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[Covid-19] Professeur Wang : « Le vaccin seul ne suffira pas pour se débarrasser du virus »

Professeur au Duke-NUS Medical School à Singapour, Wang Linfa s’occupe du programme initié sur les maladies infectieuses émergentes à la Duke-NUS Medical School à Singapour. Il contribue aux travaux scientifiques sur les coronavirus, notamment la Covid-19. Ses récentes contributions à la recherche comprennent la mise au point de tests sérologiques pour la détection des anticorps neutralisants dus au virus SARS-CoV2. Son équipe travaille également sur le développement de nouveaux vaccins et de nouvelles thérapies pour la Covid-19.

Professeur Wang Linfa.
Professeur Wang Linfa.

Votre équipe a mis au point le kit cPASS pour détecter si une personne possède des anticorps qui neutralisent le virus. De quoi s’agit-il et comment fonctionne-t-il ?

Le cPass est un kit qui détecte si une personne possède des anticorps qui neutralisent le coronavirus. Il est devenu le premier de son genre à recevoir l’autorisation de la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis début novembre. Ce kit est différent des autres tests sérologiques du fait que les autres ne détectent que la présence d’anticorps de liaison (binding antibodies), qui se lient à un virus, mais ne diminuent pas nécessairement sa capacité à infecter et à détruire des cellules. Avec le cPass, les anticorps neutralisants sont détectés et c’est ce qui empêche le coronavirus d’infecter les cellules d’un patient.

Ainsi, ce kit peut être utilisé pour vérifier si les vaccins sont efficaces et aussi pour contrôler quelle proportion de la population a déjà été infectée. Il aide aussi au « contact tracing », en permettant aux autorités sanitaires de retracer les étapes du virus. De plus, le cPass ne nécessite pas non plus d’équipement hautement spécialisé ou de formation pour être utilisé, et renvoie les résultats en une heure seulement.

Une partie de votre travail porte sur les infections de surface. Que pensez-vous des revêtements antimicrobiens de longue durée qui ont été largement utilisés à Singapour ?

Pour combattre et prévenir les maladies infectieuses, on ne peut pas compter sur une seule technologie. Et le vaccin seul ne suffira pas pour se débarrasser du virus. Ainsi, même avec le vaccin, il y aura certaines personnes qui ne seront pas protégées.

Vous pouvez toujours porter un masque, vous laver les mains, mais avec le progrès technologique, nous avons une sorte de revêtement antimicrobien pour protéger durablement les surfaces. Bien sûr, c’est une partie de l’équation. Mais là encore, aucune technologie ne résoudra le problème à elle seule, nous devons vraiment les employer toutes et aussi éduquer nos citoyens à être plus prudents.

À Maurice, nos frontières sont fermées depuis le mois de mars et les mesures sanitaires imposées semblent avoir été relativement efficaces. Du point de vue scientifique, comment expliquez-vous cela ?

Avant qu’un vaccin ne soit disponible, le confinement et la quarantaine restent les mesures les plus efficaces. Et puis, bien sûr, c’est un équilibre entre la santé publique et l’économie. Mais je dis toujours que les moyens déployés à court terme peuvent apporter des résultats positifs sur le long terme. Je pense donc que le confinement dans votre pays a été efficace et certainement utile. D’ailleurs, en attendant d’avoir un vaccin, c’est le moyen le plus efficace de contenir l’épidémie.

Vous avez également mis en garde contre un autre coronavirus qui frapperait les humains d’ici une décennie. Pouvez-vous nous en dire plus ?

virus

Pendant l’épidémie de MERS (Middle East Respiratory Syndrome) en 2013, j’ai prédit qu’il y aura un autre virus mortel sur les chauves-souris et qui peut passer à l’humain. En général, quand votre prédiction s’avère être vraie, vous devriez être heureux, mais dans ma profession, en tant que scientifique, si elle est vraie, cela signifie que des gens vont mourir.

C’est une sorte d’épée à double tranchant, mais quand même, scientifiquement, je pense que nous savons qu’il y a tellement de virus qui sont naturellement présents chez les chauves-souris et d’autres animaux et qu’avec nos pratiques de l’agriculture, nos voyages internationaux, nos échanges d’animaux sauvages augmentent le risque de contamination entre les espèces.

