Incontinence urinaire : cette pathologie n’est pas l’apanage de la vieillesse

Définie par l’International Continence Society (ICS) comme toute fuite ou perte involontaire d’urine dont se plaint la patiente en opposition à la miction qui est une perte volontaire et contrôlée, l’incontinence urinaire (IU) est une pathologie fonctionnelle.
Suivant des études épidémiologiques, l’incontinence urinaire a une incidence de 10 à 20 % dans la population féminine, tous âges confondus, atteignant 45 % après 75 ans. L’IU n’est donc pas l’apanage de la vieillesse indique le Dr Diogenes Pillay, urologue à la Clinique Darné & Wellkin Hospital. Voici ses explications sur les formes, les examens et les traitements cliniques de l’incontinence urinaire.

« L’incontinence urinaire constitue un véritable enjeu en matière de santé publique par l’altération de la qualité de vie sociale, professionnelle, physique, sexuelle et le coût des recours aux soins. Les dépenses individuelles en protections et absorbants varient par mois en termes d’argent selon la sévérité de l’incontinence », indique l’urologue Dr Diogenes Pillay. Ce dernier explique dans un premier temps que certains facteurs bien connus prédisposent à l’IU. Ce sont : l’âge, le traumatisme obstétrical, les antécédents de chirurgie pelvienne et l’obésité, le tabac, la toux chronique, la constipation, le diabète, les médicaments diurétiques-psychotropes, le sport à haute sollicitation périnéale comme la trampoline et l’aérobic, entre autres.
« L’IU s’explique par deux mécanismes. Le premier est l’hyper mobilité cervico urétrale induite par l’insuffisance musculaire du périnée et le défaut de soutènement sous cervico urétrale », indique le professionnel de santé.
Il y a trois grandes formes cliniques de l’incontinence urinaire :
- L’incontinence urinaire d’effort (IUE) caractérisé par des fuites non précédées de sensation de besoins survenant à l’occasion d’un effort d’intensité variable comme la toux, la marche et le soulèvement de charge.
- L’insuffisance sphinctérienne responsable d’une IUE majeure lors des efforts minimes.
- L’incontinence par urgenturie (IUU) lorsque les fuites sont précédées d’une sensation de besoin impérieux et irrépressible déclenché par une contraction involontaire non inhibé du détrusor. Elles sont provoquées par réflexe au contact de l’eau, le froid, le stress et peuvent aussi survenir au repos et pendant le sommeil. On parle alors d’instabilité vésicale ou d’hyper activité vésicale.
L’incontinence urinaire mixte (IUM) qui est l’association de l’IUE et l’IUU avec une prédominance clinique, le plus souvent d’une des deux formes. « L’IUM est plus fréquente chez la femme âgée relevant d’une étiologie multifactorielle comme le vieillissement vésical et le prolapsus associé », explique-t-il.
À distinguer
Il convient de distinguer l’IU par regorgement lié à une rétention urinaire chronique secondaire à une obstruction cervico urétrale d’origine organique ou fonctionnelle par dyssynergie vésico sphinctérienne neurologique avec les fausses IU. Ici, l’urologue parle d’énurésie nocturne chez l’enfant, les fistules urétro vésico vaginales, la pollakiurie de sécurité ainsi que l’incontinence fonctionnelle induite par les troubles cognitifs psychiatriques et par réduction de mobilité.
Diagnostic
Par rapport au diagnostic, Dr Diogenes Pillay indique que l’interrogatoire du patient est primordial, car il confirme d’emblée le diagnostic positif « je perds mes urines… », mais encore, il précisera les antécédents et les traitements en cours. À savoir le type d’IU (Effort, Urgenturie, Mixte), la sévérité par le nombre de protections utilisées, le handicap ressenti par la restriction des activités et les autres troubles ano-rectaux et génitaux associés. « Les questionnaires aident à évaluer au mieux le type d’IU (Urinary Symptom Profile) et l’altération de la qualité de vie (Contilife – Ditrovie) », explique l’urologue. Il ajoute qu’un catalogue mictionnel consigné sur deux jours apporte aussi des renseignements pertinents et doit être considéré comme le « premier examen complémentaire » dans le bilan des IU.
Traitements
Au niveau des traitements, Dr Diogenes Pillay soutient que l’IU est avant tout une pathologie fonctionnelle. Les options thérapeutiques sont multiples et hiérarchisées en termes d’innocuité et de risque selon la gravité de l’IU. « Des informations claires assureront le consentement et l’adhésion du patient au programme proposé », fait-il ressortir. En ce qu’il s’agit des principes généraux, il conseille l’éviction des facteurs de risques, le traitement d’une pathologie organique aggravant comme la cystite, les lithiases et le diabète, l’abstention et le recours aux protections en cas de fuites occasionnelles non handicapantes si inéligibilité à aucune autre possibilité thérapeutique ainsi que l’hormonothérapie œstrogénique en application locale en cas d’atrophie vaginale. « Les recommandations des prescriptions sont empiriques. En effet, aucune étude n’a pu démontrer réellement son efficacité », soutient-il. Cependant, l’urologue précise que l’incontinence urinaire de la femme n’est pas une fatalité, car les possibilités thérapeutiques sont multiples. « L’interrogatoire et l’examen clinique sont les prérequis pour cibler les explorations complémentaires et définir la stratégie adaptée à chaque situation. La prévention demeure encore, le meilleur des traitements à offrir à nos patientes », conclut le Dr Diogenes Pillay.
Quid de l’examen clinique ?
Il est réalisé avec la vessie semi-pleine en position gynécologique pour :
- Objectiver la fuite à l’effort de toux et/ou par poussée abdominale.
- Constater l’hyper mobilité cervico urétrale.
- Pratiquer les tests prédictifs de soutènement du col vésical pour une éventuelle correction chirurgicale.
- Recherche d’un prolapsus qu’il faudra parfois réduire pour « démasquer » une IU occulte.
- Évaluer la qualité du plancher périnéale un « testing » musculaire.
- Effectuer les touchers pelviens à la recherche d’une masse anormale.
- Examiner la sensibilité périnéale et les réflexes cutanés – ostéo tendineux si une anomalie neurologique est suspectée.
Qu’en est-il des explorations complémentaires ?
Trois examens seulement s’imposent :
1) ECBU (Examen cytobactériologique des urines)
2) Estimation du résidu post mictionnel par échographie ou sondage.
3) L’exploration urodynamique qui est un examen non invasif destiné à comprendre le fonctionnement vésico sphinctérien à l’aide des capteurs de pression sur des sondes fines, Ch. 8-10, qui sont placées dans le conduit urétro vésicale. Cet examen est certes très utile et discriminant dans le bilan des IU, mais l’interprétation des résultats est sujet à caution et doit être impérativement corroboré avec les données cliniques, indique Dr Diogenes Pillay.
Autres examens optionnels
- Échographie abdominale – pelvis : pour rechercher une lésion compressive sur la vessie.
- Échographie endocavitaire – introïtale pour étudier la jonction urétro-vésicale et les structures péries urétrales en regard du sphincter striée.
- Cystographie rétrograde et mictionnelle pour voir la lumière de la jonction urétro-vésicale lors de la miction et en retenue.
- L’IRM est contributive en cas de prolapsus associé ou récidivé après chirurgie. L’IRM a supplanté la colpo cysto défécographie dans ces situations.
- Cystoscopie en cas d’hématurie et suspicion de tumeur.
- Explorations électros physiologiques avec électromyographie analytique et étude de latence de conduction nerveuse si neuropathie sous-jacente.




