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Allô docteur : les jeunes sont plus vulnérables aux problèmes de drogue

Il y a un sérieux problème de drogue, et surtout les synthétiques, parmi les jeunes à Maurice. 1 000 patients sont admis à l’hôpital pour ce type de problème, a indiqué Dr Anil Jhugroo, responsable du centre de réhabilitation Nénuphar à Montagne-Longue. C’était lors de l’émission Allô docteur de Radio Plus.

Les jeunes sont très touchés par le problème de drogue à Maurice. Constat du Dr Anil Jhugroo psychiatre et responsable du centre de réhabilitation, Nénuphar, et de José Ah Choo, directeur du Centre d’accueil Terre Rouge (CATR). Ils étaient les invités de Caroline et Jean-Marie lors de l’émission Allô docteur de Radio Plus.
Se référant au rapport du National Drug Observatory de 2018, le Dr Jhugroo a indiqué que 25% des consommateurs de drogues synthétiques sont âgés entre 13 et 19 ans. Il a souligné que le nombre d’admissions dans les hôpitaux du service public était de 450 depuis ces trois dernières années contre 175 antérieurement. Selon lui, ce chiffre est peut-être plus conséquent car en plus de ce nombre, il y a encore 400 admissions annuellement pour la consommation de produits qui n’ont pu être spécifiés. « Grosso modo, c’est un millier d’admissions enregistrés chaque année pour des problèmes de drogue depuis ces trois dernières années. »
José Ah Choon a expliqué que le CATR reçoit de nombreux jeunes et stagiaires ayant consommé de la drogue synthétique. « Parmi il y a des mineurs et nous faisons tout pour les aider mais la situation est dramatique en ce moment. » Selon les deux intervenants, les jeunes sont très vulnérables au problème de drogue en raison de leur immaturité. « Ils succombent facilement aux tentations et cèdent aux pressions de leurs pairs pour tenter différentes expériences. Quand ils réalisent qu’ils ont commis une erreur, s’il est déjà trop tard pour s’arrêter », ont-ils soutenu.

Dr Jhugroo a expliqué que les jeunes ne réalisent pas les conséquences de la consommation de drogue dont il déplore l’accessibilité. Il a souligné : « Une dose de drogue synthétique coûte Rs 100, c’est abordable et les jeunes se cotisent pour en acheter. Il y a plusieurs facteurs qui peuvent inciter un jeune à tomber dans la drogue mais il y a aussi cet accès facile aux drogues. Quand un jeune touche à la drogue pour la première fois, il va ressentir du plaisir mais c’est comme un imposteur. Notre corps dispose déjà des hormones du plaisir qui font que nous éprouvons une satisfaction quand nous pratiquons certaines activités. La drogue développe un plaisir plus fort que les activités saines mais c’est un plaisir éphémère pour ces jeunes qui deviennent dépendants et ne peuvent pas s’arrêter. C’est une maladie chronique qui se développe et cela prend beaucoup de temps pour réparer les dégâts. »

En tant qu’ancien usager, José Ah Choon a expliqué que c’est par curiosité qu’il a commencé à toucher à la drogue. Il avait entendu dire que le gandia peut augmenter les capacités intellectuelles et aider dans les études mais c’était aussi pour trouver du plaisir. Il est alors entré dans un cercle infernal en passant d’un produit à l’autre : psychotropes, opium, cocaïne, Brown Sugar. « J’ai vécu la galère pendant 15 ans. A chaque fois j’avais comme un appel pour prendre ma dose », explique-t-il.

C’est grâce au soutien de ses proches et du programme du CATR qu’il a pu s’en sortir, affirme-t-il. De stagiaire il est devenu animateur du centre avant d’en devenir le directeur. « Sortir de l’emprise de la drogue demande une grande volonté. »

Les drogues disponibles

Une drogue est un produit qui agit sur le cerveau avec des effets psycho actifs. Cela peut être un stimulant pour le cerveau (caféine, cocaïne, amphétamine, méthamphétamine) ; un dépresseur (alcool, Rivotril, Valium) ; hallucinogène (LCD, drogues synthétiques). Il y a aussi les opiacés (dérivés de l’opium naturel ou synthétique) et cannabinoïde (naturel ou synthétique).

Les drogues affectent les nerfs et causent des problèmes de mémorisation. L’usager devient lent dans ses mouvements, manque de concentration et souffre d’insomnie. Cependant, il est possible de remédier à la situation avec un bon encadrement.

A Maurice actuellement, les plus consommés sont les cannabinoïdes synthétiques suivies des opiacés comme l’héroïne et aussi d’autres stimulants. Avant on utilisait des psychotropes mais suite aux changements dans le Dangerous Drugs Act, ils ne sont pas aussi répandus car leur vente est plus contrôlée.

Le déclic à la prison

« Mes proches ont tout fait pour que je puisse sortir de l’emprise de la drogue mais le déclic est arrivé quand j’ai été enfermé à la prison de Beau-Bassin. » Propos de José Ah Choon lors de l’émission Allô docteur de Radio Plus. Il a pris conscience également de son erreur lors de la visite de son frère à la prison qui lui a dit qu’il « tuait » leur mère car elle était très bouleversée par cette situation. « De mon côté, je me suis senti inutile car n’ayant rien fait de sa vie. J’avais même des tendances suicidaires à ce moment-là mais la spiritualité m’a aussi aidé à prendre la décision d’arrêter de me droguer. »

Le 26 juin dernier, date de la Journée internationale contre l’abus et le trafic de drogues, il a célébré ses 33 ans de sobriété. Selon lui, il n’est pas encore guéri. « Dans mon groupe d’amis, il ne reste que moi et je ne peux dire que je suis entièrement guéri car je porte encore les séquelles de mon erreur. »

Traitements

Il y a deux types de traitements contre la toxicomanie : en retirant le patient complètement de la drogue et en lui proposant un produit de substitution. C’est ainsi que la méthadone est utilisée à Maurice pour remplacer l’héroïne. Un produit pour ceux qui ont été dans la drogue pendant trop longtemps et qui n’arrivent pas à s’en sortir. Il y a ensuite la phase de stabilisation avant la suppression éventuelle de la méthadone.

En mesurant les risques et les bénéfices, il est préférable de donner de la méthadone pour la réduction de risque afin que le patient n’ait pas besoin d’aller chercher sa dose de drogue en volant, en commettant un crime ou en s’injectant de la drogue à travers une seringue souillée. Ce qui le met à risque des maladies telles le VIH/sida ou les hépatites. Un programme de réhabilitation est aussi proposé à travers diverses thérapies au centre Nénuphar. A savoir que le CATR ne propose que des thérapies sans aucun produit de substitution.

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