
Le nombre de décès liés au cancer ne cesse de croître. 1 371 cas ont été enregistrés en 2017 contre 936 en 2007. Certains patients déplorent le manque d’encadrement et de soutien alors que du côté des autorités on assure que tout est mis en œuvre pour donner le meilleur traitement aux malades.
«Il y a un manque d’organisation à tous les niveaux pour l’encadrement et le traitement des patients atteints de cancer. » Ces propos ne sont pas ceux d’un patient mais d’un infirmier qui travaille à l’hôpital Victoria, à Candos. Comptant de nombreuses années de service, il note que le problème s’est aggravé avec le manque de place pour l’admission des malades.
Ce qui fait que les patients souffrant d’autres pathologies sont régulièrement installés dans la salle de chimiothérapie. Au grand dam des patients atteints de cancer qui craignent d’attraper des infections, compte tenu de la vulnérabilité de leur système immunitaire.
« Bien souvent, il s’agit de personnes sans domicile fixe ou d’usagers de la drogue. Bien qu’ils aient aussi besoin de traitement et méritent toute la considération nécessaire en tant que patients, il n’est pas approprié de les installer dans la salle de chimiothérapie », fait ressortir Myrna Barry, collaboratrice de l’Organisation non gouvernementale Breast Cancer Care.
Ce que concède aussi un médecin sous le couvert de l’anonymat. « Cette situation n’est pas idéale, mais faute de place ailleurs on ne peut pas faire autrement », dit-il. Mais les patients eux ne l’entendent pas de cette oreille car lorsque la salle est occupée par des malades qui ne sont pas atteints de cancer ils doivent attendre que les lits soient disponibles pour avoir leur traitement.
Ils ne cachent pas leur exaspération face à cette situation d’autant plus qu’ils doivent aussi attendre de longues heures avant de pouvoir être auscultés par un médecin. « Les patients qui doivent faire leur chimiothérapie doivent attendre que les lits soient libérés pour avoir leur traitement. Ce qui ajoute un stress supplémentaire et inutile », affirme Myrna Barry. Dans certains cas, les patients sont même priés de revenir le lendemain.
Cependant, un médecin attaché au département d’oncologie assure que tout a été mis en œuvre afin que les patients puissent avoir leurs traitements dans les meilleures conditions possibles. Il reconnaît que dans certains cas il se peut que le dossier d’un patient soit « égaré » ou qu’un patient prenne plus de temps qu’il était prévu à l’hôpital. « Ce ne sont que des cas isolés », avance-t-il. Ce n’est pas l’avis des patients qui, eux, considèrent que cela arrive assez fréquemment.
Six minutes par patient
Un autre médecin explique que s’il y a 40 patients en attente, en une heure, une dizaine de malades seulement peuvent être auscultés par le médecin de service, à raison de six minutes par patient. Dans certains cas, la consultation peut durer plus longtemps, ce qui est alors au détriment des autres patients.
« L’idéal serait que les patients n’attendent pas aussi longtemps mais cela est difficile car il y a un manque de personnel », dit-il. Nous avons sollicité le ministère de la Santé pour avoir des éléments de réponse par rapport aux manquements évoqués par les patients mais notre requête est restée sans réponse.
Cancer : 3ème cause de mortalité
Selon les derniers chiffres disponibles, 2 607 nouveaux cas de cancer ont été répertoriés dans le National Cancer Register en 2016 contre 1 400 en 2009. Cette maladie est la troisième cause de décès à Maurice avec 1 371 morts en 2017. En 2009, le nombre de personnes décédées des suites d’un cancer était de 936 en 2007.
Les péripéties de Madhevi
Atteinte d’un cancer du sein depuis l’année dernière, Madhevi déplore l’attente qu’elle a dû endurer avant de pouvoir suivre son traitement de chimiothérapie. Le pays étant en alerte cyclonique de classe 3 en janvier dernier, elle n’a pas pu avoir son rendez-vous qui a été reprogrammé une semaine après. Mais à la date convenue, son dossier était « introuvable » et elle a dû se rendre à l’hôpital le lendemain. Il a fallu une rencontre avec le directeur de l’établissement pour que le document refasse « miraculeusement » surface.
Madhevi explique qu’elle n’est pas la seule à se retrouver dans ce type de situation. C’est un gros problème particulièrement pour ceux qui habitent loin de l’hôpital. On lui a même proposé de poursuivre son traitement en Inde. « J’ai de jeunes enfants. Ce ne sera pas facile de les quitter pour une période de six semaines. » Sa réticence réside aussi dans le fait que certains patients qui se sont rendus en Inde ont eu du mal à s’adapter au pays, notamment à cause de la nourriture trop épicée. « Cela ne convient pas à un malade atteint d’un cancer », dit-elle.




