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[Coronavirus] Dr Deoraj Caussy : « Maurice doit construire sa capacité médicale pour faire face à toute éventualité »

Alors que le coronavirus continue à faire des ravages en Chine, les Mauriciens sont nombreux à se poser la question suivante : est-ce que le pays est équipé pour faire face à ce nouveau virus. Le Dr Deoraj Caussy, ancien conseiller en épidémiologie et virologie au ministère de la Santé, est intervenu durant une causerie dédiée au coronavirus qui a eu lieu le lundi 3 février à l’Université de Maurice, Réduit.

Dr Deoraj Caussy.
Dr Deoraj Caussy.

« La salle d’isolation de l’hôpital de Souillac ne répond pas aux normes internationales pour la prise en charge de toute personne contaminée par le coronavirus. Bien que Maurice n’ait enregistré aucun cas jusqu’à présent, l’État mauricien doit absolument commencer à construire sa capacité pour faire face à toute éventualité, notamment en ce qu’il s’agit de l’endiguement des risques connus de cette épidémie pour la santé publique. Cela concerne non seulement le 2019-nCOV, mais d’autres éventuelles épidémies sévères susceptibles de menacer le pays, comme Ebola », a déclaré le Dr Deoraj Caussy lors de cette causerie de sensibilisation sur le coronavirus en présence des étudiants, des membres de la faculté des Sciences de l’UOM, des médecins, ainsi que du personnel médical, entre autres.

« Mon but n’est pas de créer la panique, mais de donner les bonnes informations sur ce nouveau virus qui a fait plusieurs centaines de morts à Wuhan, » soutient le Dr Deoraj Caussy d’Integrated Epidemiology Solution.
Lors de sa présentation, le Dr Deoraj Caussy s’est basé sur les informations disponibles à ce jour sur l’origine du coronavirus. Il a expliqué la manière dont ce virus a été transmis d’animal à l’humain en premier lieu et ensuite d’humain à humain. Se penchant sur les paramètres connus, l’expert a souligné l’importance de comprendre les failles dans le contrôle de sa propagation afin de venir avec des mesures efficaces de santé publique.

« Il y a des paramètres qui sont connus et d’autres pas encore. L’État a fermé l’accès à la ligne aérienne avec le pays infecté et des initiatives ont été prises pour le rapatriement de nos compatriotes. Cependant, est-ce que Maurice est réellement équipé pour un contrôle et une isolation stricts ,» s’interroge l’épidémiologiste et virologiste qui a travaillé au World Health Organisation de Genève. Il estime qu’il est l’heure que Maurice redouble d’efforts et agit de façon préventive contre cette épidémie jugée sévère à travers le monde.

Pourquoi dit-on nouveau coronavirus ?

« Le 2019-nCOV est classifié comme nouveau, car ce virus n’a pas été identifié précédemment. Il provient d’une famille diverse de coronavirus. Le nom a été choisi par rapport à la forme du virus qui ressemble aux pétales du sun corona, » indique le Dr Deoraj Caussy. Il ajoute que les animaux, dont les chameaux, les chats, les serpents et les chauves-souris, ont participé à la transmission de certains virus de cette famille. « Deux types de maladies associées au coronavirus chez les humains sont un rhume léger (OC43) et des maladies respiratoires sévères (2019-nCoV, SARS -CoV, MERS -CoV) qui nécessitent l’hospitalisation, » explique le Dr Caussy. Selon lui, ces virus ont été transmis aux humains par le « spill over effect », à titre d’exemple, les chameaux pour le MERS-CoV et les civets pour le SARS-CoV.

En ce qu’il s’agit du ABCD génétique du 2019-nCOV, il dira que ce virus, à l’ARN simple, est capable d’une recombinaison, d’où sa mutation rapide. Le Dr Caussy a ensuite élaboré les évènements qui ont eu lieu à partir du premier cas de contamination signalé le 30 décembre dernier et de sa prolifération en Chine et dans d’autres pays.

Pneumonie virale du 2019-nCOV

« 66 % des 41 patients ont été directement exposés au marché de Wuhan. 32 d’entre eux avaient des maladies sous-jacentes et tous avaient la pneumonie. Un tiers des patients étaient admis aux soins intensifs et six personnes sont mortes », a expliqué le Dr Caussy. Ce dernier a parlé ensuite des complications virales de la pneumonie engendrées par le 2019-nCOV. Selon lui, cette pneumonie virale est caractérisée par son opacité bilobulaire. « Les pathogenèses sous adjacentes sont causées par le Cytokine Storm, notamment un mécanisme similaire au SARS, MERS- CoV et la grippe aviaire, entre autres, » dit-il.

Doit-on craindre le coronavirus à Maurice ?

« Oui, » affirme l’épidémiologiste. Il indique que Maurice doit s’inquiéter de la propagation exponentielle globale du 2019-nCOV, car, d’une part le virus est relié au SARS et au MERS qui sont connus pour leur fatalité, et d’autre part pour les complications médicales sévères associées au virus, causant la mortalité d’une personne. « Ce virus est aussi connu pour ses infections nosocomiales, surtout auprès du personnel médical. Le coronavirus représente un défi de santé publique majeur qui ne doit pas être pris légèrement au niveau national. Sur le plan international, sa prolifération perturbe actuellement les voyages et le commerce, ce qui impacte l’économie mondiale, » soutient le Dr Caussy.

Pourquoi ce virus se propage-t-il aussi vite ?

Le 2019-nCOV se propage par gouttelettes, notamment lorsqu’une personne infectée éternue, par l’utilisation des aérosols contaminés, mais encore par contact, comme exemple les membranes muqueuses et les fluides corporels. « Le virus est aussi aéroporté dans les espaces clos, » fait ressortir le Dr Caussy. Il souligne le manque de précautions sanitaires face à la capacité élevée de sa reproduction, causant des infections dans les hôpitaux et lors des rassemblements de masse, entre autres.

« On ne doit pas jouer à la roulette russe quand il s’agit du 2019-nCOV et se dire qu’il n’y a pas de cas à Maurice et que les risques sont minimes. Il faut que le pays se dote des facilités médicales nécessaires pour un contrôle de surveillance efficace pour déceler toute contamination ou les prévenir. L’isolation stricte permettra de casser la chaine de transmission et l’implémentation des précautions de base dans la mesure du possible est plus qu’essentielle, » renchérit le Dr Caussy.

Quid des limitations ?

« Vu que ce ne sont pas toutes les personnes contaminées qui montrent des signes de fièvre, certaines peuvent couver le virus et être des porteurs à haut risque », fait remarquer le Dr Caussy. Il y a d’autres limitations, comme le fait que certaines personnes contaminées peuvent avoir pris des médicaments pour la fièvre.
Durant la causerie, il a déclaré que le pays a besoin d’implémenter une facilité d’isolation adéquate, ce qui pourra maitriser les risques de transmission par gouttelettes, l’air et le contact. « Ideally a negative pressure one, » dit-il.

Il faut également un système médical d’isolation certifié par des ingénieurs biomédicaux internationaux, d’après les normes internationales. « Nous devons être en mesure de passer un test de sécurité microbiologique. Je pense que nous ne disposons pas encore d’une installation de cette sorte à Maurice, mais encore d’une politique santé cohérente pour le 2019-nCOV en cas de contamination à Maurice », conclut-il.

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