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Ramadan 2026 : le Dr Reshad Kurrimbukus appelle à une préparation médicale et nutritionnelle rigoureuse

À Maurice, comme ailleurs, le mois du Ramadan implique des changements significatifs dans les habitudes alimentaires et de sommeil. Si le jeûne est sans danger pour la majorité des individus en bonne santé, il peut représenter un risque pour les personnes atteintes de maladies chroniques. Le Dr Reshad Kurrimbukus, gastro-entérologue, insiste sur l’importance d’une préparation adaptée afin de vivre ce mois de spiritualité en toute sécurité.

Le jeûne du Ramadan, observé de l’aube au coucher du soleil, entraîne des modifications du rythme biologique et des apports nutritionnels. « Pour les personnes en bonne santé, le jeûne est généralement sans danger. En revanche, chez celles présentant certaines pathologies, une évaluation préalable est indispensable », souligne le Dr Reshad Kurrimbukus, gastro-entérologue.

Dr Reshad Kurrimbukus, gastro-entérologue.

Il rappelle qu’une consultation médicale pré-Ramadan permet d’évaluer l’aptitude au jeûne et, si nécessaire, d’ajuster les traitements. Cette étape est particulièrement importante pour les patients diabétiques, hypertendus ou souffrant de maladies cardiovasculaires ou rénales.

Ensuite, il y a l’alimentation qui est le pilier d’un jeûne réussi. En effet, dans le climat chaud et humide comme Maurice, l’alimentation joue un rôle central durant le Ramadan. Le Dr Kurrimbukus met l’accent sur la qualité des repas pris au Suhoor (Sehri), avant l’aube, et à l’Iftar, au moment de la rupture du jeûne.

Le Suhoor : un repas stratégique

Le Sehri doit être consistant et composé d’aliments à énergie à libération lente. Il est recommandé de privilégier :

  • Les glucides complexes : avoine, pain complet, riz brun, lentilles. Ils assurent une énergie durable et aident à maintenir une glycémie stable.
  • Les protéines maigres : œufs, yaourt grec, fromage frais, poulet ou poisson. Elles prolongent la sensation de satiété et contribuent à préserver la masse musculaire.
  • Les fruits et légumes : riches en fibres, vitamines et minéraux, ils favorisent l’hydratation et préviennent la constipation.
  • L’hydratation : eau, eau de coco ou tisanes sans sucre sont à privilégier.

Selon le gastro-entérologue, négliger le Suhoor ou opter pour des aliments trop sucrés expose à une fatigue précoce et à des fluctuations glycémiques en cours de journée.

L’Iftar : rompre le jeûne en douceur

La rupture du jeûne doit se faire progressivement afin d’éviter les chocs glycémiques et les troubles digestifs. Il est conseillé de commencer par quelques dattes, un verre d’eau ou de jus de fruits frais, accompagnés d’une soupe légère, comme un bouillon de légumes. Les dattes permettent un apport rapide en sucre naturel et contribuent à la réhydratation.

Après la prière, le repas principal doit rester équilibré : protéines maigres (poulet, poisson, légumineuses), glucides complexes (riz, pain complet) et une grande portion de légumes et de salades. Le Dr Kurrimbukus insiste sur l’importance d’éviter les portions excessives.

Les aliments frits et gras – samoussas, gâteaux piments et autres fritures traditionnelles mauriciennes – doivent être consommés avec modération en raison de leur teneur élevée en graisses et de leur impact sur la digestion. Pour le dessert, il recommande de privilégier les fruits frais ou des préparations légères à base de lait et de fruits plutôt que des pâtisseries très sucrées.

Adapter les plats mauriciens

Le spécialiste souligne qu’il est tout à fait possible d’adapter la cuisine mauricienne à une approche plus saine. « Les currys et daals peuvent être préparés avec moins d’huile et davantage de légumes. Les lentilles constituent une excellente source de protéines et de fibres. Le riz brun ou basmati, à indice glycémique plus bas, est à privilégier, tout en contrôlant les quantités », indique-t-il.

Les salades de fruits et légumes locaux – concombre, carotte, papaye verte, mangue verte – apportent vitamines et hydratation. Quant aux boissons, l’eau de coco fraîche représente une option électrolytique naturelle intéressante, tandis que les jus frais sans sucre ajouté sont préférables aux boissons gazeuses.

