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Dr Pyndiah, virologue : « Les faux positifs sont dus à un problème d’interprétation et les faux négatifs à la qualité du prélèvement »

En tant que virologue, le Dr Naidu Pyndiah nous donne des explications entre la différence des tests PCR (polymerase chain reaction) et des tests antigènes rapides. Il évoque aussi des tests sérologiques. Dans son entretien, le virologue cite le degré de fiabilité des tests et passe en revue les faux positifs et les faux négatifs.

Bio du Dr Pyndiah

  • PhD en virologie et Étude professionnelle à Londres et en Suisse.
  • Ancien chef virologie CHUV Lausanne.
  • Ancien responsable (Adviser) virologie du ministère de la santé.
  • Directeur Laboratoire d’Analyses Médicales et consultant à la Nouvelle Clinique Ferrière depuis 1992.

Depuis le début de la pandémie du Covid-19, nous avons beaucoup entendu parler des tests PCR. Le ministère de la Santé a également lancé des tests antigènes rapides.

Quelle est la différence entre ces deux tests ?

En janvier 2020, la Commission nationale de Santé en Chine avait déclaré avoir identifié un nouveau coronavirus chez des patients souffrants de pneumonie sévère dans la ville de Wuhan. Le génome du virus a été séquencé afin de permettre la réalisation du test de RT-PCR (real-time polymerase chain reaction), utilisé pour dépister le nouveau coronavirus chez de nouveaux patients.

Ce test de RT-PCR nécessite un laboratoire spécialisé, des réactifs coûteux et des techniciens avec une formation spéciale. Ce test, dont le résultat est obtenu au bout de plusieurs heures, détecte la présence du génome viral dans un prélèvement biologique.

En revanche, le test d’antigène rapide va détecter la présence de l’antigène viral ou la protéine virale confirmant la présence du virus. Cette technique est très simple à effectuer et ne nécessite aucun laboratoire. Il est basé sur le principe de l’immuno-chromatographie sous forme de cassette sur laquelle on dépose 3 gouttes du prélèvement nasopharyngé récolté dans un milieu liquide.

Au bout de 15 à 30 minutes de ce test d’antigène rapide, on obtient un résultat. Ce test est facile à utiliser et peut être fait par des personnels de santé, sans nécessairement être dotés d’une formation approfondie. Le stockage se fait à température ambiante. C’est un test qui est recommandé pour les centres de santé primaires ou communautaires, les cliniques, l’aéroport et ainsi de suite. Vu le contexte actuel, de nombreux pays attendaient qu’un test d’antigène rapide et fiable soit mis au point pour le Covid-19.

Ces tests sont-ils fiables ?

Nous savons qu’il n’y a aucun test de laboratoire qui soit à 100 % fiable. L’interprétation d’un résultat va dépendre de l’état clinique du malade et de plusieurs autres facteurs. Le test utilisé actuellement est légèrement moins sensible (85 %) que le PCR, mais reste quand même plus sensible que d’autres tests rapides. À travers ce test de masse, l’objectif est d’isoler au plus vite les porteurs pour casser la chaîne de transmission du virus. À noter que ce test a été employé d’une manière très récurrente en Corée du Sud.

Connaissez-vous le laboratoire sud-coréen SD Biosensor qui fournit ces tests à Maurice ?

Le laboratoire de virologie du ministère de la Santé utilise déjà et depuis un bon bout de temps des “kits” de SD Biosensor pour la dengue duo (antigènes et anticorps), l’antigène de l’influenza, le Rotavirus et l’Adénovirus. Plusieurs autres “kits” sont également employés dans le privé. Donc, c’est un laboratoire réputé, mondialement connu pour la production des tests rapides consacrés au diagnostic d’autres infections ou pathologies. C’est grâce à ces acquis dans la production des anticorps et antigènes hautement spécifiques qu’il a pu mettre au point ces tests rapides pour l’antigène du Covid-19.

Encore une fois, peut-on se fier à ces tests rapides ?

La Corée du Sud est le premier pays à avoir employé ce type de test et on voit que c’est un des facteurs qui a pu contenir l’épidémie. Au début, le laboratoire produisait 350 000 tests par jour alors qu’aujourd’hui, il en produit 1 million afin d’honorer les commandes des États-Unis, de l’Europe, de l’Inde et d’autres pays du monde. Oui, les Mauriciens peuvent se fier aux tests antigènes rapides provenant de la Corée du Sud.

Est-il normal d’avoir de faux positifs ?

Ce test rapide de SD Biosensor a une spécificité très élevée. Il ne devrait donc pas y avoir de faux positifs. Si on en trouve c’est sans doute dû à des erreurs humaines d’interprétation. Vous savez, le résultat est obtenu par l’apparition d’une ou deux lignes/bandes colorées comme dans les tests chromatographiques pour la grossesse. La présence d’une seule bande au niveau de la lettre C sur la cassette représente un test positif validé. La présence d’une bande au niveau du T ou l’absence de bande est un test non validé, le réactif est périmé ou oxydé. Les faux positifs qui ont été constatés sont dus à un problème d’interprétation.

Ce qui revient à dire qu’il peut aussi avoir de faux négatifs ?

Oui, c’est possible comme pour tous les tests, même les PCR. Un résultat de faux négatif peut être dû au fait que la quantité ou la charge virale dans le prélèvement ne soit pas suffisante pour être reconnue ou détectée par le test. Dans de rares cas aigus, il est aussi possible de ne pas avoir suffisamment de virus dans le nez ou la gorge. Le Covid-19 infecte d’abord (le plus souvent) les poumons, où réside la majeure partie du récepteur viral, ensuite les autres organes. Le temps entre le début des symptômes et le prélèvement est court. La qualité du prélèvement dépend strictement de la manière dont il a été fait. Il faut savoir qu’un test rapide est fait pour dépister. Il n’est pas un test de diagnostic. Le test de diagnostic est le travail du médecin, il y a l’aspect clinique qui entre en jeu.

On entend aussi parler de test sérologique, est-il plus efficace ?

Un test sérologique détecte des anticorps. Il sert à savoir si une personne a déjà eu le virus ou l’infection. Si la personne a des anticorps, c’est qu’elle a développé une immunité. Mais ce coronavirus est nouveau et dans l’état actuel des connaissances, la communauté scientifique ne sait pas encore quelle sera la durée de cette immunité. D’un point de vue épidémiologique, les tests sérologiques donnent une indication du degré d’immunité de la population et de la répartition de l’infection dans la population. Ceci peut aider les décideurs à prendre des mesures appropriées. À Maurice, c’est indiqué de le faire surtout pour les « front liners » et le personnel de santé à risque. D’ailleurs, on m’a fait comprendre que le ministère, avec raison, va bientôt commencer à réaliser les tests sérologiques.

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