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Accouchement : l’âge, les MNT et les MST ont une incidence sur le taux élevé de césarienne

Une césarienne est pratiquée uniquement en dernier recours lorsqu’il y a des complications lors de l’accouchement par voie basse. C’est ce qu’a affirmé le Dr (Mme) Himla Bhoma, gynécologue-obstétricienne, à l’hôpital Dr A. G. Jeetoo. Elle participait à l’émission Allô docteur de Radio Plus aux côtés de l’invitée, Rozie Alcide, sage-femme à la clinique du Bon Pasteur.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer l’accroissement du nombre de césarienne à Maurice, énonce le Dr Himla Bhoma, gynécologue-obstétricienne, à l’hôpital Dr A. G. Jeetoo. Dont parmi, l’accouchement des femmes au-delà de 35 ans ou encore celui des jeunes filles en dessous de 15 ans qui ne sont pas prêtes physiologiquement et anatomiquement à enfanter. « Leur bassin n’est pas suffisamment large pour qu’elles puissent accoucher normalement », précise la doctoresse.

Dans de nombreux cas de grossesses précoces, les patientes ne suivent pas de traitements anténatals, a fait ressortir la spécialiste. De ce fait, les médecins se retrouvent subitement avec un cas d’accouchement à traiter et doivent prendre des décisions rapides pour assurer la survie du bébé et de la maman.

« Avec 1 453 accouchements par voie basse sur les 1 674 naissances à l’hôpital Dr. A.G. Jeetoo, nous affichons que 15 % de taux de césarienne. Ce qui rejoint le taux acceptable de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) », a-t-elle souligné. Et en compilant les chiffres dans les hôpitaux du service public et les cliniques du privé, le taux de Maurice était de 50,7 % en 2017.

Selon Rozie Alcide, sage-femme à la clinique du Bon Pasteur, l’accouchement par voie basse est plus simple tant pour la maman et le bébé que pour le personnel médical et paramédical. Elle a ainsi affirmé qu’une césarienne est pratiquée qu’en cas de nécessité. Exemple : quand le bébé est mal positionné et se présente mal pour l’accouchement ou quand la santé et la vie de la maman ou de l’enfant est en danger.

Cependant, il y a des choses qu’on ne peut négocier, précise-t-elle. « Exemple : élargir le bassin d’une femme pour permettre le passage du bébé. Ou compresser la tête du bébé afin qu’il puisse passer plus facilement dans un petit bassin », a fait ressortir la sage-femme.

Les deux intervenantes de l’émission Allô docteur sont unanimes. La population doit être mieux informée des implications entourant la pratique d’une césarienne qui n’est pas sans risques. Outre le facteur de l’âge, précise le Dr Bhoma, il y a des femmes qui souffrent de maladies non transmissibles telles que le diabète et l’hypertension.

« Quand ces dernières enfantent, on tente de leur donner le maximum de chance pour accoucher par voie basse. Nous gardons néanmoins une carte en main, c’est-à-dire, nous ne pouvons pas les pousser à l’extrême pour accoucher par voie normale. Car, cela peut causer des effets négatifs sur le bébé ou la maman », a-t-elle expliqué.

Le taux élevé de césarienne peut aussi s’expliquer par le problème de VIH auquel nous faisons face. « Les derniers rapports sur la santé disent qu’il est possible qu’une personne vivant avec le VIH (PVVIH) accouche par voie normale. Mais, il faut pour cela bien suivre son traitement prénatal. Tous les paramètres doivent être bons pour pouvoir y arriver », a expliqué le Dr Bhoma. Selon cette dernière, les médecins ont la responsabilité de veiller à ce que le VIH ne soit pas transmis au bébé au moment de l’accouchement.

Comme déjà évoqué dans les colonnes du Défi Quotidien, il y a à Maurice une hausse de la syphilis qui est une maladie sexuellement transmissible. « Quand nous devons gérer tous ces problèmes, nous n’avons pas le temps de penser que les statistiques concernant la césarienne vont augmenter. Notre priorité, c’est de veiller sur la santé et la sécurité tant de la maman que du bébé », a souligné la gynécologue.

Bref, les facteurs de l’âge (accouchement à moins de 15 ans et plus de 35 ans), les maladies non transmissibles (diabète et hypertension) et les maladies sexuellement transmissibles (VIH et syphilis) sont parmi les facteurs qui influent sur la hausse au niveau du taux de césarienne à Maurice, conclut le Dr Bhoma.

Session de formation

Il est important de se préparer à l’accouchement, a fait ressortir Rozie Alcide. Cela ne concerne pas que la maman mais également le papa qui a pour mission de soutenir sa conjointe tout au long de la grossesse et au moment de l’accouchement.

Si les cliniques privées autorisent la présence du père au moment de l’accouchement, ce projet est aussi en gestation dans le service public. Pour l’heure, la structure des hôpitaux ne permet pas la présence des papas lors de l’accouchement. Car, plusieurs naissances peuvent avoir lieu en même temps dans le service public.

Lors des sessions de formation proposées par la clinique Bon Pasteur, les futures mamans sont encouragées à vivre les joies de l’enfantement par voie basse mais elles sont aussi préparées pour un accouchement par césarienne. Sont pris en considération les trois « P » : le passager, le passage et la puissance des contractions, a expliqué Rozie Alcide.

« Lors d’un accouchement normal, il est faux de dire que l’enfant descend comme dans un robinet. Il y a une combinaison de travail qui se passe à l’intérieur et qui est hors du contrôle des professionnels de santé. Les sages-femmes ne sont là que pour accompagner, surveiller et assurer que tout se déroule bien. Elles interviennent quand il faut », a-t-elle souligné.

Certaines complications

Il n’est pas recommandé de pratiquer une césarienne à un intervalle de moins de deux ans. Si une femme a attendu deux ans pour tomber à nouveau enceinte, elle a moins de risque d’avoir des complications au moment de l’accouchement. Car, sa plaie sera cicatrisée à 80 %. Mais, si la femme tombe enceinte dans un délai d’un an, la cicatrisation de sa plaie n’est que de 50 à 70 %.

C’est une plaie fragile. La grossesse peut durer jusqu’à 37 semaines avec une surveillance stricte afin d’accorder suffisamment de marge à la maman pour accoucher par voie basse. En cas d’anomalies, une césarienne est pratiquée. Ce qui est la meilleure option pour le bébé, surtout si l’utérus s’est ouvert de lui-même.

Parmi les problèmes qui peuvent survenir lors d’une césarienne trop rapprochée : des douleurs dès les 28 semaines de grossesse, plus d’admissions à l’hôpital et des intestins et vessie collés.

Les implications d’une césarienne

De nombreuses femmes ne réalisent pas les implications d’un accouchement par césarienne. Elles considèrent que c’est comme l’accouchement par voie basse. « Quand on ouvre le ventre d’une patiente lors d’une césarienne, il y a un risque d’infection énorme. L’intestin, la vessie, les vaisseaux sont assez gros. Il y a des risques pour le bébé également », a expliqué le Dr Bhoma. Dans certains cas, le bébé peut être tellement près de l’utérus qu’il peut subir une petite coupure au niveau de l’oreille ou la tête pendant l’intervention. Ce n’est pas intentionnel mais le risque est là.

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