Covid-19 : voici pourquoi les fumeurs sont plus à risque

D’après quelques études préliminaires prépubliées et les conséquences néfastes connues de la cigarette pour la santé, il semblerait que de fumer ou de vapoter augmenterait probablement le risque de développer une forme sévère de Covid-19. Faisons le point avec le Dr. Sha Ahmad Mouniir Durgahee. Ce dernier est un spécialiste en chirurgie thoracique, cardiovasculaire et pulmonaire à Wuhan.
« Les fumeurs sont une population à risque augmenté de développer des troubles respiratoires, car ils ont une fonction pulmonaire diminuée. L’exposition à la fumée de tabac est significativement associée au développement d’une pneumonie acquise chez les fumeurs actuels et les anciens fumeurs. De plus, les adultes de plus de 65 ans qui sont des fumeurs passifs courent également un risque plus élevé de pneumonie aiguë communautaire (PAC), » indique le Dr Sha Ahmad Mouniir Durgahee qui est aussi conférencier en chirurgie générale dans une université à Wuhan.

Il explique que comme le tabagisme altère la clairance mucociliaire, il provoque une augmentation de la production muqueuse et augmente aussi un nombre anormal de cils anormaux causant ainsi la réduction de la fréquence des battements ciliaires. Le professionnel de santé dira également que le tabagisme modifie les surfaces épithéliales buccales et entraîne une adhérence bactérienne accrue par rapport aux non-fumeurs. « Cette adhérence bactérienne peut entraîner une plus grande colonisation oropharyngée des bactéries, causant un plus grand risque de développer une pneumonie. Ainsi, puisque l’infection des voies respiratoires et des poumons est à risque, la probabilité augmente, » soutient le Dr Mouniir Durgahee.
En ce qu’il s’agit de l’immunosuppression et les inflammations causées par le fait d’inhaler de la fumée, le médecin dira que cela se produit uniquement en cas de surexposition à la fumée de cigarette. « Le tabagisme déclenche une réponse immunologique aux lésions vasculaires qui est associée à des niveaux accrus de marqueurs inflammatoires. Tels que la protéine C réactive et le nombre de globules blancs. Des marqueurs tels que la protéine C réactive sont également de plus en plus impliqués dans la pathogenèse d’autres maladies comme la pneumonie, » explique le médecin.
Il fait ressortir que les effets de la fumée de tabac sur le système respiratoire comprennent des irritations de la trachée et du larynx (boîte vocale), la diminution de la fonction pulmonaire, l’essoufflement en raison de l’enflure et le rétrécissement des voies respiratoires pulmonaires. De plus, elle cause également un excès de mucus dans les voies pulmonaires ainsi qu’une altération de la clairance pulmonaire entraînant une accumulation de substances toxiques. « D’ailleurs, c’est ce qui entraîne une irritation causant des dommages aux poumons. Il y a aussi un risque accru d’infection pulmonaire avec des symptômes tels que la toux et une respiration sifflante ainsi que des dommages permanents aux sacs aériens des poumons, » renchérit le Dr Mouniir Durgahee.
Cela tout en rappelant que les effets de la fumée de tabac sur le système immunitaire sont aussi très dangereux, car ils peuvent inclure une plus grande sensibilité aux infections telles que la pneumonie et la grippe ou encore des maladies plus graves et de plus longue durée. « La fumée du tabac provoque aussi des niveaux inférieurs d’antioxydants protecteurs comme la vitamine C dans le sang. C’est pourquoi nous disons que les fumeurs ont tendance à contracter plus de maladies parce qu’ils ont un système immunitaire plus faible qu’une personne normale, » soutient le Dr Durgahee.
OMS : Les doigts et éventuellement les cigarettes contaminées augmentent la possibilité de transmission du virus

