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Santé mentale : un enjeu primordial pour une société meilleure

Aujourd’hui, les journées se défilent en un clin d’œil et nous avons de moins en moins de temps. Nos heures consacrées au travail augmentent. Avec les nouvelles technologies, nous sommes constamment sollicités et appelés à être disponibles. Vingt pourcent de la population souffrent de problèmes liés à la santé mentale. Une personne sur quatre en souffrira au cours de sa vie, selon les experts.

«La situation de la santé mentale à Maurice est alarmante. » En octobre 2017, Anwar Husnoo, ministre de la Santé, tirait la sonnette d’alarme. « Près de 22 % de la population souffrent de troubles mentaux, soit plus de 200 000 personnes. Or, la santé mentale est un élément essentiel pour notre bien-être, mais nous avons tendance à la négliger, voire l’oublier. »

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) la précisait dans un de ses rapports. « La santé mentale, c’est plus que l’absence de troubles mentaux. Elle fait partie intégrante de la santé. Il n’y a pas de santé sans santé mentale. »

Pour la psychiatre Poonam  Bisessur de l’hôpital Dr A. G. Jeetoo, « la santé mentale consiste à pouvoir gérer au mieux son quotidien, à garder un équilibre dans les trois dimensions de notre vie moderne : vie professionnelle, familiale et sociale. Il importe pour chacun de nous de savoir si nous sommes capables de bien fonctionner au travail. Dans notre famille, sommes-nous en mesure de bien nous occuper de nos enfants, de notre maison ? Pouvons-nous encore avoir du plaisir, seul, avec notre conjoint et nos amis ? »

« On insiste souvent la prévention des maladies physiques et, pourtant, la santé mentale joue un rôle fondamental pour limiter le développement des problèmes d’ordre psychologique », ajoute le Dr Poonam Bisessur. Et de souligner que notre santé mentale a un impact direct sur notre vie, sur la façon dont nous réagissons au quotidien, sur nos pensées.

« Elle influence la manière dont on se comporte face au stress, à nos prises de décision et à la manière dont nous gérons nos relations personnelles. Nous ne pouvons plus minimiser l’importance et l’impact de la santé mentale sur notre vie. »

Prendre soin de sa santé psychique est aussi essentiel que de s’occuper de sa santé physique. Comment y arriver ? « À travers des habitudes au quotidien qui permettent d’améliorer et de maintenir un niveau de bien-être agréable. En créant des conditions de vie et un environnement favorable à la santé mentale et qui permettent d’adopter et de préserver un mode de vie sain. »

Pourquoi la santé mentale demeure-t-elle un sujet tabou ? Sylvie est femme au foyer et mère de deux enfants. « Mo la tet fatigue », confie-t-elle. Suit-elle un traitement, voit-elle un psychologue ? Face à ces questions, elle répond : « Je ne perds pas la tête, sauf que j’ai la tête fatiguée. Il y a des jours, ces maux durent plus que d’autres. J’essaye de ne pas y penser, sinon je stresse davantage. »

Elle admet que certains jours, « j’ai peur, peur pour l’avenir de mes enfants, pour mes vieux jours. Quand j’en parle trop à mon entourage, on me prend pour une folle ou l’on me demande de me taire, car je les fatigue. Alors, je me tais, jusqu’à ce que ça se calme. »


Krishna Seebaluck, psychologue – Santé mentale : un sujet tabou

Le cas de Sylvie n’est pas isolé, indique le psychologue Krishna Seebaluck. « L’être humain préfère trouver des solutions rapides. Du coup, il a tendance à renvoyer tous les soucis pouvant être liés à la santé mentale et privilégie d’autres situations problématiques. »

Pour ce dernier, la valorisation et la sensibilisation à la santé mentale à Maurice prennent de l’ampleur, mais cette prise de conscience n’est pas répandue parmi toutes les couches de la société. « C’est comme la sexualité, dans certains milieux, ce sujet reste tabou. »

Par ailleurs, estime le psychologue du ministère de l’Égalité des genres, du Développement de l’enfant et du Bien-être de la famille, le citoyen ordinaire ne dispose pas d’outils appropriés pour évaluer les symptômes.

« Ces symptômes peuvent devenir des facteurs humiliants pour la personne. Elle préfèrera se renfermer que de partager ces souffrances. La famille peut renforcer cette situation en raison d’un manque de connaissances des symptômes ou tout simplement pour protéger son statut social. »

Ainsi, nous recherchons d’autres solutions pour affronter cette souffrance et souvent, le cas s’aggrave, la situation empire.

