuvent s’ajouter certaines habitudes liées aux soirées de match. Un repas lourd pris tardivement, plusieurs tasses de café pour rester éveillé ou une longue exposition à la lumière des écrans peuvent rendre l’endormissement plus difficile une fois la rencontre terminée.
L’excitation du match joue également un rôle. « Après 90 minutes de suspense, voire des prolongations et une séance de tirs au but, il n’est pas toujours possible de passer immédiatement d’un état d’excitation à un sommeil profond. Le cerveau a besoin d’un temps de transition », estime le Dr Yanish Purmah.
Peut-on vraiment « récupérer » le sommeil perdu ?
C’est probablement la question que se posent de nombreux supporters : peut-on compenser une nuit très courte en dormant davantage le lendemain ? La réponse doit être nuancée selon le médecin. « Dormir davantage après une mauvaise nuit peut aider à réduire la somnolence et à retrouver une meilleure vigilance. Une courte sieste peut également être utile. Mais une sieste ou une longue grasse matinée ne reproduit pas nécessairement tous les bénéfices d’un sommeil nocturne régulier et suffisant », indique le cardiologue.
La meilleure stratégie reste donc d’éviter l’accumulation. Un senior qui souhaite regarder un match très tardif peut, par exemple, alléger son programme du lendemain et éviter d’enchaîner plusieurs nuits très courtes.
Une courte sieste en début d’après-midi peut apporter un regain de vigilance. Elle ne doit toutefois pas devenir trop longue ou être prise trop tard dans la journée, au risque de rendre l’endormissement plus difficile le soir suivant selon lui. Et pour une personne qui souffre régulièrement d’insomnie, il est préférable de demander conseil à un professionnel de santé avant de modifier fortement ses habitudes de sommeil.
Attention au café et aux repas tardifs
Pour tenir jusqu’au coup de sifflet final, le réflexe est souvent de multiplier les cafés. Mais la caféine peut rester active plusieurs heures dans l’organisme et retarder l’endormissement. Une personne qui prend du café au milieu de la nuit pour regarder un match peut ainsi se retrouver fatiguée, mais incapable de trouver rapidement le sommeil une fois la télévision éteinte.
Les repas très lourds pris tardivement peuvent également être inconfortables. Mieux vaut conserver des repas équilibrés et éviter de transformer chaque rencontre nocturne en soirée d’excès alimentaires. Après le match, une période calme peut faciliter le retour au sommeil : réduire la lumière, éviter de prolonger la soirée sur le téléphone ou la tablette et retrouver une chambre calme et confortable.
Les signaux à ne pas banaliser
Une mauvaise nuit occasionnelle peut arriver à tout le monde. En revanche, une fatigue qui persiste, des endormissements incontrôlables pendant la journée, des troubles importants de la concentration ou des difficultés de sommeil qui se prolongent doivent inciter à en parler à un professionnel de santé. Chez une personne souffrant d’une maladie cardiovasculaire, tout symptôme inhabituel ou préoccupant doit également être pris au sérieux et faire l’objet d’un avis médical rapide.