Diabète : vigilance accrue

Le jeûne peut entraîner des fluctuations importantes de la glycémie. « Une gestion rigoureuse est impérative », insiste le Dr Kurrimbukus. Du coup, une consultation médicale est indispensable pour évaluer les risques et adapter le traitement. Certains patients notamment ceux atteints de diabète de type 1, de diabète de type 2 mal contrôlé ou présentant des complications rénales ou cardiaques sont fortement déconseillés de jeûner.

L’éducation du patient est essentielle selon lui. Le patient doit reconnaître les signes d’hypoglycémie (faiblesse, tremblements, sueurs froides) et d’hyperglycémie (soif intense, mictions fréquentes). Et pendant le Ramadan, la surveillance glycémique doit être plus fréquente : avant le Suhoor, deux heures après, à mi-journée, avant l’Iftar, deux heures après l’Iftar, et en cas de symptômes.

Aussi, les doses et horaires des médicaments antidiabétiques oraux ou de l’insuline doivent être ajustés par le médecin. Certains traitements peuvent être pris au Suhoor et à l’Iftar. Le jeûne doit être rompu immédiatement en cas d’hypoglycémie (glycémie inférieure à 3,9 mmol/L ou 70 mg/dL) ou d’hyperglycémie sévère (supérieure à 16,7 mmol/L ou 300 mg/dL).

Hypertension : attention à l’hydratation et au sel

Les changements alimentaires et la restriction hydrique peuvent également influencer la tension artérielle. Une consultation médicale permet d’évaluer la stabilité de l’hypertension et d’adapter le traitement. Et une fois de plus, les patients présentant une hypertension non contrôlée ou des complications cardiovasculaires peuvent être déconseillés de jeûner.

Pendant le Ramadan, les médicaments antihypertenseurs doivent être pris selon les nouvelles prescriptions, souvent au Suhoor ou à l’Iftar. « Il ne faut jamais arrêter un traitement sans avis médical », rappelle le spécialiste. Dans certains cas, la dose de diurétiques comme l’hydrochlorothiazide ou le furosémide peut être réduite.

La réduction de l’apport en sel est essentielle. Les plats mauriciens pouvant être riches en sodium, la vigilance s’impose. Une surveillance régulière de la tension est recommandée, surtout en présence de symptômes tels que maux de tête ou vertiges.

Hydratation : priorité absolue

Dans le contexte climatique mauricien, la déshydratation constitue un risque majeur. Le Dr Kurrimbukus recommande de boire entre 2 et 3 litres d’eau entre l’Iftar et le Suhoor, en fractionnant les prises. L’eau plate, l’eau de coco et les jus frais sans sucre ajouté sont à privilégier.

Les boissons caféinées – café, thé fort, sodas – ont un effet diurétique et sont à limiter. Les fruits et légumes riches en eau, comme le concombre, la pastèque ou le melon, contribuent également à une meilleure hydratation.

Activité physique et sommeil

L’activité physique doit être maintenue de manière modérée. Les exercices intenses, surtout en journée et sous le soleil, sont déconseillés. Les moments les plus appropriés se situent après l’Iftar ou juste avant le Suhoor.

Le sommeil joue également un rôle clé. Un cycle régulier favorise la concentration et l’équilibre émotionnel. Une courte sieste après la prière du Dhohr peut aider à compenser le manque de repos nocturne.

Savoir reconnaître les signes d’alerte

En cas de malaise sévère, vertiges intenses, confusion, douleurs thoraciques, déshydratation importante ou fluctuations glycémiques extrêmes, il est impératif de rompre le jeûne et de consulter un médecin. Le Dr Kurrimbukus rappelle que l’Islam exempte les malades du jeûne : « La santé prime sur l’obligation religieuse en cas de risque. »

Pour le gastro-entérologue, le Ramadan peut être une période de spiritualité et de bien-être, y compris pour les personnes atteintes de pathologies chroniques, à condition d’adopter une approche responsable. Une préparation minutieuse, une consultation médicale proactive, une alimentation équilibrée et une hydratation adéquate constituent les piliers d’un jeûne sécurisé.

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