« Le stress et l’anxiété deviennent chroniques. Pour certains, il est normal de vivre avec ces fatigues mentales jusqu’à ce que cela affecte gravement leur vie au quotidien et accroit un sentiment d’impuissance permanent et général », indique Krishna Seebaluck.


Bien-être psychique au travail : un investissement incontournable

« Une des plus grosses difficultés de la santé mentale, c’est qu’elle n’est pas visible et pas directement reconnaissable », fait valoir Sarvesh Dosooye, psychologue du travail. Et de déplorer : « Nous préférons donc ne pas y penser. Dans ce monde moderne où le stress est omniprésent, il faut pouvoir en reconnaître les symptômes, pour mieux le prévenir et le guérir. Il faut reconnaître la motivation, la démotivation, le stress, la fatigue. Il est très facile de basculer dans le rouge. Hélas, il y a une méconnaissance des signes et des symptômes par l’employé et l’employeur. »

D’où l’importance d’un psychologue du travail. Par ignorance de ces symptômes, les salariés ne savent pas comment réagir. « L’employé se contente de prendre des jours de congé, en attendant que ça passe. Or, ces problèmes de santé mentale, de burn-out, de fatigue, ou de stress peuvent être évités. à Maurice, hélas, nous sommes plus réactionnaires : il n’est pas dans notre culture d’anticiper les maux », estime notre intervenant.

« Investir dans la santé mentale des salariés victimes de stress et autres troubles psychologiques est un investissement qui vaut le coup », indique le directeur de Forward Pychology Consulting. « Les problèmes de santé mentale ont des répercussions sur l’entreprise : absentéisme élevé, baisse de motivation et de productivité, tensions, conflits, ce qui entraîne des pertes pour la société. L’employeur a donc tout intérêt à prendre soin de la santé mentale de ses employés. »

Malheureusement, la santé mentale des salariés passe trop souvent au second plan. Elle est négligée par certaines entreprises. Sarvesh Dosooye suggère des modifications à l’Occupational Health and Safety Act. « Certains employeurs font fi de cet aspect (santé mentale) qui n’est pas clairement stipulé dans la loi. Cela fait des années que nous militons pour distinguer entre santé physique et santé mentale  »


Famiela Faron, travailleur social : « Investir dans la santé mentale, une nécessité »

La psychologue Émilie Duval veut alerter l’opinion publique. « Qui prend en charge la santé mentale des Mauriciens ? Le pays compte un seul hôpital psychiatrique pour 1,3 million d’âmes, il n’est pas adapté aux enfants. D’ici à 2020, la dépression sera l’une des premières causes de maladie. Reconnaît-on les signes de dépression, tant chez l’enfant que chez l’adulte ?

Nous avons un sérieux manquement dans ce domaine. Une consultation privée revient cher. » Il faut une réelle volonté politique pour combattre ce mal. Et d’insister : « À quoi cela sert-il d’avoir un pays moderne, de nouvelles infrastructures, si ses citoyens ne jouissent pas d’une bonne santé mentale ? C’est dans ce secteur qu’il faut investir. »

Émilie Duval suggère d’investir tôt dans la santé mentale. Cela commence dès l’enfance. « Il faut développer des programmes pour enfants, leur offrir des outils adéquats pour comprendre, gérer et communiquer leurs émotions. Un enfant sur 10 souffrira de troubles mentaux et avant ses 14 ans, il risque d’en souffrir. Un enfant sur cinq sera victime de violence physique, verbale et sexuelle. » Les enfants risquent davantage de développer des troubles mentaux dès leur jeune âge. Il est donc primordial de reconnaître les symptômes dès qu’ils se manifestent.

Les premières années de la vie de l’enfant sont les plus précieuses. Il est essentiel de donner des outils adéquats aux parents, dès la maternité. « Après l’accouchement, la maman est fragile. Il faut l’accompagner avec son enfant. La science démontre que le trouble de l’attachement survient quand les parents n’arrivent pas à créer une connexion avec l’enfant, dès les premiers mois de sa vie. Il faut créer un réseau autour de la maman. Lancer des programmes dans les crèches, accompagner les mères célibataires. Un enfant sur dix peut souffrir du trouble de l’attachement. C’est énorme », affirme Émilie Duval.

Des programmes nationaux devraient enseigner de bonnes pratiques pour la santé mentale de nos enfants. « Les enfants seront les adultes de demain. Si nous n’arrivons pas à prévenir, dépister et soigner les troubles mentaux dès l’enfance, ils seront davantage fragilisés à l’âge adulte. Cela entraînera une pénurie de main-d’œuvre, une baisse de la productivité, ce qui va coûter cher à l’État », dit Émilie Duval.

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