CancerMaladiesSlider

L’annonce de mauvaises nouvelles en cancérologie : vers une approche plus humaine (2ème partie)

Dans le premier volet de ce dossier, les difficultés que font face les soignants dans les situations d’annonce ont été abordées ainsi que les besoins des patients receveurs de mauvaises nouvelles et leurs enjeux psychosociaux. L’objectif de ce deuxième volet par le psychologue Emmanuel Maurice (MA Counselling) et Membre International Psycho-Oncology Society, est d’aborder quelques paramètres que l’équipe soignante pourrait considérer lors des entretiens d’annonce.

Emmanuel Maurice.

Que dit la déontologie ?

Selon le Code of Practice of the Medical Act, « un médecin agréé doit informer correctement son patient de la véritable nature de sa maladie », sauf s’il est « de l’avis qu’il n’est pas dans l’intérêt du patient de lui révéler la nature de sa maladie, il peut informer le parent le plus proche ou le tuteur légal du patient …», Au-delà d’être un devoir chez le soignant, l’annonce demeure un besoin ressenti chez la personne malade. « …Elle met fin à la pénible incertitude […] elle permet au patient (et à ses proches) de faire face à la maladie et de participer aux choix thérapeutiques ». L’obligation de tout soignant est de s’assurer qu’aucun tort ne soit causé à son patient.

Approche facilitatrice durant les annonces

La question n’est plus tant « faut-il dire la vérité ? » que « comment dire la vérité ? ». Le cadre, l’attitude et le style de communication adoptés par le soignant sont autant d’éléments capitaux à considérer avant d’annoncer. D’abord, le médecin doit s’assurer à ce que l’entretien se fasse dans un environnement sécurisant et privé. De plus, toute la dimension non verbale du médecin annonceur est fondamentale. Guex souligne qu’un travail sur le style communicationnel chez le soignant « passe […] par un réglage juste au niveau du regard, de l’espace, des attitudes corporelles plutôt ouvertes sans être intrusives, une attention aux mimiques du patient.

Maynard conseille au soignant chargé de l’annonce de prévenir le patient que la nouvelle qu’il va partager est mauvaise. Cela permet de réduire le choc chez la personne, tout en évitant de la maintenir dans un état de suspens angoissant.

« Écouter et s’écouter »

Puis vient la délicate tâche de doser la quantité d’information partagée au patient par rapport à ce qu’il souhaite ou prêt à entendre. Afin de faciliter cette étape, « … l’information donnée au malade doit être centrée sur les aspects essentiels à la compréhension de son problème, adaptée à son rythme de réflexion et à ses représentations, tout en tenant compte de ses doutes, de ses besoins et de ses attentes ». Isabelle Moley-Massol souligne qu’« avant de dire, il est important d’écouter ce que sait le malade et ce qu’il souhaite savoir ».

S’avoir s’écouter en tant que médecin est une compétence qui permet d’être plus accessible pour son patient et de lui communiquer une meilleure empathie, pas seulement lors de l’annonce, mais aussi durant les étapes importantes de sa prise en charge. En amont, il est essentiel pour le soignant « d’être conscient de ses propres craintes concernant la maladie et la mort s’il se trouve en position de devoir annoncer une mauvaise nouvelle ». Cela le permet de comprendre et mieux gérer ses émotions face aux réactions du patient. En effet, l’empathie – « véritable ciment de la relation » – requiert un travail continu de la part du médecin engagé « dans une relation authentique et sincère avec son patient ».

L’annonce de mauvaise nouvelle en cancérologie représente une des lourdes responsabilités que le médecin se doit de remplir. Néanmoins, l’annonce peut être moins pénible, si ce dernier procède de manière systématique et organisée. Le tableau 1 [7] présente des éléments clefs provenant d’un protocole à suivre, destiné aux médecins [8] appelés à aborder une mauvaise nouvelle avec leur patient.

Soutien après l’annonce

La gestion de l’après-annonce est tout aussi importante et devrait être planifiée avant de rencontrer le patient. Elle a pour but d’éviter que ce dernier ne se sente livré à lui-même face à cette information susceptible de changer le cours de sa vie. Dans ce cas, le soignant doit communiquer au malade les options thérapeutiques et de soutien. Il doit aussi lui informer que l’équipe soignante, ainsi que d’autres intervenants restent attentifs à ses besoins, tout en respectant le temps nécessaire pour lui de digérer la nouvelle. Cette période plus ou moins courte offre aussi une possibilité de mise en lien du patient avec d’autres professionnels paramédicaux.

En résumé, adopter une approche plus centrée sur le patient est indispensable pour assurer sa confiance et pour établir une relation d’aide. Une attitude facilitatrice permet de réduire l’anxiété et l’incertitude chez le patient et d’assurer sa compliance. De plus, cela permet aussi au soignant de maitriser ces moments d’intenses émotions.

Annonce de mauvaises nouvelles

  • Choisir un lieu calme (sans téléphone), avoir du temps
  • Être préparé
  • Prévenir le patient (‘warning shot’)
  • Être simple et clair dans les paroles choisies (ne pas utiliser de jargon médical)
  • Demander s’il a compris, ce qu’il souhaite savoir
  • Faire des pauses – écouter le patient (verbal et non verbal)
  • Donner les informations au fur et à mesure
  • Résumer l’information
Mots clés

Défi Santé

Une publication du Le Défi Media Group 4B, Rue Labourdonnais, Port-Louis Tél : +230 207 06 66

Articles Liés

Close