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Cancer de la prostate : pourquoi il ne faut pas attendre les premiers symptômes

Le cancer de la prostate est aujourd’hui le cancer le plus fréquent chez les hommes à Maurice. Pourtant, il évolue souvent silencieusement pendant plusieurs années. Dans l’émission « Allô Docteur », le Dr Marc Mouzin de Artemis Cascavelle Hospital a rappelé qu’un simple dépistage permet, dans la majorité des cas, de détecter la maladie à un stade où elle peut être guérie.

Dr Marc Mouzin de Artemis Cascavelle Hospital.

Avec 251 nouveaux cas diagnostiqués en 2024 contre 214 en 2023, le cancer de la prostate demeure le cancer le plus fréquent chez les hommes à Maurice. Pourtant, malgré cette réalité, beaucoup d’hommes consultent encore tardivement, souvent parce que la maladie évolue sans provoquer de symptômes pendant de longues années. Le Dr Marc Mouzin, urologue à Artemis Cascavelle Hospital, a insisté sur l’importance du dépistage précoce, qui reste aujourd’hui le meilleur moyen de traiter efficacement cette maladie.

Le spécialiste a rappelé que le cancer de la prostate touche principalement les hommes après 50 ans et que son incidence continue d’augmenter dans le monde. « C’est le cancer de l’homme le plus fréquent après 50 ans. Il a la même fréquence que le cancer du sein chez la femme », a indiqué l’urologue. Selon lui, les chiffres officiels pourraient même sous-estimer la réalité. « Il existe probablement un sous-diagnostic. Certains hommes vivent avec un cancer de la prostate sans le savoir », a-t-il expliqué.

Contrairement à d’autres cancers, celui de la prostate ne provoque généralement aucun signe au début de son développement. « Le cancer de la prostate n’entraîne des symptômes que lorsqu’il est déjà avancé », a expliqué le Dr Marc Mouzin. À ce stade, la maladie peut entraîner un blocage des voies urinaires ou avoir déjà atteint d’autres organes, notamment les os, où les métastases sont fréquentes. Le médecin a insisté sur une idée reçue très répandue : les difficultés à uriner ne sont pas forcément synonymes de cancer. « On peut avoir une gêne urinaire importante sans avoir de cancer, et exactement l’inverse », a-t-il précisé.

En effet, chez de nombreux hommes, les troubles urinaires sont liés au vieillissement naturel de la prostate, qui augmente progressivement de volume avec l’âge. Cette hypertrophie bénigne peut provoquer un jet urinaire plus faible, des envies fréquentes d’uriner ou encore des levers nocturnes, sans qu’un cancer soit présent. C’est précisément cette absence de symptômes spécifiques qui rend le dépistage essentiel. « Une fois que les symptômes apparaissent, on n’est plus toujours dans une démarche de traitement curatif, mais parfois dans une prise en charge destinée à contrôler la maladie », a indiqué le spécialiste.

Le dépistage repose sur plusieurs examens

Le Dr Marc Mouzin a rappelé qu’il n’existe pas aujourd’hui de test unique capable de confirmer ou d’exclure un cancer de la prostate. Le premier examen consiste en un dosage du PSA, un marqueur sanguin produit par la prostate. « Le PSA est une simple prise de sang qui constitue un excellent examen de dépistage, mais il ne suffit pas à lui seul pour poser un diagnostic », a expliqué l’urologue.

En effet, certains cancers peuvent être présents malgré un PSA normal. « Environ 10 à 15 % des cancers de la prostate ne s’accompagnent pas d’une augmentation du PSA », a-t-il précisé. C’est pourquoi le dosage sanguin doit être complété par un examen clinique, notamment le toucher rectal. Souvent redouté par les patients, cet examen reste pourtant indispensable. « Beaucoup d’hommes l’appréhendent parce qu’ils pensent qu’il est douloureux ou gênant. En réalité, il dure quelques minutes et se passe généralement très bien », a expliqué le médecin.

Selon lui, il est important de dédramatiser cet examen afin de lever les freins au dépistage. Le toucher rectal permet notamment d’apprécier le volume, la consistance et la souplesse de la prostate, même s’il ne permet pas, lui non plus, de confirmer un cancer. Lorsque le PSA ou l’examen clinique soulèvent une suspicion, une IRM de la prostate est généralement réalisée. « L’IRM est devenue aujourd’hui l’examen de référence pour explorer la prostate », a indiqué le Dr Mouzin. Elle permet d’identifier les zones suspectes et de guider les biopsies, seul examen capable de confirmer définitivement la présence de cellules cancéreuses.

De ce fait, le spécialiste recommande aux hommes de ne pas attendre les premiers symptômes. « Je conseille de rencontrer un urologue à partir de 50 ans », a-t-il indiqué. En présence d’antécédents familiaux de cancer de la prostate, du sein ou de l’ovaire, ce premier bilan devrait être réalisé plus tôt. « Chez ces patients, il est préférable de commencer le dépistage dès 45 ans, voire 40 ans », a précisé le médecin. Il a rappelé que certaines formes familiales sont plus agressives et surviennent plus précocement.

Les facteurs environnementaux semblent également jouer un rôle, même si leur influence reste encore imparfaitement comprise. « On sait que certaines populations présentent davantage de cancers de la prostate, mais il existe probablement aussi des facteurs environnementaux que nous ne maîtrisons pas encore », a expliqué l’urologue.

Des traitements de plus en plus personnalisés

Le Dr Marc Mouzin a également insisté sur les progrès réalisés dans la prise en charge. Contrairement à une idée répandue, tous les cancers de la prostate ne nécessitent pas un traitement immédiat. « Certains cancers sont très peu agressifs et peuvent simplement être surveillés », a-t-il expliqué. Cette stratégie, appelée surveillance active, repose sur des contrôles réguliers comprenant des dosages du PSA, des IRM et parfois de nouvelles biopsies. « Le but est d’éviter de traiter inutilement une maladie qui n’évoluera peut-être jamais », a indiqué le spécialiste.

En revanche, lorsqu’un traitement devient nécessaire, plusieurs options existent. La chirurgie permet de retirer entièrement la prostate, tandis que la radiothérapie constitue une autre alternative efficace. Le choix dépend notamment de l’âge du patient, de l’agressivité de la tumeur et de ses préférences. « Aujourd’hui, les traitements permettent de préserver beaucoup mieux la qualité de vie qu’autrefois », a souligné le Dr Mouzin. Les techniques chirurgicales ont considérablement évolué et permettent de réduire les risques de complications urinaires et sexuelles.

Un cancer qui se guérit lorsqu’il est détecté tôt

Pour le spécialiste, le principal message reste résolument positif. « Un cancer de la prostate détecté précocement se guérit dans huit à neuf cas sur dix », a affirmé l’urologue. En revanche, lorsque la maladie est diagnostiquée après l’apparition de métastases, les traitements permettent surtout de ralentir son évolution et d’améliorer la qualité de vie. « Nous disposons aujourd’hui d’un arsenal thérapeutique beaucoup plus important qu’il y a vingt ans, mais il vaut toujours mieux intervenir avant que la maladie ne se propage », a rappelé le médecin.

Il estime que la peur du mot « cancer » constitue encore un frein majeur au dépistage. « Cancer ne veut pas dire condamnation. Pour la prostate, nous savons traiter efficacement cette maladie lorsqu’elle est diagnostiquée au bon moment », a insisté le spécialiste.

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