Tabac, cigarette électronique et vapotage : pourquoi les jeunes sont-ils devenus une cible ?
Malgré les campagnes de sensibilisation et les restrictions en vigueur, le tabagisme continue de représenter un défi de santé publique à Maurice. Plus inquiétant encore, les cigarettes électroniques et les dispositifs de vapotage séduisent de plus en plus les jeunes. Dans l’émission Allô Docteur, le Dr Krishna Beedassy a expliqué les risques associés à ces produits et les moyens de prévenir l’addiction à la nicotine.
À l’occasion de la Journée mondiale sans tabac, célébrée le 31 mai, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a choisi cette année de mettre l’accent sur les stratégies marketing utilisées par l’industrie du tabac et de la nicotine pour attirer les adolescents. D’ailleurs, selon les données du Non-Communicable Disease Survey de 2021, environ 18,1 % des Mauriciens sont fumeurs, contre 19,3 % en 2015. Une légère baisse a donc été observée au fil des années. Toutefois, le Dr Krishna Beedassy a souligné que certains indicateurs demeurent préoccupants, notamment chez les jeunes.
« Le Global Youth Tobacco Survey 2016 a montré qu’environ 18 % des élèves avaient fumé leur première cigarette avant l’âge de 13 ans », a indiqué le Dr Krishna Beedassy. Il a ajouté que certains cas de consommation avaient même été observés dès l’âge de sept ans dans des environnements où le tabagisme est banalisé. L’un des principaux messages de l’émission concernait les cigarettes électroniques et les dispositifs de vapotage. Selon le médecin, ces produits sont souvent présentés comme une alternative moins dangereuse au tabac classique, mais cette perception est trompeuse. « L’un des grands mythes est de croire que la cigarette électronique est moins nocive que la cigarette traditionnelle », a expliqué le Dr Krishna Beedassy.
Le spécialiste a souligné que les cigarettes électroniques contiennent également de la nicotine, la substance responsable de la dépendance. Il a précisé que certains liquides utilisés dans le vapotage renferment aussi des composés potentiellement toxiques. « On peut y retrouver des substances comme le formaldéhyde, le benzène ou l’acétone, qui sont nocives pour la santé », a-t-il indiqué. Pour le médecin, le principal problème réside dans la manière dont ces produits sont présentés aux consommateurs. « Ces dispositifs sont colorés, attrayants, disponibles dans différentes formes et saveurs. Tout cela vise clairement les jeunes », a-t-il expliqué. Selon lui, les parfums de fraise, de chocolat, de mangue ou encore les emballages inspirés des produits destinés aux enfants renforcent leur attractivité auprès des adolescents.
Une dépendance qui s’installe rapidement
Le Dr Krishna Beedassy a expliqué que la nicotine agit très rapidement sur le cerveau. « En moins de sept secondes après une bouffée, la nicotine atteint le cerveau », a indiqué le médecin. Cette substance stimule la libération de dopamine, souvent appelée « hormone du plaisir ». « Le jeune se sent détendu, satisfait et relaxé. C’est le premier pas vers l’addiction », a-t-il expliqué. Le spécialiste a souligné que les adolescents sont particulièrement vulnérables, leur cerveau étant encore en développement.
« Un jeune a tendance à devenir dépendant beaucoup plus rapidement qu’un adulte », a-t-il précisé tout en évoquant l’influence du groupe social. « Beaucoup de jeunes ont besoin d’un sentiment d’appartenance. Ils peuvent commencer à fumer pour être acceptés dans un groupe », a expliqué le médecin. Cette pression sociale, combinée à la curiosité et à l’accessibilité des produits, favorise l’initiation précoce au tabac ou au vapotage.
Le tabac est souvent associé au cancer du poumon, mais ses effets sont beaucoup plus vastes. Le Dr Krishna Beedassy a rappelé que le tabagisme est lié à plusieurs cancers. « Les cancers du poumon, de la gorge, du larynx, du col de l’utérus ou encore certains cancers du sang sont associés à la consommation de tabac », a-t-il indiqué. Chez les femmes, les conséquences peuvent également affecter la fertilité et la grossesse.
« Le tabagisme peut entraîner des troubles de l’ovulation, des difficultés à concevoir, ainsi qu’un risque accru de complications pendant la grossesse », a expliqué le médecin. Il a ajouté que l’exposition au tabac pendant la grossesse pouvait favoriser les fausses couches, les saignements, les malformations chez le fœtus ou encore un faible poids à la naissance.
L’émission a également permis d’aborder le tabagisme passif. « Une personne n’a pas besoin de fumer pour être exposée aux substances toxiques », a rappelé le Dr Krishna Beedassy. Le médecin a expliqué qu’il existe aujourd’hui trois formes d’exposition : le tabagisme actif, le tabagisme passif et ce que les spécialistes appellent le « third-hand smoking ». « Les particules de fumée restent sur les vêtements, les meubles, les rideaux et les surfaces. Même une personne qui arrive plus tard dans une pièce peut y être exposée », a-t-il indiqué. Les enfants figurent parmi les populations les plus vulnérables à cette exposition.
Arrêter de fumer : des bénéfices rapides
L’un des messages les plus encourageants que souhaite transmettre le médecin concerne les effets positifs de l’arrêt du tabac. « La guérison commence dès les premières 24 heures après l’arrêt », a souligné le médecin. Selon lui, plusieurs améliorations apparaissent progressivement. Après quelques mois, la respiration devient plus facile. Après plusieurs années, les risques cardiovasculaires diminuent considérablement. « Quinze ans après l’arrêt, le risque peut devenir proche de celui d’une personne qui n’a jamais fumé », a expliqué le Dr Krishna Beedassy. Il a toutefois insisté sur le fait que la motivation reste un élément essentiel pour réussir un sevrage durable.
Un accompagnement gratuit à Maurice
Le ministère de la Santé propose actuellement un accompagnement aux personnes souhaitant arrêter de fumer. « Nous disposons aujourd’hui de 16 Tobacco Cessation Clinics à travers le pays, y compris à Rodrigues », a indiqué le spécialiste. Ces structures offrent un suivi personnalisé, des conseils, des traitements de substitution nicotinique et un accompagnement sur plusieurs semaines. Le Dr Krishna Beedassy a également rappelé l’existence de la ligne téléphonique 821, destinée à fournir des informations aux personnes souhaitant entreprendre une démarche d’arrêt du tabac.