Il est donc presque certain qu’à moins que la communauté mondiale ne modifie son comportement humain, ce n’est qu’une question de temps. Il y aura des événements comme celui-ci, tous les dix ans. Mais je dois dire que même pour les scientifiques comme moi, nous ne pourrons jamais prédire une telle ampleur de l’épidémie.

Comment mieux se préparer à une prochaine épidémie ?

Ce n’est jamais très simple. Les scientifiques comme moi peuvent prévenir et alerter, mais il est tout aussi important de changer notre façon de penser. Lorsque la Covid-19 a commencé à Wuhan, la plupart des gens, des pays, dits  les plus civilisés, ne se sont pas inquiétés. Ils se sont dit : c’est un problème chinois, il ne viendra pas à nous.

Nous avons perdu cette chance de pouvoir contenir le virus dès les premières semaines. Si tout le monde avait fait comme la ville de Wuhan en se confinant, si nous avions synchronisé nos actions et avons fait comme l’île Maurice en se confinant en même temps dans le monde, alors on aurait pu contenir le virus.

Maintenant, une dizaine de mois après, si on pouvait revenir en janvier, la plupart des pays auraient accepté de se confiner pour un mois, peu importe l’impact économique. Cela a été une leçon pour de nombreux pays. Pour moi, ce n’est pas une leçon scientifique, mais bien politique.

À court et moyen terme, comment les choses vont-elles évoluer dans le monde avec ce virus selon vous ?

Dans de nombreux pays, l’approche de première ligne doit rester le confinement, la quarantaine, la distanciation sociale et les gestes barrières. Parce que même si le Royaume-Uni a commencé à vacciner, ce n’est qu’une minorité de moins de 10 ou 5 % de la population. Même si vous pouvez vacciner toute la population, ou au moins 80 % de la population d’ici la fin de l’année, je ne pense pas que ce soit possible, très probablement, ce sera pour le deuxième trimestre de l’année prochaine.

Donc dans les prochains mois, surtout avec l’hiver qui arrive dans certains pays, nous ne devons pas baisser la garde. Au contraire, on doit augmenter notre vigilance et renforcer nos mesures de confinement, parce que le vaccin ne nous sauvera pas dans les prochains mois.

Ensuite, au-delà du renforcement des mesures sanitaires, la deuxième chose à faire est la vaccination de masse, d’un plus grand nombre de personnes possibles à travers le monde et pas seulement que dans quelques pays. Ce n’est qu’au milieu de l’année prochaine que les scientifiques comme moi pourront avoir une meilleure idée de l’efficacité du vaccin.

Et si d’ici là nous pensons qu’avec l’immunité collective, nous devrions avoir au moins 60 à 70 % de la population mondiale protégée, ce qui signifie qu’on va moins infecter ou transmettre le virus. Alors, nous pourrons parler d’ouverture des frontières et recommencer à voyager, entre autres.

Le Professeur Wang en deux mots

Le professeur Wang
Le professeur Wang

Le professeur Wang est titulaire d’un doctorat de l’université de Californie, Davis USA, et d’une licence de l’East China Normal University à Shanghai, en Chine. Il est un expert dans le domaine des maladies zoonotiques, de l’immunologie des chauves-souris et de la découverte des agents pathogènes. Ses premières recherches ont été menées au Monash Centre for Molecular Biology and Medicine.

Son travail a été reconnu par divers prix internationaux, de nombreux discours lors des conférences internationales et plus de 400 articles scientifiques, dont de nombreuses publications scientifiques notamment dans Science, Nature, Nature Reviews in Microbiology, Lancet et les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), ainsi que cinq brevets.

Il a reçu de nombreuses récompenses telles que le prix Eureka 2014 pour la recherche en maladies infectieuses. En 2010, le professeur Wang a été élu membre de l’Australian Academy of Technological Sciences and Engineering en reconnaissance de son expertise dans le domaine des maladies nouvelles et émergentes. Il est également actif au niveau international en siégeant à divers comités de rédaction pour la publication dans les domaines de la virologie, de la microbiologie et des maladies infectieuses. Il est actuellement le rédacteur en chef de la revue Virology Journal.

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