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Chine: la médecine traditionnelle à la rescousse contre le virus

C’est un liquide médicinal à base de plantes, comme le chèvrefeuille. Il est introuvable en Chine depuis que les plus hautes autorités scientifiques ont vanté les vertus de ce remède traditionnel pour combattre le nouveau coronavirus. Mais tout le monde n’est pas convaincu.

Les autorités découragent les rassemblements pour réduire les risques de contagion, mais cela n’a pas empêché les consommateurs d’envahir les pharmacies en quête du précieux “Shuanghuanglian”, après que la prestigieuse Académie des sciences de Chine a affirmé vendredi qu’il pouvait “inhiber” le virus.

Dès samedi, des doutes circulaient pourtant sur les réseaux sociaux et dans la presse. Le Quotidien du peuple, organe du Parti communiste au pouvoir, mettait en garde contre le recours à la pharmacopée traditionnelle sans avis médical.

Et la télévision nationale avertissait que le produit pouvait avoir des effets secondaires.

Mais Pékin paraît déterminé à intégrer la médecine traditionnelle dans la lutte contre la pneumonie virale.

La très officielle Académie des sciences se penche aussi sur les vertus potentielles d’une herbacée appelée “renouée du Japon” qui pourrait atténuer les symptômes de la maladie.

Et plusieurs dizaines de spécialistes de la médecine traditionnels font partie des quelque 6 000 personnels envoyés en renfort dans les hôpitaux surchargés de Wuhan, la ville au coeur du virus et placée de facto en quarantaine depuis le 23 janvier.

Rien changé

De quoi rallumer le débat autour de l’efficacité de la médecine chinoise, vieille de 2 400 ans.

Marc Fréard, membre du Conseil académique français de la médecine chinoise, estime que la pharmacopée peut aider à combattre la fièvre ou à évacuer les glaires, deux symptômes de la pneumonie virale.

Mais il rappelle à l’AFP que certains remèdes proposés sont de qualité douteuse et que la médecine chinoise manque de normes d’efficacité scientifiques, puisqu’elle se fonde sur un traitement individualisé.

Des traitements traditionnels avaient été largement utilisés en Chine, en association avec des médicaments occidentaux, lors de l’épidémie de Sras en 2003 qui a tué 774 personnes dans le monde entier, la plupart dans le pays.

Mais une étude de l’organisation Cochrane a établi en 2012 que cette association de traitements n’avait “rien changé” au combat contre l’épidémie.

Nationalisme

Le régime du président Xi Jinping, au ton volontiers nationaliste, s’efforce de promouvoir la médecine chinoise à l’étranger.

En 2015, le prix Nobel de médecine attribué à la Chinoise Tu Youyou a été considéré comme une reconnaissance mondiale de la pharmacopée traditionnelle.

Pékin a publié en 2016 son premier Livre blanc sur la médecine traditionnelle, qui défend notamment la mise en place de centres spécialisés dans les pays en développement, avec l’envoi de médecins à la clé.

Xi Jinping lui-même a qualifié la médecine traditionnelle de “trésor de la civilisation chinoise” et déclaré en octobre dernier qu’elle devait avoir autant d’influence que la médecine moderne.

La Chine “cherche à diffuser à l’international son message culturel” et la médecine en fait partie, observe le Dr Fréard.

L’an dernier, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a inclus la médecine chinoise dans sa “Classification internationale des maladies”, après des années de campagne de Pékin.

Une décision contestée par le Conseil scientifique des académies des sciences européennes (Easac) qui y a vu “un problème majeur” du fait du manque de preuves scientifiques établissant selon lui l’efficacité de la médecine chinoise.

La médecine traditionnelle représentait en Chine un marché colossal de près de 120 milliards d’euros en 2016, soit le tiers du chiffre d’affaires du secteur de la santé, selon l’agence Chine nouvelle.

Pour l’écrivain Fang Shimin, connu pour sa dénonciation des arnaques scientifiques, le soutien du régime communiste à la médecine traditionnelle “sert à faire vibrer la fibre nationaliste et n’a rien à voir avec la science”.

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