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Pourquoi avoir recours à un psychologue ou un life coach est toujours tabou ? 

« Je me fais suivre par un psychologue (ou un life coach). » C’est une phrase qui fait souvent hausser les sourcils. Bon nombre n’osent même pas le dire. Effectivement, ils ont souvent peur du qu’en-dira-t-on, d’être jugés ou tout simplement d’être qualifiés de fous. Ce tabou s’entend même au sein de la famille trop consciente de son image au sein de la société. Particulièrement dans une société comme la nôtre, où parler de ses problèmes à un(e) professionnel(le) n’est pas inscrit dans la culture mauricienne.

À Maurice, on n’en discute pas assez. La preuve : sur la toile, on ne trouve que des statistiques étrangères. Cependant, le sujet demeure tabou même à l’étranger, qui est en avance par rapport à nous. Selon son rapport rédigé en 2001, la World Health Organization démontrait que plus de 40 % des pays n’avaient pas de politique consacrée à la santé mentale, 30 % n’avaient pas de programmes dédiés à la santé mentale et 25 % ne possédaient pas de législation par rapport à la santé mentale.

Quant à la World Health Foundation, elle indique que 450 millions de personnes souffriraient d’un mal-être mental à travers le monde et neuf sur dix personnes confieraient que la stigmatisation et la discrimination liées à la santé mentale ont eu un effet négatif sur leur vie. Malgré la disponibilité des services de traitements et la possibilité de traitements, jusqu’à 75 % des Américains et Européens ne font pas de suivi. Une étude, conduite en 2014 par des chercheurs de l’Institute of Psychiatry (IoP), au King’s College de Londres, comportait 144 rapports qui rassemblaient 90 000 participants à travers le globe. L’étude démontrait que la raison principale pour laquelle les gens n’ont pas recours aux suivis professionnels est la stigmatisation mentale liée à la santé mentale.

Sarah (Prénom modifié), 20 ans : « Mes parents avaient honte »

Elle confie que c’est la pression de sa famille qui ne voulait pas qu’on sache qu’elle suivait une thérapie pour sa dépression, qui l’a découragée à continuer. « J’étais dépressive avec des tendances suicidaires et il faut savoir que, dans ma religion, la plupart des personnes ne considèrent pas la dépression comme un trouble psychologique. Toutefois, je suis tout de même arrivée à aller voir un psychologue, accompagnée de mes parents. Mais leur comportement me faisait sentir que j’étais anormale et qu’ils avaient honte de ce que les gens penseraient si ça venait à se savoir. Donc, j’ai arrêté. »

Siddharth (Prénom modifié), 22 ans : « Mes amis m’ont dit que je n’étais pas fou »

Siddharth confirme l’omniprésence de ce tabou et l’amalgame qui se fait entre le suivi pour des troubles psychologiques et la thérapie. « J’étais en dépression après une rupture douloureuse. Le travail, le stress des études et la rupture étaient difficiles à gérer. C’était une phase très difficile, où je pensais même au suicide. Il était hors de question que je parle à ma famille, qui aurait pensé que j’étais fou. Du coup, j’ai fait part à mes amis que j’allais voir un psychologue, car je voulais trouver la racine du problème et retrouver la paix intérieure. Ils m’ont dit que je n’étais pas fou, qu’il fallait juste prendre du recul. Effectivement, je n’avais nul doute sur ma santé mentale, mais j’avais besoin de l’aide d’un professionnel. Mais indirectement, mes amis m’ont découragé en me disant qu’un psychologue allait me dire la même chose qu’eux, mais en termes techniques. »

Aurelie Talbot Kessewnath, life coach et conseillère : « La souffrance physique et émotionelle est une réalité »

Aurelie Talbot Kessewnath, life coach et conseillère
Aurelie Talbot Kessewnath, life coach et conseillère

Depuis fin mai, elle mène campagne contre la stigmatisation liée aux suivis professionnels psychologiques. Elle tire la sonnette d’alarme sur cette thématique touchant la société ici et ailleurs. Selon la life coach et conseillère, c’est la culture excluant l’importance du bien-être mental, qui est responsable de ce tabou. En d’autres mots, cet aspect psychologique n’est pas inscrit dans les mœurs mauriciennes. « Malheureusement, c’est un tabou et évidemment, cela reste alarmant et pas qu’à Maurice. On n’a pas reçu suffisamment d’éducation et d’attention en lien avec notre part émotionnelle et psychologique. Nous avons donc grandi avec cette perception de tabou, car ce que l’on ne comprend pas fait souvent peur. »

Les répercussions de ce manque de dialogue autour du bien-être mental se traduisent par une société frustrée qui semble être au, bout du rouleau. Selon Aurelie Talbot Kessewnath, ce tabou crée une société oppressée, où on a peur de parler de la santé mentale et où l’amalgame se fait rapidement entre des personnes souffrant de troubles psychologiques et celles qui ont besoin d’une thérapie pour être mieux encadrées dans leur quotidien.
« Il y en a qui vivent sans jamais écouter leur ‘moi’ intérieur », indique-t-elle. « Ils préférèrent l’ignorer et ne pas essayer de comprendre ce qu’il y a à dire. Les dégâts finissent par s’entasser l’un après l’autre, générant davantage de confusion. » C’est pourquoi elle mène campagne contre cette stigmatisation. Une campagne qui vise à changer la perception des gens concernant les suivis professionnels, en prenant du recul.

