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Le nombre de cas de VIH en hausse depuis 2014

Le nombre de nouveaux cas de VIH est en hausse à Maurice, après une baisse significative en 2013, où il était passé à 260, comparé à 921 en 2005. Mais depuis, une courbe ascendante semble de nouveau se dessiner, selon les derniers chiffres disponibles au ministère de la Santé.

Selon les derniers chiffres du ministère de la Santé, 368 nouveaux cas de VIH ont été enregistrés en 2017. Cela alors que ce nombre était de 319 en 2016 et de 262 en 2015. Si les Organisations non-gouvernementales (ONG) imputent cette hausse aux mesures prises en 2015 concernant le programme de méthadone et d’échange de seringues, le ministre de la Santé, Anwar Husnoo, préfère relativiser.

Pour lui, le propre des statistiques, est d’indiquer des courbes en dents de scie. Il n’a pas voulu commenter les décisions prises par l’ancien titulaire à la Santé, Anil Gayan. Sollicité, ce dernier, qui occupe actuellement le portefeuille du Tourisme, a, lui, préféré botter en touche. Son attachée de presse nous a répondu que, puisqu’il n’était plus à la Santé, il n’avait pas de commentaire à faire.

En effet, les mesures prises par Anil Gayan en 2015 n’avaient pas fait l’unanimité chez les ONG. Cette hausse de nouveaux cas de VIH était prévisible, selon les travailleurs sociaux. Le Collectif Urgence Toxida (CUT) avait tiré la sonnette d’alarme dès 2015 quand le programme de méthadone et d’échange de seringues avait été remis en question par Anil Gayan.

Les raisons derrière cette hausse de nouveaux cas de VIH seraient le nombre restreint de seringues dont disposent les ONG engagées dans le programme de Réduction des risques (RdR) et la distribution de méthadone comme produit de substitution qui se fait dans la cour des postes de police. Ce qui a eu pour conséquence de décourager certains bénéficiaires, selon Kunal Naik, chargé de plaidoyer et de communication chez CUT.

De son côté, le directeur exécutif de Pils, Nicolas Ritter, explique que depuis l’introduction du programme de RdR en 2006, il y a eu une baisse de nouveaux cas du VIH dans la communauté de toxicomanes. « Aujourd’hui, ces chiffres sont un signe d’échec et viennent nous rappeler une fois de plus que la lutte contre le sida et les hépatites virales est une lutte politique », déplore-t-il.

Il ajoute que les changements drastiques apportés par l’ancien ministre de la Santé ont compromis un programme qui n’était peut-être pas parfait mais qui portait ses fruits. « Cette hausse est le résultat de mauvaises décisions en matière de politique de santé et démontre une fois de plus que les décisions devraient être prises sur des évidences scientifiques et non sur des idéologies », souligne-t-il. Nicolas Ritter ajoute qu’il faut à tout prix renverser la situation.

Selon lui, le ministre Anwar Husnoo a eu le bon sens de réintroduire le programme de substitution à la méthadone. « Mais ce n’est pas suffisant. Il nous faut aujourd’hui revoir la distribution de ce traitement », estime-t-il. Pour le directeur exécutif de Pils, la distribution de la méthadone devant les postes de police n’a aucun sens.

« En matière de programmes d’échange de seringues, nous pouvons faire bien mieux. Je suis affligé par cette situation », martèle-t-il. Nicolas Ritter déplore également que le Drugs and HIV Council, annoncé par le premier ministre en début d’année se fait toujours attendre.

D’après les chiffres du ministère de la Santé, le taux annuel des tests positifs au VIH, réalisés au laboratoire de virologie de Candos, est passé de 0,31 % en 2013 à 0,46 % en 2017. Une source proche du dossier nous apprend que cette tendance à la hausse a commencé à se dessiner durant les trois premiers mois de cette année. Selon notre interlocuteur, cette hausse ne s’explique pas uniquement par l’augmentation du nombre de tests de dépistage effectués. La hausse est bien réelle, indique-t-il.


Brigitte Michel : « Il y a un relâchement sur le terrain »

Brigitte Michel, coordinatrice de l’ONG Ailes, soutient qu’il y a un relâchement de la part de certaines institutions qui sont moins présentes sur le terrain pour mener, comme il se doit, les campagnes de prévention. Ajouté à cela, il y a le problème de drogue synthétique qui est en train de décimer notre jeunesse.

« Plusieurs jeunes fumeurs de drogues sont devenus des usagers de drogues par voie intraveineuse avec le risque qui existe lors du partage de seringues », explique-t-elle. Elle constate aussi une féminisation de la drogue qui se consomme souvent en couple.

« Si l’un des conjoints est séropositif, le risque que l’autre soit contaminé est énorme », souligne Brigitte Michel. Pour elle, 25 à 30 nouvelles infections par mois est énorme.

Ragini Rungen : « Des campagnes de prévention dans les écoles primaires »

Ragini Rungen, de Lacaz A, estime que la décision du ministre Anil Gayan a certes eu un effet boomerang, mais qu’il y a d’autres raisons qui peuvent expliquer cette recrudescence du VIH/sida. « Il faut miser davantage sur les programmes de prévention. Une personne informée prendra plus de précaution. »

Pour elle, la hausse observée depuis ces trois dernières années aurait pu être évitée. Ragini Rungen est d’avis que les jeunes devraient avoir accès aux formations en valeurs humaines, dès l’école primaire. « Les jeunes d’aujourd’hui sont précoces en comparaison à ceux d’autrefois », constate-t-elle.

D’où son insistance pour que les campagnes de prévention contre le VIH/sida ne se fasse pas uniquement dans les collèges, mais aussi dans les établissements scolaires du primaire.

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