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Apnée du sommeil : une maladie aussi dangereuse que méconnue…

L’apnée du sommeil est une maladie dangereuse qui fait des victimes chaque année. Dans la plupart des cas, la plupart des personnes atteintes ne savent pas qu’elles le sont. Les malades et leurs familles déplorent le manque d’information et de sensibilisation sur cette condition. En parler peut aider à sauver des vies…

Le vendredi 6 avril est un jour qui restera à jamais gravé dans la mémoire de la famille Verloppe. Kersley, père de famille, reçoit un appel. On l’informe que son épouse, Fabiola, admise aux soins intensifs depuis quelques jours, est décédée.

Il n’en revient pas. Le matin même, il est allé la voir. Elle avait l’air bien et les médecins prévoyaient même d’enlever ses tubes pour qu’elle puisse respirer normalement. Malheureusement, elle n’a pas survécu. Fabiola avait 40 ans.

Elle avait deux fils et elle était maman d’accueil de six autres petits garçons. Sur son certificat de décès, on peut lire : « Cause of death : Septic Shock due to Obstructive Sleep Apnea, Heart Failure ». Kersley Verloppe ne cesse de se dire que s’il en avait su davantage, il aurait pu sauver sa femme.

« Je ne connais pas cette maladie et il en est de même pour mon entourage, confie-t-il. Pourtant ma femme avait de nombreux symptômes provenant de ses problèmes de santé mais on ne soupçonnait pas qu’elle risquait d’en mourir. Sinon, j’aurais tout fait pour la sauver. »

Rossun M., habitante de Vallée-Pitot et âgée de 50 ans, estime que les autorités ne prennent pas au sérieux le danger que représente l’apnée du sommeil. Elle affirme s’être battue des années avec le National Solidarity Fund et la Sécurité Sociale pour qu’on reconnaisse cette maladie ainsi que les dangers qui y sont liés. Elle a aussi écrit au Premier ministre et aux autorités concernées pour faire entendre sa voix.

Rossun vit le martyre depuis que cette maladie lui a été diagnostiquée. « Ce n’était pas facile pour les médecins de confirmer leur diagnostic car ils sont nombreux à ne pas connaître cette maladie », explique cette ex-enseignante du secondaire. Depuis, sa vie a basculé.

« Je ne pouvais vivre normalement car j’avais peur de m’endormir et de ne jamais me réveiller. On ne peut pas vivre continuellement avec cette frayeur. Mis à part les conséquences physiques, cela nous affecte beaucoup moralement. »

Cette maladie a tout chamboulé. Elle a dû arrêter de travailler et restreindre ses mouvements de peur de s’endormir n’importe où. Après des années de lutte, elle a pu obtenir un appareil mais elle se bat encore pour que l’apnée du sommeil soit reconnue comme une maladie.

Son vœu le plus cher, c’est de venir en aide aux personnes qui souffrent comme elle de cette situation. Son souhait le plus cher, c’est de créer une association pour ces malades. En attendant, bon nombre en souffrent mais ils ne le savent même pas.


Les explications du Dr Nolwenn Davy, pneumologue

La cause

Une personne qui souffre d’apnée du sommeil ressent un manque d’oxygène quand elle dort le soir. Elle doit se réveiller plusieurs fois au milieu de la nuit pour mieux respirer car elle subit des arrêts involontaires de la respiration à répétition. Cela est causé par une souplesse prononcée de ses voies aériennes qui se referment la nuit. Par contre, elle peut aussi être causée par l’hypertension artérielle, le diabète et un problème de poids chez certains obèses.

Les symptômes et conséquences

Mis à part les ronflements et le surpoids, des troubles de mémoires, l’insuffisance rénale et une fatigue continue peuvent être des signes de cette maladie.
Les personnes qui en souffrent sont généralement fatiguées depuis très tôt le matin, montrent souvent des signes d’irritabilité et peuvent aussi souffrir d’une baisse de la libido. Tout cela est causé par un manque de sommeil.

Ainsi cela a un impact sur la vie quotidienne des personnes qui en souffrent car le manque de sommeil provoque une grande instabilité chez chacun.

