Santé féminine – Naela Jhuboo : « La physiothérapie peut transformer la vie des femmes »

Douleurs menstruelles, endométriose, syndrome des ovaires polykystiques ou inconfort après l’accouchement… Ces réalités touchent de nombreuses femmes. Pourtant, la physiothérapie reste encore peu connue comme solution. L’émission Allô Docteur a permis de mieux comprendre son rôle dans la prise en charge de ces troubles avec Naela Jhuboo, physiothérapeute.

Longtemps associée uniquement aux blessures musculaires ou à la rééducation après un accident, la physiothérapie s’impose aujourd’hui comme une discipline à part entière dans la santé féminine. Dès le début de l’émission, elle a souligné que la physiothérapie restait encore sous-estimée dans ce domaine. « Beaucoup de femmes ne savent pas qu’elles peuvent consulter pour ces problèmes », a-t-elle indiqué et selon elle, cette discipline ne se limite pas au traitement des blessures, mais intervient dans la gestion de douleurs chroniques, hormonales ou liées à des changements physiologiques.
La physiothérapeute a expliqué que les femmes traversent différentes phases de vie où des troubles peuvent apparaître. « Une femme peut bénéficier de la physiothérapie à chaque étape de sa vie, de l’adolescence à la ménopause », a-t-elle précisé tout en ajoutant que cette approche permet d’accompagner des problématiques variées, allant des douleurs menstruelles aux troubles liés à la grossesse ou au post-partum.
Cependant, elle a reconnu que cette prise en charge reste encore peu connue. « Il n’y a pas assez d’awareness autour de la physiothérapie dans la santé féminine », a-t-elle souligné. Et pour elle, il est essentiel d’encourager les femmes à consulter, même en l’absence de douleur importante, afin de prévenir certaines complications.
Douleurs menstruelles : une réalité trop souvent banalisée
Les règles douloureuses constituent l’un des motifs de consultation les plus fréquents, mais aussi les plus négligés. Naela Jhuboo a insisté sur un point essentiel : « Les règles très douloureuses ne sont pas normales », a-t-elle affirmé en expliquant que de nombreuses femmes apprennent à tolérer ces douleurs sans chercher de solution, alors que des approches non médicamenteuses existent.
La physiothérapie propose notamment des techniques de respiration et des exercices spécifiques. « Nous travaillons avec des techniques de respiration pour réduire la sensibilité à la douleur », a-t-elle indiqué. Parmi ces techniques, la respiration diaphragmatique permet de détendre le système nerveux et de diminuer les tensions musculaires. « Cela augmente l’oxygénation et réduit la douleur », a-t-elle précisé. Elle a également souligné que le stress joue un rôle important dans l’intensité des douleurs. « Le stress peut aggraver la douleur chronique », a-t-elle expliqué.
PCOS : une prise en charge adaptée aux symptômes
Le syndrome des ovaires polykystiques (PCOS) est une autre pathologie fréquente abordée lors de l’émission. La physiothérapeute a expliqué qu’il n’existe pas de traitement unique, mais une prise en charge adaptée à chaque patiente. « Chaque cas est différent et nous travaillons en fonction des symptômes », a-t-elle indiqué.
L’activité physique encadrée joue un rôle clé dans la gestion de cette condition. « Beaucoup de patientes sont sédentaires et présentent une inflammation élevée », a-t-elle précisé. Des exercices ciblés permettent de réguler les symptômes hormonaux, d’améliorer la circulation et de réduire l’inflammation.
Elle a également mis en garde contre les exercices trop intenses. « Un entraînement à haute intensité peut augmenter le cortisol et aggraver la situation », a-t-elle expliqué et de recommander plutôt des activités douces comme le yoga, le stretching ou même la marche.
Endométriose : un accompagnement sur le long terme
L’endométriose, souvent associée à des douleurs chroniques importantes, a également été abordée. Naela Jhuboo a expliqué que la physiothérapie ne guérit pas la maladie, mais peut améliorer significativement la qualité de vie. « Nous travaillons sur les zones douloureuses, notamment le bassin, l’abdomen et les hanches », a-t-elle indiqué.
Elle a précisé que les résultats nécessitent du temps. « Ce n’est pas un traitement rapide, mais les améliorations sont durables », a-t-elle souligné et selon elle, certains patients voient même leurs douleurs disparaître complètement, tandis que d’autres apprennent à mieux gérer leurs symptômes.
Le rôle clé du plancher pelvien
Un autre aspect essentiel de la physiothérapie féminine concerne le plancher pelvien. Ces muscles, souvent méconnus, jouent un rôle fondamental dans le maintien des organes, la continence et la santé globale. « Il n’y a pas assez d’éducation sur le plancher pelvien, alors que c’est extrêmement important », a expliqué la physiothérapeute.
Un affaiblissement de ces muscles peut entraîner des problèmes d’incontinence ou même un prolapsus, c’est-à-dire une descente des organes. Elle a souligné que ces problèmes peuvent être prévenus grâce à des exercices adaptés. « La prévention est essentielle », a-t-elle insisté.
La physiothérapie joue également un rôle important pendant la grossesse et après l’accouchement. Naela Jhuboo a expliqué que les femmes enceintes peuvent bénéficier d’un programme complet de préparation. « Nous préparons les patientes mentalement et physiquement à la grossesse », a-t-elle indiqué et de préciser que les changements hormonaux et physiques peuvent entraîner des douleurs et une instabilité articulaire.
Des exercices spécifiques permettent de renforcer le corps et de prévenir certaines complications. Après l’accouchement, la rééducation est tout aussi importante. « Il est recommandé de commencer la rééducation du plancher pelvien quelques semaines après l’accouchement », a-t-elle fait comprendre.
Douleur chronique : une approche multidisciplinaire
La physiothérapeute a également insisté sur le fait que la douleur chronique est multifactorielle. « La douleur chronique implique plusieurs facteurs, notamment physiques et psychologiques », a-t-elle indiqué.
Dans certains cas, une collaboration avec d’autres professionnels, comme des psychologues, peut être nécessaire. Elle a également mis en garde contre l’automédication. « Il ne faut pas masquer la douleur avec des médicaments sans en chercher la cause », a-t-elle averti.
Prévention : un message essentiel
Naela Jhuboo a insisté sur l’importance de la prévention. « Il vaut mieux prévenir que guérir », a-t-elle rappelé. Elle a encouragé les femmes à ne pas banaliser leurs douleurs et à consulter dès les premiers signes. « Une femme est un pilier dans la famille. Si elle ne va pas bien, tout l’équilibre est affecté », a-t-elle conclu.




