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Depuis 28 ans : Vasougie, l’ange-gardien de sa belle-mère atteinte d’Alzheimer

Le mois de juin est dédié à la sensibilisation de la maladie d’Alzheimer et du cerveau. Un mal qui bouleverse le quotidien des malades et celui de leurs familles. À ce jour, plus de 12 000 Mauriciens sont atteints de cette maladie dégénérative pour laquelle il n’existe aucun traitement à ce jour. On ne peut qu’apprendre à vivre avec…

Un amour inconditionnel unit Thérèse et sa belle-fille.

Assise dans son fauteuil roulant, Thérèse, 94 ans, prend l’air dans la cour. Atteinte d’Alzheimer, elle ne comprend plus rien. Elle vient tout juste de prendre son petit-déjeuner composé de lait, de céréales, de yaourt, de fruits et de jus. Elle répond à peine lorsque sa belle-fille, Vasougie, lui demande si elle a bien mangé. Un geste de la tête, un timide oui et c’est tout.

« Elle ne dit presque rien depuis quatre ans, soit depuis qu’elle a arrêté de marcher, confie la belle-fille. Avant, elle racontait des histoires qui avaient marqué sa vie. Aujourd’hui, elle ne parle presque plus, elle ne rit ni ne sourit, elle n’a aucune expression faciale sauf peut-être lorsqu’elle pleure. » Thérèse ne reconnaît ni ses enfants ni ses petits-enfants et encore moins sa belle-fille qui s’occupe d’elle tous les jours.

« Je venais de me marier et j’habitais avec elle et nous n’avons pas tout de suite détecté sa maladie, indique Vasougie. Ce n’est qu’après mon premier accouchement que j’ai remarqué que ma belle-mère n’était pas normale. Puis, un médecin a diagnostiqué l’Alzheimer et lui a prescrit un traitement. » Sa belle-mère a dix enfants et pourtant, c’est elle qui a choisit de s’occuper de la malade.

Courage et de patience

Cela fait des années que Vasougie s’occupe de sa belle-mère comme sa mère. « C’est sûr que ce n’est pas tout rose tous les jours, mais je suis patiente et je lui consacre beaucoup de mon temps. Elle est, si je peux, dire ma priorité. »

Thérèse ne sort presque plus car elle est vieille et elle se fatigue vite. C’est un parcours du combattant entre la surveiller, la faire manger et se reposer.

« J’ai aussi réduit les sorties. Les dîners en famille, les fêtes, les mariages, ce n’est pas pour moi, car il faut toujours qu’il y ait quelqu’un avec ma belle-mère. Même si elle ne reconnaît personne, c’est compliqué de la faire garder par un étranger. Moi, je sais comment elle fonctionne et je préfère être la », ajoute Vasougie.

Vasougie, la cinquantaine et mère de famille, se réveille à 5 heures tous les jours pour attaquer la journée. Sa belle-mère se réveille 30 minutes après. Vasougie l’installe dans sa chaise roulante. Direction : la salle de bains pour l’aider à se brosser les dents.

« Il y a des jours où elle sait le faire, des jours, non. » Puis elle la prend dans ses bras pour la doucher et faire sa toilette. « Cela demande de la force dans les bras », précise la belle-fille.

Un quotidien sans repos

Les deux font la paire.

Thérèse est ensuite habillée, coiffée et pomponnée. Il est 6 h 15 et Vasougie est déjà au bout du rouleau. Ensuite, c’est le petit-déjeuner qu’elle prépare spécialement pour sa belle-mère.

« Elle est âgée et elle a besoin de beaucoup de vitamines et d’eau. Elle fait parfois des caprices et je suis obligée de la forcer à manger. »

Vasougie vérifie sa couche de temps en temps pour savoir quand en changer. Vers 9 h 30, elle lui donne un petit en-cas composé de fruits mûrs, de biscuits et de jus.

Puis, elle installe sa belle-mère dans la cour, porte cadenassée, pour prendre l’air et le soleil. Entre-temps, elle vaque à ses occupations – ménage, lessive, repas – tout en jetant un coup d’œil sur elle de temps en temps.

À midi, Vasougie la fait déjeuner et prendre son dessert et s’assure de son apport en eau. « Ce qui est bien, c’est qu’elle mange de tout et qu’elle n’a aucun problème d’hypertension, de diabète ou d’anémie. »

Après la digestion, c’est l’heure de la sieste avant le réveil à 15 h 30 pour le goûter suivi d’une douche. Ainsi va la vie de Vasougie et de sa belle-mère. Un quotidien qui dure depuis 28 ans.

Dr Sorefan : « Il y a un rajeunissement des cas »
« Un mauvais contrôle du diabète et de l’hypertension est associé aux facteurs de risque qui peuvent affecter le cerveau et précipiter la maladie », explique la présidente de l’Association Alzheimer de Maurice, Dr Ameenah Sorefan. De plus, il y a l’obésité, la dépression, l’abus d’alcool ou encore le niveau d’éducation qui sont également des facteurs qui augmentent les risques.

« Plus le niveau d’éducation d’une personne est bas, plus le facteur de risque est grand car le cerveau n’a pas été suffisamment stimulé », indique-t-elle.

Sur le fait qu’autrefois, la maladie était considérée comme étant liée à la vieillesse, la présidente est catégorique : « Le pays est très concerné car il y a aussi un rajeunissement des cas en raison de ses plusieurs facteurs de risque. Le dépistage précoce est important pour une meilleure prise en charge. L’Alzheimer est un problème de santé publique qui n’affecte pas seulement la personne mais aussi son entourage. Les proches doivent comprendre et apprendre que la personne est malade et ils doivent accepter sa maladie afin de pouvoir lui assurer une bonne prise en charge et l’aider à ne pas perdre son autonomie. »

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