Autres conséquences

Les malades peuvent souffrir de problèmes cardiaques, d’une difficulté à contrôler son diabète et de profondes dépressions. Ils risquent aussi des accidents cérébraux.

Le traitement

Le traitement le plus connu est l’utilisation d’une machine à pression positive continue. Celle-ci est principalement utilisée quand la personne dort. Cet appareil aide à transmettre de l’air sous pression dans les voies aériennes supérieures pour éviter qu’elle ne se renferment pendant le sommeil. Résultat : la personne ne souffre pas d’apnées et de ronflements. Il est disponible à Maurice et il doit être prescrit par un pneumologue.
Cependant, de nombreux malades se plaignent de son coût. Ils espèrent que les autorités vont bientôt reconnaître l’importance de ces appareils pour les personnes qui souffrent de l’apnée du sommeil.

L’importance du diagnostic

Afin de se protéger, il est important de faire un diagnostic le plus tôt possible, explique la pneumologue, Dr Nolwenn Davy. « Cela se fait avec un enregistrement polygraphie ventilateur. Il consiste en l’enregistrement des paramètres de la respiration pendant le sommeil qui se fait pendant la nuit. »

Un pneumologue peut, par la suite, analyser les résultats de cet examen et déterminer le traitement adéquat. Il pourra aussi déterminer si vous souffrez d’apnée sévère ou pas et du type d’apnée (obstructive, mixte ou centrale).

À savoir qu’elle touche particulièrement les personnes en surpoids et les personnes âgées. Cependant, on conseille aux personnes qui ronflent de manière disproportionnée de faire un examen.


Témoignages

Rebecca H. : « Mon mari n’a pas une vie normale »

Le mari de Rebecca est atteint d’apnée du sommeil. Elle explique que ce n’est pas facile pour ceux qui en souffrent de mener une vie normale. « Dès le début, il m’avait fait part de sa maladie car il craignait que je ne m’enfuis en voyant que cela lui arrive de dormir n’importe où à n’importe quel moment de la journée ou à cause de ses ronflements, confie-t-elle. C’est vrai que s’il ne m’avait pas prévenue, cela m’aurait effrayée. La première fois que je me suis retournée et que je l’ai vu à côté de moi dormant avec un appareil, cela m’a surpris. Le plus effrayant, c’est quand il ne porte pas cet appareil car je n’arrive pas à dormir près de lui. Soit il ronfle tellement fort que je ne peux fermer l’œil ou alors, je me réveille plusieurs fois pendant la nuit de peur qu’il ne manque d’air. Ce n’est vraiment pas facile pour lui et il en souffre. On essaie de le soutenir comme on peut même si nous avons nous aussi des appréhensions. Je me fais cependant un devoir d’en apprendre plus pour mieux le soutenir. »

Ahsley J., 28 ans : « Je refuse de vivre avec une machine »

Cela fait maintenant quatre ans que le diagnostic a confirmé qu’Ashley est atteint de l’apnée du sommeil. Il a toujours du mal à l’accepter. « Je suis allé voir deux spécialistes et ils m’ont tous les deux affirmé que je devais me brancher à un appareil pour une meilleure respiration. Je refuse de vivre avec une machine. C’est frustrant et cela fait peur. Je m’endors parfois au volant de ma voiture. Quand je sens que j’ai sommeil, je dois me garer et dormir au moins 30 minutes. Auparavant je pensais que c’était la fatigue car je fais beaucoup de sport mais je ne m’attendais pas à cela. »

Sauf que désormais il ne peut plus faire de sport. « Je me sens continuellement fatigué, à bout de souffle et le soir encore plus car je n’arrive pas à bien dormir. Je suis constamment agité. Je me réveille plusieurs fois pendant la nuit avec l’impression que quelqu’un est en train de m’étranger et je manque d’air. Quand je me réveille le matin, je suis exténué, comme si j’ai fait de la lutte pendant mon sommeil et j’ai très mal à la tête. »

Ashley espère trouver un remède qui ne l’obligera pas à utiliser cet appareil. En attendant, ces journées sont un vrai cauchemar car il n’arrive plus à les terminer sans se sentir mal.

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