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Chikungunya : Le Dr Keshika Naran pourquoi certains seniors souffrent encore longtemps après l’infection

Douleurs articulaires persistantes, fatigue, raideurs au réveil… Pour certains seniors, les effets du chikungunya ne disparaissent pas avec la fin de l’infection. Plusieurs mois après avoir contracté le virus, ils continuent à ressentir des symptômes qui affectent leur mobilité et leur qualité de vie. Le Dr Keshika Naran, explique les mécanismes de ces douleurs prolongées et les solutions pour mieux les prendre en charge.

Le chikungunya est souvent associé à une forte fièvre, des douleurs articulaires intenses et un état de fatigue généralisé. Si la plupart des personnes se rétablissent progressivement après quelques semaines, certains patients, notamment les seniors, continuent à souffrir longtemps après la disparition du virus.

Selon le Dr Keshika Naran, médecin urgentiste à la Life Medical Clinic de Tamarin, cette situation n’est pas exceptionnelle. « Le chikungunya provoque une réaction inflammatoire importante, en particulier au niveau des articulations. Chez certaines personnes âgées, cette inflammation peut persister longtemps après la disparition du virus », explique-t-elle. Avec l’âge, le système immunitaire et les capacités de récupération évoluent. Cette réalité contribue à expliquer pourquoi certains seniors continuent à ressentir des douleurs plusieurs mois après avoir été infectés.

Les symptômes les plus fréquemment observés concernent les articulations. Les poignets, les mains, les chevilles, les genoux et les pieds figurent parmi les zones les plus touchées. « Les patients décrivent souvent des douleurs articulaires persistantes, mais aussi des raideurs matinales, des douleurs musculaires, une fatigue importante et parfois même un gonflement des articulations », précise le médecin. Ces douleurs peuvent rendre certaines activités quotidiennes plus difficiles. Monter des escaliers, se lever d’une chaise ou encore marcher sur de longues distances deviennent parfois des gestes pénibles pour les personnes concernées.

Pourquoi les douleurs persistent-elles ?

Une question revient souvent chez les patients : comment expliquer que les douleurs continuent alors que l’infection est terminée depuis longtemps ? Pour le Dr Naran, la réponse se trouve dans le processus inflammatoire déclenché par le virus. « Même après l’élimination du virus, l’inflammation provoquée par l’infection peut continuer à affecter les articulations et les tissus environnants. Il ne s’agit généralement plus d’une infection active, mais plutôt des conséquences inflammatoires laissées par celle-ci », indique-t-elle.

Dans certains cas, le chikungunya agit également comme un révélateur de problèmes articulaires déjà présents mais peu symptomatiques auparavant. « Chez certains patients, le chikungunya peut déclencher ou aggraver une maladie rhumatismale sous-jacente », ajoute la spécialiste. Du coup, les personnes déjà fragilisées sont plus à risque.

Tous les patients ne développent pas des douleurs chroniques après un chikungunya. Plusieurs facteurs augmentent cependant le risque de complications prolongées. L’âge avancé figure parmi les principaux facteurs identifiés. Les personnes ayant souffert d’une forme sévère de la maladie ou ayant présenté des douleurs très importantes durant la phase aiguë semblent également plus exposées.

« Les maladies préexistantes comme l’arthrose, les rhumatismes inflammatoires, le diabète ou encore l’obésité peuvent favoriser la persistance des symptômes », souligne le Dr Naran. Les femmes seraient également légèrement plus concernées par les formes chroniques de la maladie.

Quand le chikungunya aggrave une arthrose existante

Chez les seniors, il n’est pas rare que des problèmes articulaires existent déjà avant l’infection. Pour les personnes souffrant d’arthrose ou de rhumatismes, le chikungunya peut provoquer une aggravation des symptômes. « Le virus peut exacerber des douleurs articulaires déjà présentes. Chez ces patients, les symptômes deviennent parfois plus intenses et durent plus longtemps », explique le médecin.

Cette situation nécessite souvent un suivi médical régulier afin d’adapter les traitements et d’améliorer le confort du patient. Et comment faire la différence avec les douleurs liées à l’âge ? Selon le médecin, il n’est pas toujours évident de distinguer les douleurs dues au vieillissement naturel de celles provoquées par les séquelles du chikungunya.

Le Dr Naran apporte quelques éléments de distinction. « Les douleurs liées à l’arthrose apparaissent généralement progressivement et touchent certaines articulations spécifiques. Les douleurs post-chikungunya surviennent souvent brutalement après l’infection et concernent plusieurs articulations à la fois », explique-t-elle.

La présence de raideurs importantes au réveil ou de gonflements articulaires peut également orienter vers des séquelles du chikungunya. L’historique médical du patient ainsi qu’un examen clinique permettent généralement au médecin de faire la différence.

Une prise en charge adaptée à chaque patient

Face à ces douleurs persistantes, plusieurs options thérapeutiques peuvent être proposées. Le traitement dépend avant tout de l’intensité des symptômes et de l’état de santé global du patient. « Une prise en charge individualisée est essentielle, particulièrement chez les seniors qui présentent souvent d’autres problèmes de santé », insiste le Dr Naran.

Les traitements peuvent inclure du paracétamol pour soulager les douleurs. Dans les cas plus complexes ou plus sévères, un avis spécialisé en rhumatologie peut être nécessaire afin d’envisager des traitements spécifiques. L’objectif est de réduire la douleur, préserver la mobilité et améliorer la qualité de vie du patient.

Le rôle essentiel de la physiothérapie et de l’activité physique

Pour de nombreux seniors, la crainte de la douleur conduit parfois à réduire les mouvements ou à éviter certaines activités. Pourtant, le maintien d’une activité physique adaptée reste fortement recommandé. « L’activité physique joue un rôle fondamental. Elle permet de maintenir la mobilité articulaire, de renforcer les muscles et de limiter l’enraidissement », affirme le médecin.

La physiothérapie constitue également un outil précieux dans la récupération. « La physiothérapie aide à améliorer la fonction articulaire et à réduire les douleurs. Les exercices doivent toutefois être adaptés à l’âge et aux capacités de chaque patient », précise-t-elle. Un accompagnement professionnel permet souvent d’obtenir de meilleurs résultats tout en évitant les mouvements susceptibles d’aggraver les symptômes.

Quand faut-il consulter à nouveau ?

Si certaines douleurs peuvent persister plusieurs semaines, certains signes doivent inciter les patients à consulter rapidement un professionnel de santé. Le Dr Naran recommande une nouvelle évaluation médicale lorsque les douleurs persistent ou s’aggravent après plusieurs semaines. « Un gonflement important des articulations, une limitation marquée des mouvements, une fatigue excessive, une perte d’autonomie ou encore l’apparition d’une fièvre doivent amener le patient à consulter », souligne-t-elle. Une perte de poids inexpliquée ou l’apparition de nouvelles douleurs inhabituelles justifient également un avis médical.

Préserver sa qualité de vie

Même si les douleurs post-chikungunya peuvent être particulièrement éprouvantes, le médecin se veut rassurante. « La majorité des personnes guérissent complètement du chikungunya », rappelle-t-elle. Pour les seniors qui continuent à souffrir, une prise en charge précoce, un suivi médical régulier et le maintien d’une activité physique adaptée permettent souvent d’améliorer significativement la situation. « Avec un accompagnement approprié, de nombreux patients retrouvent progressivement une bonne mobilité et une meilleure qualité de vie », précise le Dr Keshika Naran.

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