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Maurice parmi les pays avec le taux de césarienne le plus élevé

Le nombre de césarienne ne cesse de croître à Maurice. En 10 ans, il est passé de 39,1 % à 50,7 %, selon les chiffres officiels. Ce qui est considérable, selon le Dr Laurent Musango, représentant de l’Organisation mondiale de la santé à Maurice.

Le monde connaît une « épidémie de césarienne », indique l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Mais, Maurice semble battre le record au niveau du pourcentage de césariennes pratiquées sur le nombre de naissances par voie basse (accouchement normal). Selon les chiffres de l’Annual Health Statistics Report 2017, il faut compter une hausse de 47,9 % dans les hôpitaux publics et de 57,9 % dans les cliniques privées.

Soit 50,7 % de naissances par césarienne à Maurice, l’année dernière. Ce qui place le pays parmi ceux ayant le taux de césarienne le plus élevé. Une récente enquête du British Medical Journal, coordonnée par l’OMS, indique que les césariennes sont peu pratiquées dans les pays de l’Afrique subsaharienne tels que le Tchad (1,5 % des naissances), le Burkina Faso (2,1 %), la République du Congo (5,5 %), contrairement à l’Égypte (55,5 %), l’Argentine (43,1 %). Le taux idéal de l’OMS est de 10 à 15 %.

Aucune étude

Qu’est-ce qui explique le taux aussi élevé de césarienne à Maurice ? À cette question, chacun y va de son exégèse mais aucune étude n’a été effectuée. Les commentaires se sont surtout basés sur les observations et témoignages des patientes. Selon le Dr Arvind Pulton, consultant en gynécologie à l’hôpital SSRN Pamplemousses, dans un pays où on bat les records concernant la prévalence du diabète et de l’hypertension, avec des patientes qui ne suivent pas de traitement prénatal comme il le faut, il est tout à fait normal de noter une hausse dans le nombre des césariennes.

« Un gynécologue-obstétricien ne se complique pas la vie à pratiquer une césarienne si la femme peut accoucher par voie basse », dit-il. Il affirme que ce serait par nécessité que les césariennes sont pratiquées à Maurice. Cela d’autant plus que de nombreuses patientes accouchent au-delà de 35 ans.

Un autre gynécologue, qui exerce dans le privé, soutien, pour sa part, que certains pratiquent une césarienne car elle est plus simple et moins risquée. Cela dans le but d’éviter un procès si les choses se passent mal lors d’un accouchement par voie basse. « Avec l’avancée de la médecine dans ce domaine, la pratique d’une césarienne est simple et le tout ne dure qu’une heure environ », explique-t-il. Notre interlocuteur souligne, néanmoins, que opération césarienne doit être justifiée.

Souffrance fœtale

Parmi les raisons médicales évoquées par le médecin pour pratiquer une césarienne, on retrouve la souffrance fœtale aiguë où les battements du cœur du bébé ralentissent à chaque contraction, le col de la maman qui n’est pas assez dilaté pour permettre le passage du bébé ou alors si la poche d’eau a rompu car le liquide méconium, très épais, risque d’étouffer l’enfant. Une césarienne est aussi recommandée si la maman est à bout de souffle durant l’accouchement par voie basse et ne peut donc plus pousser étant à bout de force.

Le Dr Laurent Musango, représentant de l’OMS à Maurice, abonde dans le même sens. « Une opération césarienne peut être pratiquée quand l’accouchement présente des complications et que le vie de la maman ou de l’enfant est en danger », explique-t-il. Il ajoute que certaines femmes refusent un accouchement normal qui peut s’avérer très douloureux et préfèrent donc une césarienne. Selon lui, certains médecins n’ont pas la patience d’attendre les étapes menant aux contractions pour que les patientes soient prêtes à accoucher.

« Les médecins doivent respecter les indications et non pas brûler les étapes. Une césarienne doit être faite uniquement quand il est nécessaire », dit-il. Le Dr Musango souligne qu’il est important que les femmes acceptent les douleurs des contractions et reconnaissent le privilège de pouvoir accoucher par voie basse.

C’est aussi l’avis de Claire Israël du Centre des sages-femmes : « De nombreuses femmes ignorent les réelles implications d’une césarienne et font confiance à leur médecin traitant ». Pour elle, il y a beaucoup d’avantages à accoucher par voie normale, notamment le lien mère-enfant est plus fort, surtout quand le bébé est posé sur le sein de sa mère. Claire Israël se dit inquiète du nombre important de césariennes pratiquées à Maurice. « C’est encore moins bien pour le bébé », poursuit-elle.

Une césarienne comme toute intervention chirurgicale comporte des risques à ne pas négliger, affirment nos interlocuteurs.

 

Année         Nombre de césarienne
                   Service public                Service privé   Total        Pourcentage
2007           5071                                1384                  6455        39,1
2008           4984                                1527                  6511        40,4
2009           4919                                1552                  6471        41,6
2010           4633                                1636                  6269        43,0
2011           4399                                1745                  6144        43,9
2012           4367                                1633                  6000        43,8
2013           4110                                1685                  5795        45,3
2014           4324                                1950                  6274        49,2
2015           4125                                1795                  5920        49,3
2016           3970                                2085                  6055        48,7
2017           4309                                2113                  6422        50,7

*Source: Annual Health Statistics Report 2017

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