Les fumeurs sont susceptibles d’être plus vulnérables au Covid-19, car le fait de fumer signifie que les doigts et éventuellement les cigarettes contaminées sont en contact avec les lèvres, ce qui augmente la possibilité de transmission du virus de la main à la bouche. Les fumeurs peuvent également déjà avoir une maladie pulmonaire ou une capacité pulmonaire réduite, ce qui augmenterait considérablement le risque de maladie grave.
Certains produits à fumer impliquent souvent le partage d’embouchures et de tuyaux, ce qui pourrait faciliter la transmission du Covid-19 dans les milieux communaux et sociaux. Les conditions qui augmentent les besoins en oxygène ou réduisent la capacité du corps à l’utiliser correctement, exposeront ainsi les patients à un risque plus élevé de maladies pulmonaires graves telles que la pneumonie. C’est ce qu’indique l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Chine : les non-fumeurs moins à risque
« Il n’y a pas beaucoup de données à ce stade sur le Covid-19 chez les fumeurs, mais nous savons d’après les rapports de la Chine, les fumeurs semblent être surreprésentés dans les groupes de personnes qui ont un Covid-19 sévère ou critique, » soutient le médecin. Une étude publiée dans le New England Journal of Medicine en février dernier et qui concernait 1 099 patients en Chine atteints de Covid-19, a démontré que sur 173 patients présentant des symptômes graves, 16,9 % étaient des fumeurs actuels et 5,2 % avaient déjà fumé. « Parmi les patients présentant des symptômes moins graves, 11,8 % étaient des fumeurs actuels et 1,3 % d’anciens fumeurs, » dit-il.
Quid du choc cytokinique ?
« Des études d’une importance cruciale émergeant de Chine suggèrent que pour de nombreux patients décédés de Covid-19, c’est peut-être leur propre système immunitaire, plutôt que le virus lui-même, qui inflige le coup fatal. C’est ce qu’on appelle une tempête de cytokines, durant laquelle une réponse immunitaire excessive ravage les tissus pulmonaires sains, tout en entraînant une détresse respiratoire aiguë ainsi qu’une défaillance multi-organes, » soutient le Dr Durgahee. Ce dernier indique que si le syndrome de la tempête des cytokines est non- traité, il est généralement mortel.
En ce qu’il s’agit des autres infections respiratoires liées au tabagisme, le médecin cite pour exemple une infection des voies respiratoires supérieures, une pneumonie, un emphysème, une bronchite chronique et un cancer du poumon, entre autres. Un fumeur est-il plus vulnérable à la grippe ? À cette question, le médecin explique que les fumeurs tombent plus souvent malades parce que la fumée paralyse les minuscules structures ressemblant à des cheveux dans les poumons, appelés les cils, qui balaient autrement les impuretés et les bactéries dans les poumons. « Les fumeurs sont ainsi plus susceptibles d’avoir des symptômes plus sévères en ce qui concerne une infection par une grippe virale. Ainsi ils ont moins d’endurance et sont plus sujets à d’autres maladies respiratoires, car le monoxyde de carbone remplace l’oxygène dans le sang » dit-il.

Il est conseillé d’arrêter de fumer dans cette période psychologiquement difficile
« Oui ! Absolument. Nous devrions plutôt nous concentrer sur la façon de renforcer notre système immunitaire, » soutient le Dr Durgahee. Ce dernier rappelle qu’en cette période il faut être plus fort au niveau du système immunitaire pour combattre le coronavirus en cas d’exposition. « Nous avons à ce jour 81 cas confirmés et 2 décès, ce qui est une situation assez alarmante pour notre petit pays qui ne fait que 2000 km2 et ne compte que 1,3 million d’habitants, » dit-il. Le docteur conseille de prendre au sérieux les précautions, spécialement si une personne vit avec une autre qui est à risque. Parmi, les personnes âgées ou celles souffrant d’hypertension, de diabète, de maladies cardiaques et de cancer qui ont toutes un système immunitaire affaibli. « La meilleure façon de lutter contre ce virus est de vous confiner à l’intérieur et de renforcer votre système immunitaire, car il est un mur qui vous protège des maladies, » conclut-il.




