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Sages-femmes traditionnelles : l’accouchement à domicile toujours sollicité par des futures mamans

Le métier de sage-femme traditionnelle est l’un des plus beaux métiers ancestraux. À Maurice, cette tradition perdure, certaines mères optant pour un accouchement à domicile. Rencontre.

La vocation, une bonne dose de passion et de la patience. Ce sont les qualités recommandées pour pouvoir pratiquer le métier de sage-femme. Qui dit traditionnelle, dit ancestrale. À juste titre, les sages-femmes traditionnelles n’ont jamais reçu de formation dans ce domaine. Pour elles, c’est un héritage familial découlant de leurs arrières grands-mères, grands-mères et mères, qui ont perpétué cette pratique. Elles sont dotées d’une connaissance hors de l’ordinaire.

Elles décèlent très vite les signes de danger pendant la grossesse et l’accouchement et proposent des soins et services aux futures mamans et à celles ayant déjà accouchées. Les accoucheuses traditionnelles, aussi connues comme les fées de l’accouchement, assurent non seulement une naissance en toute sécurité, mais veillent aussi à la survie et bien-être de la mère.

Yantee Anand est très sollicitée par son entourage.

Yantee Anand, 73 ans, est une figure incontournable de son village à Pointe-aux-Piments. Le professionnalisme de cette mère de famille est très répandu dans la localité. Elle est très sollicitée par son entourage. « J’exerce ce métier depuis que j’ai 20 ans. Je ne fais pas ce métier pour avoir de l’argent, mais pour l’amour que j’ai pour les nouveau-nés. J’éprouve de la peine à trouver les mots pour décrire ce que je ressens au moment où j’accueille le bébé dans mes bras. C’est une joie inexprimable », nous relate Yantee Anand.

Mais, ajoute-t-elle, suite à la modernisation, les sages-femmes traditionnelles sont seulement sollicitées pour effectuer le massage de la mère et du bébé, car les femmes enceintes de nos jours préfèrent se rendre à l’hôpital ou à la clinique pour l’accouchement. Elles ne tiennent pas à accoucher à la maison. « Mais nous, les sages-femmes sommes toujours présentes en cas d’urgence », dit la septuagénaire.

« J’exerce ce métier depuis que j’ai 20 ans. Je ne le fais pas pour de l’argent, mais pour l’amour que j’ai pour les nouveaux-nés »

Yantee Anand nous affirme qu’au moment de l’accouchement à domicile, elle rassure la maman que tout ira bien. « Je la réconforte avec des compresses d’eau chaude sur les reins et le ventre, entre autres. Je fais un massage du ventre de la maman avec de l’huile pour orienter l’enfant vers la position recommandée. J’aide la maman à pousser son bébé. Une fois qu’il sort, je coupe le cordon du nombril avant de l’attacher avec un fil », raconte la sage-femme.

Si le placenta, poursuit-elle, ne sort pas au moment de l’accouchement, elle fait vomir la maman pour l’évacuer. Sinon, la maman risque de perdre la vie. Le placenta, avance Yantee Anand, est soigneusement lavé, séché et puis, enterré dans le jardin au pied d’un arbre.

Rituels pour chasser les mauvais esprits

« Après l’accouchement, je nettoie la maman. Puis, j’habille le nouveau-né. Ce dernier est ensuite remis à la mère pour l’allaitement », dit la sage-femme. Pendant douze jours, Yantee Anand restera près de la maman et du bébé pour leur prodiguer les soins nécessaires.

« Je lave le corps de la maman avec de l’eau chaude le sixième jour après l’accouchement. Je lui donne un massage à l’huile. Idem pour le bébé. Le massage est important pour la maman et le nouveau-né. Il aide à apaiser les douleurs et les rend solide. Après ces douze jours, s’il y a un quelconque problème, la maman peut toujours solliciter l’aide d’une sage-femme », souligne Yantee Anand.

Après la naissance, les sages-femmes réalisent des rites qui visent à protéger le nouveau-né. « On lui donne du miel à boire. On effectue également des rites pour le protéger du mauvais œil. À noter que les actes rituels ont tous une efficacité symbolique. Il existe aussi des rites préventifs. On met des colliers, des bracelets ou encore des amulettes pour protéger le nouveau-né contre des mauvais esprits. Tous ces rituels permettent de contrôler et maîtriser la peur et l’angoisse », soutient Yantee Anand.

Aux dires de cette dernière, les sages-femmes traditionnelles ont une expérience du terrain. « Nous apprenons le métier autant par tradition que par expérience. Nous ne percevons en fait qu’une rémunération symbolique pour les services que nous offrons, comme un sari, des bracelets et de l’argent comme un gage de gratitude », dit la sage-femme.

Pour Anita Ramashire, 62 ans, être une sage-femme traditionnelle demeure une tâche divine, qui lui a été transmise par son arrière-grand-mère et sa grand-mère. « Je pratique le métier de sage-femme depuis 30 ans. Je perpétue la tradition laissée par mes aînées. C’est une toute belle aventure. Bien que je n’assiste pas aux accouchements, je m’en occupe après. Je m’occupe de la maman et du bébé pendant douze jours. C’est un réel plaisir de prendre dans mes bras le nouveau-né, tout en lui donnant une douche et peu après, un massage », nous relate l’habitante de Quatre-Bornes.

Selon cette mère de famille, bien qu’on soit à l’ère de la technologie, à Maurice beaucoup de femmes font encore confiance aux sages-femmes traditionnelles. « Mais les accoucheuses traditionnelles se font de plus en plus rares », souligne Anita Ramashire.

Yantee Anand et Anita Ramashire ont gardé de merveilleux souvenirs, car, être une accoucheuse traditionnelle n’est pas donné à tout le monde. Elles ont un rôle essentiel à jouer dans la transmission de la connaissance traditionnelle par rapport à l’accouchement.

Les sages-femmes traditionnelles ne touchent qu’une faible rémunération pour les services offerts. Certaines peuvent toucher Rs 4 000 pour un service à domicile après l’accouchement ou bien même Rs 2 000. Pour douze jours, elles peuvent réclamer entre Rs 3 000 et Rs 5 000.
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