« La stigmatisation est à la source de ce qui nous amène à ignorer un mal-être psychologique dont on est souvent conscient, tout en considérant que ce n’est pas normal de ressentir ce malaise et encore moins de l’exprimer », indique Aurélie Talbot Kessewnath. D’après ses dires, cette campagne remet en question cette stigmatisation et c’est un premier pas vers le bien-être « Accepter ce que l’on ressent et commencer à s’écouter est essentiel pour changer le cours des choses. Cette acceptation est l’élément déclencheur, qui repoussera la honte, la peur et surtout la stigmatisation. »

Dans le cadre de sa mission, elle met à la disponibilité de tous des vidéos du concept 1 Question, 1 Minute sur sa page Facebook, Aurélie Talbot Kessewnath – Coach & Counsellor – Mauritius, où elle reprend une question que l’on s’est déjà posée sans demander à quelqu’un ou encore sans trouver la réponse. « La stigmatisation était le sujet d’une seule publication, même si elle est traitée indirectement à travers chacun de mes messages. Cela aidera à mieux comprendre notre fonctionnement. Le but reste d’amener de la lumière et l’accompagner avec humilité là où quelqu’un se retrouve coincé sur sa route vers l’épanouissement, même si ce n’est que pour une minute. »

Aurélie Talbot Kessewnath insiste sur le fait de prendre en compte nos besoins et réactions psychologiques, tout comme on le ferait au niveau physique « Pourquoi nous apprendre à marcher, écrire, gérer nos finances, mais pas à gérer nos émotions et nos blessures ? Serait-ce parce que ces dernières ne sont pas palpables ? Est-ce une raison de faire comme si elles n’existent pas ? Pourquoi ne pas accepter qu’on puisse souffrir psychologiquement et être tout à fait « normal » ? La souffrance psychologique et émotionnelle est une réalité de l’être humain, tout comme les douleurs physiques. »

Aurélie Talbot Kessewnath estime toutefois que la lutte continuera longtemps avant que les préjugés ne disparaissent. « C’est tout un système qu’il faut revoir et il faudrait inclure le développement personnel depuis l’école pour expliquer aux enfants comment nos pensées ont une incidence sur notre réalité, qu’elles sont à la source de nos actions, émotions et sentiments. Le rôle des parents est important pour changer la donne en guidant leurs enfants à se développer afin de mieux gérer leur bien-être émotionnel. »

Dr Anjali Bungaleea, psychologue : « Des parents sont dans le déni du burn-out »

Dr Anjali Bungaleea, psychologue
Dr Anjali Bungaleea, psychologue

Le Dr Anjali Bungaleea, psychologue, abonde dans le même sens que la life coach Aurélie Talbot Kessewnath sur le manque d’éducation et d’attention de notre part émotionnelle et psychologique. « Parfois, ça se ressent dans le comportement des parents qui n’envisagent pas qu’un enfant puisse souffrir psychiquement », précise-t-elle. « Ils le prennent avec beaucoup de difficulté et cela se résume parfois par la punition, au lieu de la compréhension de l’enfant ou même des adultes qui sont dans le déni face aux symptômes de burn-out ou de dépression. »

Elle ajoute : « Il est impératif d’éviter des amalgames entre les suivis thérapeutiques et les suivis pour troubles mentaux afin de briser le tabou. C’est mieux de s’attaquer aux problèmes le plus tôt possible. C’est donc important d’être suivi pour ses blocages émotionnels en thérapie, car des cas non suivis peuvent dégénérer dans le futur. » Lorsqu’il s’agit des enfants, le dialogue parents-enfants est recommandé afin de rassurer l’enfant qu’il n’est pas le seul à connaître ce mal-être intérieur. « Tout le monde passe par ces moments à un certain moment de sa vie et c’est important que les parents osent en parler et partager comment ils l’ont personnellement géré. S’ils considèrent le fait d’avoir recours à un psychologue, les parents doivent consulter l’enfant au préalable », conseille-t-elle.

Le Dr Anjali Bungaleea conclut que la stigmatisation est bel et bien présente, même si elle a diminué grâce à la prise en compte de la profession de psychologue et de life coach à travers les médias s’ouvrant à des concepts d’analyses de caractère, de développement de la personnalité et de ‘brain exercise’. « À l’aide des plates-formes médiatiques, les citoyens se rendent compte que les psychologues ne sont pas seulement pour les fous, les bipolaires ou les gens atteints de schizophrénie, mais qu’ils sont aussi un guide qui nous aide à organiser plusieurs aspects de notre vie. La mentalité est en train de changer lentement, mais sûrement », estime-t-elle.

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