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Il n’y a pas d’âge pour parler de sexualité

À Maurice, sur l’invitation de l’Action familiale et le Service diocésain de l’éducation catholique, la sexologue Thérèse Hargot a animé une série de conférences gratuites.

Loin de tenir un discours moralisateur, elle parle surtout de valeurs à transmettre aux enfants dès le plus jeune âge.

« L’attente est aussi positive et on n’apprend pas cela aux enfants. » Thérèse Hargot

De quoi parlez-vous lors de ces conférences ?
Chaque conférence est l’occasion pour les jeunes de réfléchir des grandes questions d’amour, de sexualité et de relations. Qu’on prenne le temps de nous  demander comment nous nous préparons à aimer et à être aimés. Mon message, c’est qu’on a besoin d’être éduqués, de nous former et nous préparer à aimer.

Vous parlez d’éducation, mais il est difficile dans certaines familles d’aborder la sexualité, le sujet étant encore tabou. Comment faire ?
C’est vrai que la sexualité est un thème encore tabou. Il est difficile pour certains parents d’en parler, car on est de l’ordre de l’intime. Il faut savoir qu’on parle d’amour et de sexualité, pas avec de beaux discours, mais par la manière dont on va prendre soin de son enfant : comment je le berce, comment je le nourris, comment je le console.

Tous ces gestes quotidiens vont déjà donner des informations sur la valeur de son corps et sur la manière dont ses émotions sont prises en compte ou non.

Et il n’y a pas d’âge pour la sexualité…
En effet… Souvent les parents se disent qu’ils vont parler d’amour et de sexualité quand l’enfant aura atteint la puberté. Les enfants sont des éponges, ils captent tout. Par la manière dont on aime son conjoint, l’enfant comprend si c’est quelque chose de positif ou de négatif, de frustrant ou d’heureux. Donc, il n’y a pas d’âge pour parler de sexualité.

Les enfants sont souvent confrontés à des images violentes, que ce soit à la télévision dans certains dessins animés. Comment les préparer ou les préserver de telles influences ?
Il y a des images qui vont empêcher l’enfant de bien se construire et d’avoir une vision positive de la sexualité et de l’amour. Les parents doivent arrêter l’hypocrisie ou fermer les yeux.
La télévision et Internet arrangent bien souvent les parents en étant de bons baby-sitters, mais cela joue contre les enfants eux-mêmes. Il faut sortir de l’hypocrisie et savoir qu’il y a des choses dangereuses qui vont faire du mal à nos enfants. On ne peut les laisser avec des smartphones, ordinateurs et autres sans aucune surveillance.

Les adolescents ne sont pas de petits adultes, mais de grands enfants. Ils ont encore besoin qu’on les protège, les surveille et qu’on régule tout cela. Ce n’est pas tout de les empêcher de faire telle ou telle chose, mais d’éduquer au média et apprendre à consommer avec modération.

De nombreux jeunes sont confrontés à des relations sexuelles de plus en plus tôt et les filles doivent faire face à des grossesses précoces ou à l’avortement. Comment amener les jeunes à une sexualité plus responsable ?
La responsabilité, c’est d’abord de pouvoir répondre de ses actes, donc de comprendre ce qui est en jeu. On peut être invité à la responsabilité si, au préalable, il y a eu une éducation qui va permettre de comprendre ce que signifie ce geste-là et d’en comprendre les conséquences.

C’est pour cela qu’il faut intervenir très tôt et leur expliquer tout ce qui concerne la sexualité et l’amour pour qu’ils soient capables d’être responsables. S’ils ne possèdent pas cette éducation, ils ne seront pas compétents.

Votre thèse à vous, c’est que la sexualité est une pensée hygiéniste et utilitariste. D’où vient cette culture où les jeunes sont dans le tout, tout de suite ?
Un peu de la société de consommation. On a appris à nos enfants que quand on veut on peut et c’est tout de suite. Si un parent n’apprend pas à son enfant à attendre le bon moment pour avoir quelque chose, dans les relations de couple et d’amour, ce sera pareil : je veux cette fille, je la prends. Il n’a ainsi pas appris à attendre et être confronté à l’interdit.

Le gros souci, c’est qu’on a grandi dans une société où il est défendu d’interdire, alors que l’interdit permet de se construire et de provoquer le désir. L’attente est aussi positive et on n’apprend pas cela aux enfants. Le meilleur travail que peut faire les parents, c’est d’apprendre aux enfants à gérer leurs frustrations. Apprendre à attendre, la patience et le goût de l’effort. On n’est pas dans l’ordre sexuel, mais cela a un impact direct sur la sexualité.


Conférences : quatre rencontres en une semaine

La première conférence grand public de Thérèse Hargot est prévue ce lundi 3 avril dans le hall du collège Lorette de Rose-Hill, de 18 h 30 à 20 heures. Les autres rencontres auront lieu le mercredi 5 avril à l’École du Nord et le vendredi 7 dans le hall du collège Lorette de Curepipe.

Le lundi 10 avril, la conférence est destinée aux jeunes de 20 à 30 ans, célibataires, mariés ou en couple. Ce sera à la salle polyvalente du Lycée des Mascareignes à Helvétia. Toutes les conférences ont lieu de 18 h 30 à 20 heures.

Sexologue belge, exerçant à Paris, Thérèse Hargot s’est révélée à travers son ouvrage Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque) en 2016.

À Maurice, à l’initiative de l’Action familiale et le Service diocésain de l’éducation catholique, Thérèse Hargot s’adressera aux jeunes et au grand public pour leur parler d’affectivité, comment construire la relation et les dangers auxquels ils sont exposés.

À 32 ans et mère de trois enfants, la sexologue ne tient pas de discours moralisateur, mais philosophique sur la sexualité et l’amour. Elle parle de manière très ouverte des différents thèmes qu’elle aborde, en poussant son audience à la réflexion.

Thérèse Hargot a été l’invitée de divers plateaux de télévision, notamment dans l’émission Salut les Terriens et Le grand journal de Canal +.

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