Confinement : quels effets sur les enfants ?

Ce sentiment d’être isolé de tout n’est pas une expérience facile pour les milliers d’enfants qui se retrouvent actuellement en confinement total lié à la pandémie du Covid-19 à Maurice. Quid de l’impact psychologique ? Faisons le point avec la psychologue Dr. Anjali Bungaleea.

Les parents doivent communiquer de façon thérapeutique avec leurs enfants pour les aider à vivre positivement le confinement total. Lorsqu’ils comprennent le risque de contamination au Covid-19, ils seront contents d’être à la maison et d’être entourés par leur famille. Au cas contraire, si la situation leur semble incompréhensible, cela risque d’entrainer sur eux des conséquences psychologiques de longue durée, indique la psychologue Dr Anjali Bungaleea.
« Anxieux et irrités face au stress psychosomatique, de nombreux parents auront tendance à manifester des colères injustifiables ou utiliseront un langage verbal abusif sur leurs enfants. Ces derniers apprennent beaucoup en observant les adultes. Donc, il est essentiel que les adultes se rappellent du rôle qu’ils jouent dans la vie de leurs enfants, » soutient la psychologue.
Celle-ci ajoute que pour éviter les crises de panique chez l’enfant, il faudra que les adultes travaillent sur eux-mêmes en cette période de confinement total. « Si besoin est, ils peuvent avoir recours à des psychothérapeutes en ligne, car de rester bloqué chez soi n’est pas facile ni pour les enfants ni pour les adultes, » indique Dr Anjali Bungaleea.
L’effort pour le réconfort
En ce qu’il s’agit de l’impact psychologique du confinement sur un enfant, elle dira que d’avoir des enfants constamment dans les pattes peut être insupportable pour les parents, surtout s’ils sont habitués à avoir une vie multitâche et qu’ils passent très peu de temps en famille, mais encore pour ceux qui ont des troubles psychiatriques.
« Comme ces parents n’arrivent pas à établir le lien parental avec leurs enfants, ceux-ci cherchent à rester seuls dans leur monde. C’est ainsi qu’ils se replient davantage sur eux. Ces parents doivent absolument faire un effort pour comprendre et se connecter avec leurs enfants durant le confinement, » soutient la professionnelle de santé. Celle-ci cite pour exemple le cas d’un père célibataire.
« En travaillant à la maison, s’il n’arrive pas à gérer ses enfants, il les enverra vivre chez leurs grands-parents en cette période de confinement dans le but d’éviter de les abuser verbalement et émotionnellement ou encore de manifester des colères injustifiables, » explique Dr Anjali Bungaleea. Les parents qui n’arrivent pas à avoir une connexion avec leurs enfants vont inconsciemment contribuer négativement au confinement à la maison.
Par contre, ceux qui privilégient un lien-école maison durant le confinement, pourront eux, favorablement recréer un environnement convivial pour aider leurs enfants à identifier et à analyser leurs capacités académiques et psychologiques pour qu’ils s’en sortent avec plus de confiance en soi, dit-elle.
Liens familiaux
Incontestablement vu la situation, le lien avec la famille revêt de toute importance pour un enfant. En passant plus de temps avec leurs enfants, les parents pourront remplir le vide ancré à l’intérieur d’eux et les aider à mieux connaitre l’un et l’autre. De plus, en se rapprochant davantage, cela peut les aider tous à reconstruire un bon lien familial pendant et après le confinement, indique Dr Anjali Bungaleea.
Au cas contraire, si les parents sont en permanence en conflit, cela peut développer un stress aigu sur les enfants. Ces derniers risquent ainsi d’être le punching-ball de leurs parents. Ces derniers vont exposer leurs colères et frustrations liées au confinement sur leurs enfants. De plus, si les parents ne sont pas en bon terme, leurs problèmes conjugaux impacteront de façon négative sur le confinement de leur enfant.
