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Journée mondiale de lutte contre le sida : les inégalités entravent la baisse de l’incidence du VIH

La Journée mondiale de lutte contre le sida a eu lieu le dimanche 1er décembre. Si de nombreux progrès comme l’accès aux soins ont été observés en France ces dernières années, les inégalités sociales et économiques représentent un obstacle considérable dans la baisse de l’épidémie du VIH. Florence Thune, directrice générale de l’association Sidaction, insiste sur la situation des femmes originaires d’Afrique subsaharienne, dont la situation de grande précarité les expose particulièrement au virus.

Selon les données du dernier bulletin épidémiologique de Santé Publique France, près de 6.200 personnes ont découvert leur séropositivité en France en 2018, soit une baisse significative de 7% par rapport à 2017, indique l’agence gouvernementale.

Mais cette réduction des cas de contamination au VIH tend davantage à stagner chez les personnes résidant en France et nées à l’étranger, qui représentent 56% des découvertes de séropositivité (dont 66% nées dans un pays d’Afrique subsaharienne). Un problème majeur souligné par Sidaction : “en France, près de 50% des migrants d’Afrique Subsaharienne vivant avec le VIH ont été infectés après leur arrivée dans le pays en raison notamment de leur situation de précarité”, rappelle l’association dans un communiqué diffusé mardi 26 novembre.

Ces inégalités constituent selon Sidaction “les principaux vecteurs de l’épidémie”. Où est-on en France et quels sont les leviers d’action à mettre en place pour mieux cibler les populations vulnérables en termes de politique de prévention de dépistage au VIH ? Contactée par Relaxnews, la directrice générale de Sidaction Florence Thune fournit quelques éléments de réponse.

Relaxnews : Quelles inégalités représentent les principaux obstacles dans le dépistage du VIH en France ?

Florence Thune : “L’actualité la plus brûlante en France pour illustrer ces inégalités concerne la récente mesure du gouvernement qui stipule que les demandeurs d’asile ne pourront pas bénéficier de la couverture de santé de base avant les trois premiers mois passés sur le territoire français.

Ces inégalités s’observent surtout chez les femmes migrantes d’Afrique subsaharienne, car ce sont souvent les premières touchées par la précarité. Souvent isolées, le fait de prendre soin de son corps et de sa santé font rarement partie de leurs priorités.

Cette précarité s’illustre par exemple par le fait que certaines femmes, pour ne pas se retrouver à la rue, acceptent d’être logées par des hommes qui les contraignent à des rapports sexuels. Malheureusement, les femmes dans cette situation ne peuvent pas forcément négocier le port du préservatif. Elles sont donc davantage exposées au VIH et aux autres infections sexuellement transmissibles.

Sidaction souligne également la nécessité de sensibiliser davantage les jeunes aux questions touchant à la santé sexuelle et reproductive. Quels programmes – qui n’existent pas déjà- pourrait-on proposer aux écoliers français ?

F.T : La part des jeunes dans la découverte de la séropositivité est passée de 11 à 13% comparé à l’année précédente. Ce sont deux points de trop. Encore aujourd’hui, il y a une vraie difficulté en France à parler de toutes les sexualités. Sachant que ce sont surtout les jeunes gays qui sont concernés par cette augmentation, je pense qu’il faut rester très attentifs à ces questions, afin que les jeunes, quelle que soit leur orientation sexuelle, puissent poser toutes les questions qu’ils souhaitent, sans peur de se sentir jugés.

Je pense aussi qu’on pourrait davantage communiquer dans les écoles sur les violences sexistes et sexuelles, ainsi que sur la notion du consentement et de la capacité des jeunes à évoquer, et parfois négocier, le port du préservatif.

Il faudrait aussi travailler sur les inégalités de genre. Par exemple sortir du cliché bien connu selon lequel un jeune garçon qui a des préservatifs dans son portefeuille est responsable, alors qu’une jeune fille qui fait la même chose sera plutôt vue comme “légère”.

Enfin, je pense qu’une belle avancée serait d’aborder avec les jeunes tous les moyens disponibles pour se prémunir du VIH [préservatif, dépistage, traitement antirétroviral].

Mercredi 27 novembre, le Conseil National du Sida (CNS) a publié un rapport très critique, qualifiant la politique de prévention du VIH en France d’ “échec”. Qu’en pensez-vous ?

F.T : Il est vrai que la France a accusé du retard, si l’on compare au niveau mondial avec des villes comme San Francisco, où les baisses des infections au VIH sont bien plus fortes [-49% entre 2012 et 2016]. Toutefois, le rapport du Conseil National du Sida couvre un secteur national, mais si on regarde les régions où des moyens sont mis en œuvre, on observe des progrès importants. C’est par exemple le cas à Paris, où les nouveaux cas d’infections au VIH ont chuté de 16% entre 2015 et 2018.

En revanche, ces baisses ne sont pas aussi importantes pour les personnes de l’Afrique subsaharienne, ce que le CNS pointe bien dans son rapport en expliquant que les baisses globales de 7% recensées en France entre 2017 et 2018 auraient pu être bien plus importantes si on avait mis plus de moyens pour aider ces populations, et ce depuis longtemps.

Je pense que la diminution d’incidence observée à Paris, ou encore dans les Alpes-Maritimes [baisses de 40% entre 2015 et 2018] doit servir d’exemple aux autres villes de France, pour que l’accès à la prévention du VIH et à l’information s’adresse aussi bien à la population générale qu’aux populations les plus exposées.”

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