Mission humanitaire : Dr Dharmesh Ramlugun au coeur d’une mission médicale à Madagascar

Du 1er au 5 juin, le Dr Dharmesh Ramlugun a participé à une mission humanitaire de chirurgie cardiaque pédiatrique à Antananarivo, à Madagascar. Invité au sein d’une équipe internationale de spécialistes, le chirurgien cardiaque mauricien a contribué à la prise en charge d’enfants atteints de pathologies cardiaques complexes tout en participant à la formation des équipes locales. Il revient sur une expérience qu’il qualifie de profondément humaine.

À Madagascar, l’accès aux soins spécialisés demeure un défi pour une grande partie de la population. Cette réalité est encore plus marquée lorsqu’il s’agit de maladies cardiovasculaires, notamment chez les enfants souffrant de malformations cardiaques congénitales ou de pathologies acquises comme le rhumatisme articulaire aigu. Pour répondre à ces besoins, plusieurs organisations non gouvernementales interviennent sur le terrain.
Parmi elles figure La Chaîne de l’Espoir, qui accompagne depuis plusieurs années la prise en charge des enfants malgaches atteints de maladies du cœur. C’est dans ce cadre que le Dr Dharmesh Ramlugun a été invité à rejoindre une mission bénévole organisée du 1er au 5 juin à Antananarivo. « J’ai eu le plaisir et l’honneur d’être invité comme chirurgien cardiaque au sein d’une équipe composée d’experts internationaux afin de participer à cette mission bénévole », raconte-t-il.
Une unité de chirurgie cardiaque aux standards européens

La mission s’est déroulée à l’hôpital militaire CENHOSOA, dans la capitale malgache. Une structure qui a surpris positivement le spécialiste. « Malgré un environnement extérieur qui peut paraître compliqué, l’unité de chirurgie cardiaque était aux normes européennes. Nous avions un bloc opératoire de qualité, une réanimation bien équipée ainsi qu’un personnel local sérieux avec une réelle volonté d’apprendre », souligne-t-il.
Autour des chirurgiens gravitaient de nombreux professionnels de santé : cardiopédiatres, anesthésistes-réanimateurs, perfusionnistes, infirmiers, kinésithérapeutes, aides-soignants et spécialistes de l’hygiène hospitalière. Tous étaient mobilisés autour d’un objectif commun : offrir les meilleurs soins possibles aux enfants pris en charge.
Cinq enfants opérés du cœur
Au cours de cette semaine, cinq enfants présentant des pathologies cardiaques complexes ont été opérés avec succès. Des interventions urgentes ont également été réalisées en complément du programme initial. Les opérations concernaient notamment des réparations de valves cardiaques et la fermeture de communications anormales à l’intérieur du cœur. Pour le chirurgien, certaines situations rencontrées témoignent des difficultés d’accès aux soins spécialisés.
« Nous rencontrons des pathologies que l’on ne voit presque plus dans les pays développés. Nous voyons aussi des enfants qui, dans un parcours de soins classique, auraient été opérés beaucoup plus tôt », explique-t-il. Et chaque intervention représentait un défi supplémentaire. « Il fallait réaliser ces opérations dans un endroit où il n’existe pas une activité continue de chirurgie cardiaque pédiatrique tout en garantissant la sécurité des soins à chaque étape », précise le spécialiste.
À cela s’ajoutait une autre difficulté : l’accès limité aux produits sanguins. « Lorsque nous utilisons une circulation extracorporelle pendant une chirurgie cardiaque, les produits sanguins sont parfois indispensables. Leur disponibilité reste un défi dans ce contexte », souligne-t-il.
Au-delà des opérations, transmettre le savoir

Si les interventions chirurgicales constituaient la partie la plus visible de la mission, elles n’en représentaient pas l’unique objectif. Le Dr Ramlugun insiste sur l’importance de la transmission des compétences aux équipes locales. « L’objectif de ce projet n’était surtout pas de réaliser un ‘abattage’ de patients occasionnellement. Ce mode de fonctionnement ne fait pas ses preuves lorsqu’il s’agit de transmettre les connaissances et de faire progresser les équipes locales », affirme-t-il.
Durant son séjour, il a participé à la formation des chirurgiens malgaches en les accompagnant sur les différentes étapes des interventions. Cette transmission concernait également les autres catégories de professionnels de santé impliquées dans la prise en charge des patients. « Il s’agissait de faire les choses correctement, en toute sécurité, et de transmettre progressivement les compétences afin que les équipes locales puissent gagner en autonomie. À mon avis, elles sont bien parties et possèdent la bonne attitude », estime-t-il.
Des familles qui parcourent parfois des centaines de kilomètres
Au-delà du bloc opératoire, l’équipe a également assuré des consultations spécialisées. Certaines familles avaient effectué de longs trajets dans l’espoir d’obtenir un diagnostic ou un avis médical.
« Nous avons réalisé des consultations et posé des diagnostics fiables pour des patients qui parcourent parfois des centaines de kilomètres pour nous rencontrer ou qui attendent pendant de longues heures », raconte le chirurgien.
Pour lui, cette réalité illustre l’ampleur des besoins qui subsistent dans le pays. « De nombreux patients cardiaques, adultes comme enfants, doivent encore être soignés à Madagascar. Cette mission répondait à un besoin réel de la population », rappelle-t-il.
Une expérience humaine avant tout
Au terme de cette semaine particulièrement intense, le Dr Ramlugun retient avant tout la dimension humaine de cette aventure. « Ce fut une semaine intense du matin jusqu’au soir, dans un environnement de découverte avec des échanges riches non seulement au niveau des soins mais aussi et surtout sur le plan humain », confie-t-il.
Pour le spécialiste, l’impact d’une telle mission ne se mesure pas uniquement au nombre d’opérations réalisées. « Cette mission avait une double portée : soigner des enfants dans les meilleures conditions possibles tout en renforçant progressivement l’autonomie des équipes locales », souligne-t-il.
Une fierté pour ce Mauricien de Curepipe
Cette expérience revêt également une dimension personnelle particulière pour le chirurgien. Originaire de Maurice, il a effectué sa scolarité à la James Toolsy Government School puis au Collège Royal de Curepipe avant de poursuivre ses études à la Faculté de médecine de Strasbourg. Aujourd’hui, il exerce comme chirurgien cardiaque adulte et pédiatrique au sein des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg.
« C’est un grand plaisir mais surtout une immense fierté pour moi, en tant que Mauricien évoluant en France, d’être appelé pour ce genre de mission d’experts », déclare-t-il. Et lorsqu’il repense au chemin parcouru, le spécialiste ne cache pas son émotion. « Aujourd’hui, je réalise moi-même les interventions que jadis je regardais dans les livres lorsque j’étais petit ou étudiant en médecine », confie-t-il. Une expérience qui, selon lui, illustre parfaitement ce que peuvent apporter la coopération internationale, le partage des connaissances et l’engagement humain au service des patients les plus vulnérables.