Dr Anjali Bungaleea suggère aux parents d’identifier les changements de comportements de leurs enfants en adressant leurs craintes sans pour autant ignorer les signes comme une humeur changeante, manque de patience, comportement argumentatif et triste à la fois pour être seuls ou être entourés plus que d’habitude.
Lâchez du lest !
Selon Anjali Bungaleea, il est conseillé dans ces cas-là d’accorder plus d’autonomie à l’enfant afin de pouvoir mieux le comprendre et de l’aider à traverser cette phase de confinement de façon positive.
« Donner de l’autonomie veut dire de ne pas imposer ses idées sur l’enfant, mais lui donner l’occasion d’exprimer sa crainte à l’égard de ce qui se passe autour de lui et dans sa tête. Il faut aussi que les parents fassent ressentir à leurs enfants qu’ils sont protégés. Dites-lui, par exemple, de faire un exposé sur le confinement ou de s’organiser et d’être responsable de ses tâches quotidiennes à la maison, » poursuit la psychologue.
Bien qu’il soit difficile pour eux de comprendre l’évolution de cette pandémie mondiale, le confinement peut aussi être une période stressante pour les enfants dépendants de leur âge, leur tempérament et l’étape de leur développement, mais encore si l’enfant est exposé à des personnes qui sont positives au Covid-19.
« L’accès facile aux médias sociaux contenant des images et des vidéos d’angoisses mondiales peuvent impacter très négativement sur l’enfant et créer des perturbations en ce qu’il s’agit de sa sécurité et de sa frayeur d’être infecté à tout moment.
En effet, un enfant peut craindre de perdre un membre de sa famille. Pour éviter cela, les parents doivent dialoguer en permanence avec leur enfant tout en leur donnant des explications et en répondant à ses questions. Il est aussi conseillé aux parents d’avoir recours à des psychothérapeutes pour des interventions thérapeutiques par téléphone ou par vidéoconférence, » soutient Anjali Bungaleea. Elle ajoute comme le confinement est un moment d’incertitude, l’enfant cherchera de l’assurance, rien de plus.
« Il faut aussi noter que c’est beaucoup plus difficile pour les enfants qui sont avec les parents qui se droguent et qui vivent dans la précarité, car ils n’ont pas l’habitude de rester à la maison avec leurs parents. Ces derniers doivent donc faire un grand effort pour la reconstitution de la famille. Ainsi le confinement aura un impact positif sur les enfants, » soutient la psychologue.
Parents, écoutez vos enfants
Bien que les enfants puissent prétendre qu’il ne se sentent pas concernés par le confinement, il est fortement conseillé aux parents d’en parler avec eux pour dissiper leurs craintes. Anjali Bungaleea suggère aux parents de mettre l’emphase sur l’importance du confinement et aussi de profiter de ce moment pour consacrer du temps à leurs enfants, notamment en étant à leur écoute et en les engageant dans des jeux de détente ou en leur racontant des histoires, entre autres. Cela peut se faire aussi en aidant l’enfant à faire ses devoirs afin qu’il puisse garder une stabilité mentale.
« Les parents qui sont tout le temps au boulot doivent profiter du confinement pour rattraper le temps perdu avec leurs enfants. Ils peuvent aussi rassurer l’enfant tout en restant calmes et en donnant de bons exemples pour gérer ses anxiétés durant le confinement, » indique Anjali Bungaleea. Celle-ci dira que l’anxiété d’un enfant durant le confinement doit être prise au sérieux par les parents.
« Quand l’enfant voit et entend des détails horribles à la radio, à la télévision ou sur Internet, il ne comprend pas la totalité de la situation. Ainsi il risque de créer sa propre perception des choses. C’est pourquoi je conseille aux parents de limiter leurs temps d’écran et de passer plus de temps en famille, mais encore de privilégier le Home-School pour aider à l’apprentissage scolaire de leurs enfants.
Le confinement n’est pas éternel, mais l’impact sur la psychologie de l’enfant et sur soi restera pour une longue durée, donc privilégiez l’écoute et une bonne entente familiale, » conclut-elle.




