
Le cancer touche de plus en plus d’enfants. Soit une quarantaine de cas à Maurice chaque année. Voir ces petits êtres en souffrir ne laisse pas insensible. Le cancer est un combat de longue haleine pour les enfants, comme pour les parents. Le chirurgien-pédiatrique, le Dr Kevin Teeroovengadum, nous en parle.

« Nous comptons chaque année près de 40 nouveaux cas de cancer chez les enfants et les adolescents. » Beaucoup plus rare que le cancer d’adulte, il touche aussi les enfants. Les trois principaux sont le cancer du sang, soit la leucémie et le lymphome, le cancer du cerveau et le cancer solide de l’abdomen. « Il existe aussi des cancers plus rares chez l’enfant comme celui des muscles, de la peau ou encore du squelette », explique le chirurgien pédiatrique, Dr Teeroovengadum.
« Contrairement à l’adulte, les facteurs environnementaux entrent peu en jeu lorsqu’on parle de la cause du cancer chez l’enfant. Ces enfants ont une prédisposition à développer le cancer, car ils ont souvent une mutation dans leurs pro-oncogènes, à savoir dans des gènes qui favorisent la transformation de cellules normales en cellules cancéreuses. » Toujours selon le médecin, ces mutations ne concernent souvent que les enfants et pas leurs frères ou sœurs. C’est-à-dire que, dans la majorité des cas, ces cancers ne sont pas héréditaires. Dans le cas du cancer des enfants, il est rare de pouvoir le prévenir.
« Les facteurs environnementaux n’ont que peu de place dans la genèse de ce type de cancer », indique Dr Teeroovengadum.
Soyez attentifs aux premiers symptômes
Les premiers symptômes ne doivent pas être pris à la légère par les parents. Ils sont très variés et, au début, ils peuvent paraître banals. Dans le cas du cancer du sang, les symptômes, selon le pédiatre, sont les infections typiques telles que les bronchites ou les angines, mais qui ne guérissent pas malgré les traitements antibiotiques habituels.
C’est à travers une prise de sang qu’on pourra déceler les cellules anormales. Parmi les autres symptômes : des douleurs osseuses, des bleus ou des hématomes, car ils ont moins de plaquettes dans le sang, une sensation de fatigue chronique (anémie).
Pour le cancer du cerveau, ce sont les maux de tête persistants qui apparaissent généralement en plus des vomissements, pertes d’équilibre, baisse de la performance à l’école ou encore de troubles visuels. « Souvent, le diagnostic arrive beaucoup trop tard et parfois plusieurs semaines seulement après le début des troubles », souligne le chirurgien-pédiatrique.
Le diagnostic des tumeurs solides de l’abdomen se fait le plus souvent par les parents lorsqu’ils s’occupent de leurs enfants, surtout au moment du bain. L’enfant peut, par exemple, présenter un ventre plus gros d’un côté. Ce type de tumeur grossit très vite. Outre l’augmentation de la taille du ventre, les autres symptômes sont des douleurs au ventre ou du sang dans les urines.
Le chemin vers la guérison
Les cancers ne sont pas tous de la même gravité et certains nécessitent des traitements plus lourds que d’autres. Les traitements chez l’enfant diffèrent de ceux des adultes. Le pronostic est meilleur chez les enfants d’un point de vue global. « Idéalement, il faudrait au préalable une expertise d’un cancérologue spécialisé en pédiatrie et nous n’en avons pas à Maurice », dit-il. Les trois types de traitements sont la chimiothérapie, la radiothérapie ou la chirurgie.
La leucémie se traite à travers la chimiothérapie et il y a peu de place pour la chirurgie. Le traitement peut durer plusieurs mois et, le suivi, des années. « Parfois, après la rémission, soit la guérison initiale, une chimiothérapie est nécessaire pendant plusieurs mois et il y a un risque de rechute. » Dans les cas graves et, en cas de rechute, il est parfois nécessaire de faire une greffe de la moelle osseuse qui ne peut être faite à Maurice. Ces enfants doivent donc être soignés à l’étranger.
En cas de cancer du cerveau, les traitements sont la chimiothérapie, parfois la radiothérapie et souvent la chirurgie. Pour les tumeurs cérébrales difficiles d’accès à la chirurgie, une forme de radiothérapie ciblée, dite radiothérapie conformationnelle en trois dimensions, peut être nécessaire.
Une des dernières technologies est le «cyberknife» ou la radio-chirurgie qui se pratique uniquement à l’étranger. Quant au cancer de l’abdomen, tout dépend de l’organe touché mais la première solution est la chirurgie, associée souvent à la chimiothérapie et rarement à la radiothérapie.
Parents et enfants : la prise en charge
Une prise en charge psychologique des parents est importante dès le début du diagnostic, car souvent ces derniers tombent dans le déni et se posent bon nombre de questions : « Docteur, qu’est-ce qu’il a fait pour mériter ça ? Il est de notre devoir de médecin d’expliquer la maladie aux parents, de soulager l’enfant et bien sûr de le guérir si possible.
Le bilan mauricien
Dans les pays développés, 75% des cancers de l’enfant sont guéris. Selon le Dr Teeroovengadum, à Maurice le chiffre devrait tourner autour de 50% de guérison et les choses avancent doucement mais sûrement. Le gouvernement a mis sur pied le Child Cancer Ward à l’hôpital Victoria en 2010.
« C’est un grand progrès et cela a permis de centraliser les cas de cancers de l’enfant à Maurice. Une équipe d’infirmières dévouées octroie un traitement de qualité et lorsque les enfants ne peuvent être guéris, on les accompagne jusqu’au bout de leur combat à travers des soins palliatifs », fait ressortir le Dr Teeroovengadum.
« Maintenant que nous avons les infrastructures, il nous faudrait l’expertise d’un cancérologue-pédiatre, entouré d’une équipe multidisciplinaire qui comporte des chirurgien-pédiatres, des anesthésistes, des radiologues et des anatomopathologistes. Il faut étudier chaque cas individuellement et choisir la meilleure option pour chaque enfant. »




